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Jacques Ellul (1912-1994) est une personnalité difficilement classable : penseur de la technique, chrétien anarchiste, mais aussi précurseur de l'écologie politique, son œuvre colossale s'inscrit à la croisée de plusieurs disciplines et semble, à bien des égards, visionnaire.
Dès le XXe siècle, il alerte sur les dérives de l'omniprésence de la technologie, lance des appels à la décroissance et anticipe la résurgence du sacré.
Comment son œuvre, sa pensée et ses engagements peuvent-ils nous aider à nous orienter dans notre XXe siècle marqué par des crises multifactorielles ?
Une série d'émission produite par Juliette Devaux.
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Benoit Bohy-Bunel, au travers d'une lecture serrée de l'ouvrage de Heidegger Être et temps, nous en propose une interprétation matérialiste. Il s'avère que la dualité être/étant pourrait renvoyer, sur le plan économique, à la dualité valeur/valeur d'usage. Mais il s'agit alors de la valorisation nationale allemande, en temps de crise : de ce fait, Heidegger proposerait un anticapitalisme tronqué, et fétichisé.
Le thème de la "dictature du On", selon cette perspective, apparaît comme un thème fondamentalement antisémite. Heidegger, dès 1927, serait déjà non seulement antisémite, mais aussi bourgeois.
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Héritier hétérodoxe de Bourdieu, Bernard Lahire a développé une théorie de l'action dispositionnaliste et contextualiste. Cette approche accorde une égale attention à la pluralité des dispositions — leur genèse et leurs actualisations — et aux contextes de socialisation. Contrairement à la notion bourdieusienne d'habitus, les dispositions sont ici conditionnelles : modulées diachroniquement par le parcours biographique et synchroniquement par les contextes. La pratique répond ainsi à une pluralité de logiques d'action résultant d'ajustements entre situations, contextes et schèmes incorporés.
Cette perspective implique des conséquences méthodologiques : elle requiert une sociologie expérimentale attentive à la construction des objets, à l'inventivité méthodologique et à la variation des échelles d'observation.
Bernard Lahire aborde également la conciliation entre exigences épistémologiques et perspectives critiques, notamment à travers un programme empirique de sociologie dispositionnelle portant sur la domination et les activités critiques de résistance. Il s'agit d'étudier la genèse des dispositions critiques, leur diversité et leur rôle dans les processus d'émancipation — chez les artistes, militants et chercheurs critiques —, en saisissant empiriquement ce que les organisateurs nomment une "sociologie de l'intranquillité".
Une intervention dans le cadre du séminaire "Penser les marges, aspects méthodologiques", organisé par le Centre d'Études sur les Médias, les Technologies et l'Internationalisation.
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Le 13 juin 2026, l'introduction en bourse de SpaceX a peut-être signé l'opération financière la plus spectaculaire de l'histoire du capitalisme : 2'100 milliards de dollars de valorisation pour une entreprise qui perd deux millions de dollars… par heure. Génie visionnaire ou plus grande arnaque jamais montée ? La question n'est qu'un point de départ.
Car ce qu'Elon Musk a mis sur le marché n'est pas une société de fusées, mais la première "pile régalienne" privatisée ; orbite, connectivité, calcul et intelligence artificielle réunis entre les mains d'un seul homme. De Dumézil au long-termisme californien, du dilemme du contrôle (pire que l'arme nucléaire) à la souveraineté européenne : qui maîtrise l'IA tient une civilisation...
Un entretien mené par Marc Weitzmann.
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Voyageur infatigable et figure du mouvement anarchiste, Élisée Reclus a porté une approche sensible dans la pratique de la géographie. Il a développé une pensée avant-gardiste de l'écologie et un idéal de coexistence entre l'homme et la nature.
Militant anarchiste et communard, le géographe Élisée Reclus (1830-1905) profite de ses périodes d'exils politiques pour voyager et étudier la terre. Grâce à la popularité de ses ouvrages de vulgarisation géographique, mêlant rigueur scientifique et sensibilité littéraire, il obtient de son vivant une renommée mondiale.
Humaniste convaincu et pionnier de la pensée écologiste, Élisée Reclus mène toute sa vie un combat en faveur de l'émancipation individuelle et d'une meilleure harmonie entre les hommes et la nature.
Une série d'émission produite par Marie-Lys de Saint Salvy.



