



(1)
Qu'est-ce que la toute-puissance ? Dieu peut-il vraiment tout ? Peut-il marcher, mentir, faire le mal ? Peut-il faire que ce qui a été n'ait pas été ? Ou, au contraire, ne peut-il faire que le meilleur et le plus rationnel ? Peut-il faire autre chose que ce qu'il fait ? Créer d'autres mondes ?
Autant de questions qui ébranlent les limites du possible et du pensable, qui organisent le partage entre la puissance et son ombre, cette obscure limite qui lui permet d'exister, entre la contingence et la nécessité, la liberté et la bonté, le pouvoir absolu et l'ordre du monde, construisant le cadre conceptuel des débats de l'âge classique.
Olivier Boulnois et Cyrille Michon nous présentent une spéculation continue sur la toute-puissance divine sur plus de trois siècles, qui forme une sorte d'introduction à la philosophie médiévale : Pierre Lombard, évêque de Paris vers 1150, auteur des Sentences, maître livre qui a donné lieu à plus de mille quatre cents commentaires théologiques, puis ceux qui l'ont repris et discuté, notamment Albert le Grand, Bonaventure, Thomas d'Aquin, Duns Scot, Ockham et Luther.
Émission des "Mardis de la mémoire", animée par Pierre Chaunu.


(0)
En 1486, Jean Pic de La Mirandole publiait à Rome l'ouvrage intitulé Conclusiones sive Theses DCCCC, les 900 Conclusions ou Thèses. Pierre Legendre, avec sa 901e conclusion, se donne pour ambition d'en prolonger la geste. Il choisit de se coller à ce titre, par le forçage d'une addition qui n'en est pas une. Ce à quoi s'autorisaient les glossateurs scolastiques, à quoi s'autorisent encore les publicitaires et les militants - coller son propre texte au discours d'un autre -, pourquoi ne s'y aventurerait-il pas ?


(0)
Le philosophe Olivier Rey analyse les causes profondes de la chute de la natalité et engage à dépasser les raisons matérielles et consuméristes qui dissuadent les couples de procréer. Car s'il peut aujourd'hui rationnel de ne pas avoir d'enfants, la raison, cependant, peut trouver que se confiner à un tel cadre est déraisonnable...
Car si la raréfaction des enfants a des causes trop nombreuses et profondes pour que des mesures cosmétiques soient à même d'y remédier, il est important de souligner qu'il exisite toujours des raisons sérieuses d'engendrer !


(0)
Alors qu'il vient de publier de pulbier La voix méconnue du réel et de donner à la BNF trois grandes conférences ayant pour thème "le sacrifice", René Girard propose ici le survol de quarante années d'une œuvre dans laquelle il interroge, aux frontières de l'anthropologie, de l'histoire, de la philosophie et de l'étude littéraire, les notions de sacrifice et de bouc émissaire. Il revient également sur la question de la violence entre les hommes, liée selon lui à une rivalité mimétique, à un désir mimétique dont il s'est fait le théoricien.
Il revient aussi sur son parcours en rappelant comment de sa ville natale d'Avignon il avait été conduit à faire toute sa carrière universitaire aux États-Unis et expose pourquoi et comment, du constat de l'éloignement du réel des sciences de l'homme depuis les années cinquante, son travail a consisté, partant des textes et de l'observation immédiate, à proposer un retour au réalisme et à la simplicité.
Ni structuraliste, ni déconstructeur, René Girard est l'un des intellectuels français de son temps les plus reconnus dans le monde. Écoutons-le dire ce qu'est, selon lui, la meilleure des réponses à opposer à la tentation de la violence que chacun porte en soi.
Émission "Surpris par la nuit", animée par Alain Veinstein.


