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En 1966, à la question "Qu'est-ce qui prend la place de la philosophie aujourd'hui ?", Heidegger répondit : "La cybernétique." Ivan Bouchardeau aborde ici frontalement la question à laquelle Heidegger répond à la volée. Il se confronte au difficile problème de la définition de la "cybernétique", cette science du contrôle et de la communication, cette "utopie de l'information", ou encore, étymologiquement, cette science du gouvernement (kubernétès, en grec : gouvernail).
Il ne prend pas la cybernétique à la lettre, mais au sérieux, à la fois comme discours mythique dans les modalités de la science moderne opposant le chaos de l'entropie à l'ordre de l'information, et comme aboutissement de traditions pluriséculaires : pour les uns (Heidegger), la cybernétique venait se substituer à la philosophie en réalisant le Logos grec ; pour d'autres (Musso), elle était l'ultime incarnation de l'esprit depuis que l'idéologie chrétienne d'un dieu fait chair se serait répandu en occident. Pour d'autres encore, la cybernétique était le développement logique, nécessaire, et annoncé par Marx de la division sociale du travail en division cognitive du travail, et de la réification du capital en tant que technologie de la productivité mentale.
On y (re)découvre que la cybernétique ne fut pas qu'une tentative de science ou de mythification et de relance de la modernité après deux guerres mondiales, mais aussi un paradigme de gouvernement, une manière de faire tenir ensemble spontanéité contrôlée et planification douce, voire insensible. Ce paradigme fut mis en oeuvre tant par des socialistes, comme Allende au Chili avec le projet Cybersyn, que par les néo-libéraux qui y virent une méthode pour réaliser la main invisible du marché.
Un travail très riche, dont l'un des aspects les plus original est peut-être la mise en évidence du renversement de Heidegger par des apôtres de l'IA qui envisagèrent, il n'y a pas si longtemps, des "IA heideggérienne" dotées de leur être-au-monde.
- 0'00'00 : Introduction
- 0'01'18 : Ramener l'Esprit à la matière
- 0'06'51 : Qu'est-ce que la cybernétique ?
- 0'13'20 : L'origine balistique de la cybernétique
- 0'18'12 : Position prévue et position effective
- 0'21'14 : Boucle de rétroaction et information
- 0'25'44 : Un mythe cosmologique
- 0'28'24 : L'irréversibilité des processus
- 0'30'37 : L'extension du modèle à un mythe plus large
- 0'37'12 : La cybernétique : aboutissement et clé de voûte de l'occident ?
- 0'38'52 : Heidegger et l'oubli de l'être par le calcul
- 0'42'32 : Pierre Musso, la religion industrielle et l'incarnation.
- 0'47'55 : James R. Beniger, la révolution du contrôle
- 0'53'36 : Les implications politiques de la cybernétique en contexte socialiste
- 1'01'08 : Les implications politiques de la cybernétique dans la théorie néolibérale
- 1'03'54 : La critique Heideggerienne de l'IA d'Hubert Dreyfus
- 1'11'37 : Les IA Heideggeriennes
Un entretien mené par Blaise Marchandeau.


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La faiblesse de la droite tient à ceci : elle abandonne à la gauche le monopole de l'ingénierie sociale tout en restant viscéralement technophobe.
Le coup de génie de Trump fut de réunir sous une même bannière trois tribus jugées irréconciliables : les "petits-Blancs", les chrétiens conservateurs et une fraction des princes de la Silicon Valley. Mais cette coalition ne trompe personne : sans refonte idéologique profonde, la contre-offensive gauchiste, inévitable, l'emportera d'ici une ou deux générations.
Pour que l'alliance de la technologie et de la droite ne soit pas un feu de paille, il faut forger un nouveau progressisme, une nouvelle métapolitique, une autre morale et une cosmologie prométhéenne – car un peuple sans ciel se condamne à végéter.
- 0'00'00 : Introduction – La Droite prométhéenne
- 0'04'57 : Qu'est-ce que la droite prométhéenne ?
- 0'08'15 : Peut-on réhabiliter le fascisme ?
- 0'29'45 : Pourquoi critiquer le christianisme ?
- 0'49'42 : Nietzsche, volonté de puissance et vérité
- 0'59'20 : Transhumanisme, État et intelligence artificielle
- 1'04'06 : Civilisation occidentale : États-Unis vs Europe
- 1'22'29 : Archéofuturisme : nostalgie ou progrès ?
- 1'31'00 : Conscience, phénoménologie et limites de l’IA


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De la Révolution russe, les libertaires ne retiennent souvent que deux épisodes épiques et signifiants : la Makhnovchtchina ; Cronstadt 1921. La séquence initiale de 1917-1918 est plus mal connue. C'est pourtant là que l'essentiel de la partie s'est joué pour le mouvement anarchiste.
En février 1917, l'anarchisme était la composante la plus minoritaire du socialisme russe. Quelle était alors sa consistance, quel fut son rôle, quels choix opéra-t-il ? Certes, la politisation fulgurante du prolétariat et des conscrits entraîna une croissance pléthorique des partis et des syndicats, jusque-là clandestins. Mais comment transformer ce flot de convertis volatils en une force collective, capable de peser sur le cours des événements ? Comment créer la surprise ?
Guillalume Davranche raconte comment le mouvement libertaire joua sa partition et tenta de rattraper son retard, avant d'être brutalement étranglé par le nouveau pouvoir.