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Essayiste et co-auteur avec le physicien Nicolas Pichoff de l'ouvrage Pourquoi les Amazones n'existent pas ?, Véra Nikolski revient sur la thèse centrale de ce nouvel ouvrage : si les femmes ont été universellement exclues des activités dangereuses, c'est parce qu'aucune communauté ne pouvait se permettre d'exposer son potentiel reproducteur au risque de la mort.
Le matriarcat primitif : mythe ou réalité historique ? Les femmes ont-elles chassé à la préhistoire ? Pourquoi exposer les femmes au risque mettait en péril la survie du groupe ? Cette division sexuelle du travail est-elle encore valide dans nos sociétés ?
Autant de questions auxquelles elle s'efforce de répondre dans cet échange rigoureux, à rebours des récits militants, qui replace la question du rôle des sexes dans la longue durée de l'évolution humaine.
Un entretien mené par Thomas Arrighi.
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Poétesse, essayiste, critique, pamphlétaire, Annie Le Brun est insaisissable comme une ombre qui se déplace à toute vitesse. Adolescente, elle plonge dans les écrits d'André Breton qui répondent à ses préoccupations. À vingt ans, l'écrivain l'invite à rejoindre, à Paris, le groupe surréaliste. Annie Le Brun découvre aux côtés de Radovan Ivšić, Toyen, Jean Benoît, une famille iconoclaste. En 1967, elle fait paraître son premier recueil de poésie, Sur le champ, aux Éditions surréalistes, puis participe à la création des éditions Maintenant où elle publie plusieurs textes poétiques.
Annie Le Brun abandonne ensuite la forme poétique pour l'essai. Le brûlot Lâchez tout, publié en 1977, est une charge cinglante contre ce qu'elle appelle "l'idéologie néo-féministe". Elle fait ensuite une rencontre décisive avec l'éditeur Jean-Jacques Pauvert qui lui propose d'écrire une préface pour les Œuvres complètes de Sade, un auteur qu'elle avait approché dans son étude du roman noir (Les Châteaux de la subversion, 1982). Annie Le Brun entretient des compagnonnages artistiques avec une myriade d'artistes (Jarry, Hugo, Roussel, Césaire...) travaillés par l'obscur, la révolte, la liberté.
Pour Annie Le Brun, il s'agit toujours de redonner du sens à un monde qui n'en a plus, chargé par une surcharge de réalité (Du trop de réalité, 2000). Entre critique de l'art contemporain (Ce qui n'a pas de prix, 2018) et critique des images (Ceci tuera cela, 2021), Annie Le Brun continue de saisir à vif un monde qui met l'imagination en danger.
Émission "Affaires culturelles", animée par Arnaud Laporte.
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Auteur des Lumières Sombres, Arnaud Miranda décrypte l'émergence d'un courant politique aux États-Unis : le techno-fascisme. Comment des figures de la Silicon Valley et certains penseurs de la droite radicale américaine articulent-ils une critique de la modernité démocratique tout en s'appuyant sur les technologies les plus avancées ?
L'occasion d'explorer les racines intellectuelles de ces "nouveaux anti-modernes" : leur rejet des Lumières, leur fascination pour des formes autoritaires de pouvoir, et leur instrumentalisation des outils technologiques au service d'une vision politique régressive.
De Peter Thiel aux théoriciens du "Dark Enlightenment", Arnaud Miranda analyse les connexions entre idéologie réactionnaire et imaginaire techno-utopiste tout en interrogeant les mécanismes par lesquels ces idées pénètrent la sphère politico-médiatique.
Un podcast animé par Marc Weitzmann.



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Avant de devenir le mode de gouvernement dominant de nos sociétés, le management plonge ses racines dans la révolution industrielle. De la thermodynamique à Taylor, en passant par Saint-Simon, il hérite d'une obsession : réduire les pertes, maximiser l'efficacité. La cybernétique de Norbert Wiener parachève cette logique en introduisant les feedback loops — des boucles de contrôle en temps réel qui s'appliquent désormais aux humains comme aux machines.
Le résultat est une transformation profonde des institutions en "organisations" : PowerPoint, open spaces, indicateurs de performance, nudges… autant d'outils qui standardisent, surveillent et optimisent les comportements, au détriment du sens politique et humain.
Les conséquences anthropologiques sont lourdes : burnout, dépression, perte de sens, accélération permanente. Cette logique gestionnaire envahit tous les domaines — santé, éducation, écologie, politique — réduisant l'humain à un processus à optimiser.
Face à ce constat, Baptiste Rappin formule un appel à la résistance : déconstruire les systèmes toxiques, réhabiliter l'oisiveté, la poésie et le sacré — tout ce que le paradigme cybernétique a méthodiquement évacué.