(0)
"Nous voilà dans un siècle qui va devenir de jour en jour plus éclairé", écrit dès 1684 le philosophe Pierre Bayle. De proche en proche et d'ouest en est, la lumière, singulière puis plurielle, gagne l'ensemble du continent européen : Enlightenment, Lumières, Aufklärung, Illuminismo..., le mouvement se décline dans toutes les langues au XVIIIe siècle, pénètre les esprits et modifie les comportements.
C'est la fin d'une histoire, et le commencement d'une autre, où la raison, la science, le droit, la tolérance, la liberté et le bonheur individuel dessinent un horizon nouveau. Même déchirée par les guerres, deux années sur trois, l'Europe se constitue en conscience collective, conçoit et met en oeuvre, dans des réalisations multiples, l'idée de progrès.
Sans être une histoire sainte des Lumières, le récit de Monique Cottret, ancré dans les écrits comme dans les faits, accorde une large part aux destins individuels des philosophes, des rois, des inventeurs, des écrivains et des artistes ; de Newton à Kant, entre Voltaire et Frédéric II, avec Emilie du Châtelet et Angelica Kauffman, des dévots de la Grande Catherine aux partisans du Contrat social, de Lumières en Révolutions...
Alors qu'aujourd'hui les Lumières subissent des remises en cause et des assauts critiques, il fallait convoquer ce passé et le mobiliser au service d'un humanisme universaliste plus actuel et nécessaire que jamais.


(0)
Michel Pastoureau est une star dans son domaine : ses livres sont des best-sellers traduits dans une trentaine de langues, il est invité partout à faire des conférences, il est même devenu une sorte de gourou de la mode, ami de grands stylistes et conseiller "tendances".
Michel Pastoureau est un "homme arc-en-ciel" pour plusieurs raisons : son nom est certes indissociable de l'histoire des couleurs auxquelles il a consacré une série de livres publiés sur vingt ans aux éditions du Seuil, mais la diversité de ses recherches et de ses approches est grande, puisqu'il aussi connu du grand public comme l'auteur de livres sur les animaux dont il a retracé les histoires, que ce soit l'ours, le loup, le cochon ou le corbeau.
L'historien est également un pionnier dans son domaine : outre l'histoire des couleurs et des animaux qui n'étaient pas à la mode académique et publique à ses débuts dans les années 1970-80, pendant une première période de recherche, il s'est passionné pour les blasons, les emblèmes, les armoiries, autrement dit l'héraldique, qu'il a aussi contribué à sortir du mépris et à en faire une science historique à part entière.
Comme universitaire, Michel Pastoureau a occupé la chaire d'histoire de la symbolique médiévale à l'Ecole pratique des hautes études de 1982 à 2016, et il a été directeur d'études associé à l'Ecole des hautes études en sciences sociales de 1986 à 2006. Il fut aussi Conseiller historique sur les films d'Eric Rohmer et Jean-Jacques Annaud Perceval le Gallois (1978) et Le Nom de la rose (1986).
C'est un grand timide, mais un auteur prolifique de quelque 86 livres, et un chercheur qui se dit "heureux", ce qui n'est pas si fréquent !
Émission "À voix nue", produite par Caroline Broué.


(0)
Le cosmisme russe est un mouvement philosophique et scientifique qui a influencé la pensée russe et internationale. Son fondateur, Nicolas Fiodorov, était un bibliothécaire modeste surnommé le "Socrate de Moscou" qui rêvait de ressusciter les ancêtres grâce à la science et à la coopération mondiale. Il prônait l'arrêt des guerres et la mobilisation des ressources scientifiques pour cette "grande œuvre" commune, reflétant son idéal de fraternité universelle.
Olga Rachetnikova aborde également les critiques et les influences du cosmisme, notamment sur l'astronautique et les sciences modernes avant d'évoquer les travaux de Konstantin Tsiolkovski, qui a appliqué les idées cosmistes à la conquête spatiale, et de Vladimir Vernadsky, dont les théories sur la noosphère inspirent encore aujourd'hui.
Enfin, ce sont les liens entre cosmisme et transhumanisme qui sont explorés, en soulignant notamment la conservation du mystère dans le cosmisme.
Un entretien mené par Gaëtan Selle et Marc Roux.