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Frédéric Lordon tire la sonnette d'alarme : quelque chose de gros se prépare du côté de la finance. Le private credit, l'intelligence artificielle et l'endettement des particuliers sont autant de foyers prêts à s'embraser, et la guerre au Moyen-Orient vient jeter de l'huile sur le feu. Jamais dans l'histoire du capitalisme une telle conjonction de forces ne s'était produite. Mais de ce choc pourrait aussi surgir une occasion historique : celle de refaire enfin de la politique anticapitaliste...
- 0'00'00 : Zapping
- 0'01'43 : Qu'est-ce que le crédit privé et quel est son rôle ?
- 0'17'17 : Le risque d'un "bank run" du crédit privé
- 0'37'40 : Les fonds de crédit privé peuvent impacter tout le système
- 0'41'08 : Les graves problèmes des autres formes de crédit
- 0'44'29 : La bulle de l'IA
- 0'55'28 : L'impact de la guerre en Iran
- 1'13'56 : L'intrication entre crise économique et financière
- 1'28'26 : L'État pourra-t-il sauver le système encore une fois ?
- 1'41'38 : Pourquoi la menace économique ne nous indigne pas plus ?
- 1'45'12 : Une occasion de se débarrasser des "collabos"
- 1'47'17 : Une société post-travail à l'ère de l'IA ?
- 1'58'42 : Question finale
Un entretien mené par Olivier Berruyer.


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Depuis 2015, l'anticomplotisme s'est imposé comme idéologie au service de l'ordre établi, incarnée par Rudy Reichstadt et Conspiracy Watch. Présenté comme rempart contre les fake news, ce courant cherche moins à informer qu'à disqualifier toute critique systémique.
Laurent Dauré retrace la trajectoire de Conspiracy Watch : ses relais médiatiques, ses financements publics et son alignement sur les positions libérales et sécuritaires. Cette enquête dévoile une galaxie militante déguisée en expertise scientifique, où l'anticomplotisme devient un outil de censure idéologique et de contrôle du débat public.
Un entretien mené par Louise Bihan.


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De ses origines soviétiques à son instrumentalisation contemporaine, François Costantini nous raconte l'histoire de l'antifascisme, qui questionne son rôle comme outil idéologique au service du système mondialiste.
- 0'00'00 : Hommage à Quentin
- 0'02'23 : Trois temps de l'analyse
- 0'07'38 : Origines soviétiques de l'antifascisme
- 0'25'42 : Extension du domaine de la lutte
- 0'34'26 : Antifascisme et RDA
- 0'43'39 : Systématisation de la haine
- 0'54'51 : Antifascisme et violence politique
- 0'57'31 : Gilets jaunes et instrumentalisation
- 1'00'26 : Antifascisme et système mondialiste
- 1'01'39 : Conclusion et appel au don


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Face à l'aggravation des crises environnementales qu'elle a provoquées, la société industrielle semble frappée d'aveuglement. Elle est bercée de l'illusion que tout finira par s'arranger, grâce à la souplesse du marché, l'innovation technique et l'inventivité du capital. Toute une mythologie économique entrave ainsi la réflexion et la perception de la gravité de la situation.
Dans le but de défaire cette mythologie, Sylvain Piron cherche à en comprendre l'histoire, en associant deux voies complémentaires. Le désastre vers lequel nous avançons est annoncé depuis un demi-siècle. Parmi les penseurs de l'écologie politique des années 1967-72, les parcours de Gregory Bateson et d'Ivan Illich permettent d'observer l'émergence de cette réflexion, puis son occultation sous l'effet du tournant néo-libéral des années 1980.
Mais pour saisir la puissance du mythe et ses effets dévastateurs, il faut remonter bien plus haut. L'appétit de transformation du monde naturel par l'action humaine correspond à une pente générale de l'Occident dans la longue durée du second millénaire de l'ère chrétienne. C'est ce que l'on peut décrire comme une dynamique d'occupation du monde, au double sens d'une occupation objective par des êtres subjectivement occupés à le transformer.
Les théologiens scolastiques ont été les premiers à observer le phénomène au XIIIe siècle. Point de départ d'une pensée de l'économie, leur philosophie morale peut aujourd'hui fournir des arguments critiques face aux dogmes de la pensée économique contemporaine.
Alors que les réflexions politiques et sociologiques ont eu maintes fois l'occasion de reformuler leurs postulats, la pensée économique est demeurée prisonnière de présupposés qui lui confèrent à présent une texture quasiment théologique. Cet impensé est le premier responsable de notre incapacité à faire face aux crises actuelles.
Sylvain Piron nous propose une interprétation globale du destin économique de l'Occident, en vue de défendre la nécessité d'un autre rapport au monde.