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Une pensée libre, une méthode unique, une voix à part : le démographe et politologue Emmanuel Todd analyse les grands bouleversements géopolitiques, économiques et sociaux qui bouleversent notre monde. Comprendre le chaos mondial avec une grille de lecture singulière et rigoureuse, entre anthropologie, histoire longue et lucidité politique, nous permet de nous décoller de l'actualité immédiate et de ses effets d'annonce pour nous focaliser sur les tendances lourdes qui structurent le devenir des nations.
1. Les États-Unis sont-ils en situation de déclin économique et social ? Donald Trump doit-il être compris comme symptôme d'une fracture civilisationnelle profonde ?
2. Autrefois modèle de rigueur économique et de stabilité, l'Allemagne traverse une crise profonde, entre récession, dépendance énergétique, et fragilisation sociale.
3. S'appuyant sur son ouvrage Les luttes de classes en France au XXIe siècle, Emmanuel Todd dresse un constat alarmant de l'état social, économique et politique de la France. Il décrypte notamment les fractures invisibles qui menacent le pays : paupérisation, crise de l'État, inégalités croissantes, fracture générationnelle, mortalité infantile en hausse et déconnexion des élites, davantage obsédées par l'Ukraine que par le quotidien des Français...
4. Donald Trump ayant déjà passé trois mois à la tête des Etats-Unis, il est possible de dresser un bilan du début de sa mandature. L'occasion pour Emmanuel Todd de mettre en lumière les fractures invisibles de la société américaine : paupérisation, crise de l'État Fédéral, inégalités croissantes et fracture sociale. L'Occident est-il en voie d'effondrement ?
5. Les tensions entre Israël, l'Iran et les États-Unis virent à la guerre : les ressorts profonds de cet affrontement ne seraient-il pas à chercher dans l'effondrement du modèle américain, l'impasse stratégique israélienne, les malentendus sur l'Iran chiite et la société iranienne, le délitement du discours occidental et les risques de prolifération nucléaire ? Une nouvelle "guerre éternelle" peut-elle s'installer ?
6. La France est en crise, avec une dette massive, des mobilisations sociales et une instabilité politique chronique. Elle est aussi le siège d'une revendication égalitaire forte, reflet d'un malaise social profond, sur fond de fragmentation sociale en "archipels", où classes populaires, moyennes et élites vivent séparées et dans un mépris réciproque, nourrissant la crise démocratique et la montée des extrêmes. À l'international, le rapport asymétrique et néocolonial entre l'Europe et les États-Unis devient chaque jour plus évident, pointant vers un futur marqué par l'effondrement progressif de l'Occident, la fin de l'hégémonie américaine et un basculement du monde vers la multipolarité.
7. Alors que l'Occident vit une défaite sans vouloir y croire (militaire face à la Russie, économique face à la Chine), l'Asie redevient naturellement le centre du monde, portée par des géants démographiques et économiques (Inde, Chine, Indonésie), et par des transformations sociales massives — croissance des tailles, allongement de l'espérance de vie, urbanisation fulgurante. Il s'agit également de comprendre la grande énigme démographique asiatique, à savoir des niveaux de fécondité très faibles, et de décrypter la montée des tensions sino-japonaises autour du statut de Taïwan.
8. Loin de libérer les sociétés, le déclin des religions favoriserait un vide collectif et le nihilisme. Emmanuel Todd décrit trois stades (religion active, "zombie", puis zéro) et explore les mutations spirituelles en Occident et ailleurs. Il souligne la difficulté de construire un projet collectif sans cadre religieux ou idéologique, et alerte enfin sur les risques d'uniformisation intellectuelle liés à l'IA.
9. Les tensions internationales actuelles (Ukraine, Iran, Europe) sont analysées à l'aune des dynamiques historiques longues. Emmanuel Todd évoque un Occident en difficulté face à des puissances émergentes, les mutations démographiques et économiques, ainsi que les fragilités européennes. Il s'interroge aussi sur l'avenir politique de la France et, plus largement, sur le déclin démographique et les équilibres mondiaux à venir.
Une série d'entretiens menée par Diane Lagrange.




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La gratitude est le contraire du ressentiment. Et c'est avec cette attitude d'esprit que Mos Majorum et Radu Stoenescu, fondateurs et animateurs des Éditions Carmin, lancent un podcast.
L'occasion d'évoquer les auteurs de leur maison d'édition, leurs idées, mais aussi de commenter l'actualité avec un prisme libéral-conservateur qui détonne dans le paysage intellectuel francophone.


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L'oeuvre de René Girard a été un lieu de croisement entre théorie littéraire, anthropologie et préhistoire. Construite entre la France et les Etats-Unis à travers une lecture des textes classiques, elle a suscité de l'enthousiasme mais aussi des critiques dans le monde entier à partir d'une intuition radicale : la rivalité mimétique est à l'origine du fonctionnement sacrificiel des sociétés.
La monumentale biographie que lui consacre l'essayiste Benoit Chantre est l'occasion d'une discussion avec l'anthropologue Frédéric Keck et l'historien de l'art Rémi Labrusse en forme d'évaluation de son héritage.