(0)
Grand folkloriste et mythologue français, Claude Gaignebet est spécialiste de François Rabelais et grand connaisseur aussi bien des traditions populaires que des sources scripturaires de l'Antiquité. Ilpropose de l'œuvre du plus grand écrivain du XVIe siècle une lecture "à plus hault sens", notamment grâce aux clefs folkloriques et calendaires qu'il a su y reconnaître : sous le masque de la facétie, Rabelais a caché dans ses livres tout un savoir ésotérique empruntant aussi bien à l'héritage pythagoricien qu'à la kabbale, et trouvant échos et prolongements dans la culture populaire, particulièrement dans les conceptions touchant à l'impureté, qu'il s’agisse de la lèpre, des menstrues ou des excréments.
Émission "Une vie, une œuvre", réalisée par Claude Mettra et Jean-Claude Loiseau.


(0)
De Carnot à Clausius, la thermodynamique s'est d'abord développée à partir de deux principes fondamentaux. Avec Boltzman, et Gibbs, elle devient la mécanique statistique avant qu'en 1922, Alfred Lotka pressente l'existence d'un troisième principe.
A partir de 1960, Ilya Prigogine jette les bases de la thermodynamique hors équilibre : les phénomènes d'auto-organisation y apparaissent comme des processus de transition de phase. En 1987, Per Bak et ses collaborateurs introduisent le concept de criticalité auto-organisée. Enfin, en 2003, un biophysicien, Rodercik Dewar, propose une démonstration statistique du troisième principe qui sera ensuite reprise sous des formes plus rigoureuses.
Clausius considérait l'Univers comme fermé et isolé. La thermodynamique nous dit qu'il doit alors tendre vers un équilibre d'entropie maximale. La découverte de l'expansion de l'Univers nous montre que l'Univers évolue et l'on sait aujourd'hui que cette expansion s'accélère. L'Univers est donc hors équilibre : il s'auto-organise.
Ces acquis nous permettent d'interpréter l'évolution comme des cycles de Carnot autour d'un point critique, conduisant ainsi à l'idée que, sur Terre, la vie a pu s'organiser autour du point critique de l'eau.


(0)
Né en Russie au tout début du XXe siècle, le mouvement cosmiste rêvait de ressusciter les ancêtres par la science, croyait en une fraternité universelle et en la possibilité pour l'espèce humaine de coloniser l'espace.
Quels liens peuvent être établis avec le mouvement transhumaniste ? Des ponts ont-ils existés entre ces deux galaxies intellectuelles ?
Rudolph BIerent discute des implications philosophiques et scientifiques de ces idées, en comparant les approches cosmistes et transhumanistes. Il évoque aussi les défis de la démocratie face à l'intelligence artificielle, la place de l'homme dans l'univers et les enjeux de la conquête spatiale.
Un entretien mené par Gaëtan Selle et Didier Coeurnelle.


(0)
Alain Badiou, Judith Butler, Giorgio Agamben, Fredric Jameson, Wang Hui, Moishe Postone, Gayatri Spivak ou Axel Honneth, la pensée radicale est de retour. Mais quelles sont ces théories qui accompagnent l'émergence des nouvelles luttes sociales ? En quoi se distinguent-elles de celles qui caractérisaient le mouvement ouvrier dans ses formes traditionnelles ?
Razmig Keucheyan rend compte de la diversité de ces nouvelles pensées : théorie queer, marxisme et postmarxisme, théorie postcoloniale, théorie de la reconnaissance, poststructuralisme, néospinozisme, etc. Il montre également l'unité qui sous-tend ces courants, tous produits des défaites subies par les mouvements de contestation des années 1960 et 1970.
Un travail qui se veut une cartographie intellectuelle, un instrument d'orientation dans le nouveau paysage des pensées critiques, dans une perspective internationale.



(1)
Olivier Rey aborde le thème de l'attention selon la philosophe Simone Weil, qu'elle considère comme la forme la plus rare et la plus pure de la générosité. L'attention est donc traitée de la manière dont Simone Weil écrivait : "il y a quelque chose dans notre âme qui répugne à la véritable attention beaucoup plus violemment que la chair ne répugne à la fatigue".
Une conférence qui s'inscrit dans le cadre du Séminaire "Éducation et soin à l'ère du numérique", animée par Cynthia Fleury et Camille Riquier.