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Qu'est-ce qui inquiète dans l'enfant qui inquiète ? Dans des sociétés individualistes, l'enfant est compris comme un individu spécifique et, s'il inquiète, c'est parce que son trouble, quel qu'il soit, empêche le processus de socialisation et l'accession à l'autonomie. Pour autant, cette autonomie, si prégnante dans les projets éducatifs et thérapeutiques, n'est jamais questionnée ou définie.
Émission "Egosystème", animée par Florence Farion.


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L'action de l’électricité se révèle dans trois domaines principaux : la lumière, la force, l'information. Une telle immatérialité la fait passer pour innocente. Pourtant, son efficacité repose essentiellement sur le pouvoir du feu en ce qu'elle n'est qu'un vecteur énergétique. Dégâts et déchets sont cachés en amont ou en aval de son utilisation.
À travers un parcours historique d'Ampère à Bill Gates, Alain Gras démonte les coulisses et les travers du mythe électrique et de la numérisation de nos existences. Non, le tout-électrique-tout-numérique ne sauvera pas la planète ! Avant qu'ils ne nous emprisonnent totalement, arrachons-nous à leur pouvoir de séduction et sortons de la Matrice.
Émission "Trous Noirs".


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C'est à partir de la critique du fétichisme de la marchandise et de la valeur qu'Anselm Jappe cerne le moment qui est le nôtre. Son ouvrage Crédit à mort est la mise à l'épreuve des théories critiques élaborées à partir des années 80 dans les revues Allemandes Krisis et Exit et par Moise Postone aux Etats Unis, afin de mesurer si elles permettent mieux que d'autres de comprendre ce qui nous arrive.S'il s'agit bien d'une critique marxiste, celle-ci abandonne la centralité du concept de luttes de classes considérant qu'il ne peut plus suffire de changer les modes de distribution des richesses. Cela, parce que la critique de la valeur révèle une contradiction dynamique et interne au capitalisme, dont la crise ouverte en 2008 en serait l'accomplissement. Une contradiction qui conduit nécessairement le capitalisme à la destruction de la valeur et par conséquent de la richesse. De richesse il n'y en à donc plus suffisamment pour relancer le capitalisme social des années 60 : un capitalisme de plein emploi, de salaires élevés et de l'école ascenseur. Pour comprendre cette situation, il convient de saisir la manière dont la valeur se constitue à travers le concept de travail abstrait, du rôle de la technologie dans la diminution de la valeur et le rôle du crédit, de la finance dans la prolongation de l'agonie du capitalisme.Le travail d'Anselm Jappe constitue également une critique de la culture, de la modernité et du sujet, s'appuyant sur le fétichisme de la marchandise comme structure déterminante des formes même de l'agir et de la pensée. Ce que le capitalisme emportera avec lui dans son écroulement, c'est la socialisation telle qu'elle s’est constituée depuis la révolution du capitalisme anglais de Manchester. Un écroulement susceptible de mettre à nu le sujet automate du capitalisme incapable de se socialiser autrement que par l'échange d'unité de valeur.
Un entretien mené par Emmanuel Moreira.


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Une révolution a eu lieu dans les années 60 du XXᵉ siècle. Pourquoi choisir 1966 plutôt que 1968 pour en comprendre la dynamique ?
Antoine Compagnon avance deux raisons à son choix. D'abord une raison personnelle, relevant de ce que Pierre Nora appelait "l'ego-histoire" : "C'est l'année où je me suis éveillé au monde, aux idées (...). C'est l'année où j'ai découvert la France." Mais surtout, 1966 lui apparaît comme "le début de cette seconde Révolution française". Selon lui, "la France a été en guerre entre 1914 et 1962" et ce n'est qu'après cette longue période que les choses commencent à changer. Il compare ainsi 1966 au "89 de la Révolution française", quand 1968 en serait "93, la véritable explosion"...
Jean-François Sirinelli partage ce diagnostic tout en l'élargissant. Pour l'historien, dès "le milieu des années 1960", la révolution est à l'œuvre, et 1968 agit avant tout comme "un accélérateur de particules historiques". Les ferments sont déjà là : télévision dans la moitié des foyers, transformations politiques issues du scrutin de 1965, rupture dans le monde intellectuel et premières avancées décisives pour les droits des femmes.
Émission "Répliques", animée par Alain Finkielkraut.


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Le roman national ment. L'identité française ne résulte pas de l'alliance de la bravoure gauloise et de l'administration romaine, le tout couronné par la bonté chrétienne. Pas seulement. Non seulement la France n'a pas seulement été gauloise et romaine, mais la France n'a pas seulement été chrétienne. Le roman national ment. Par omission. Par oubli.
Pacôme Thiellement fais l'exégèse de notre histoire sur ce territoire que nous nous sommes habitués à appeler la France. Celle-ci est subjective, et même très subjective, même l'exposé est aussi rigoureux que possible possible. Alors, comme dirait l'autre, si vous n'aimez pas cette Histoire de France, écrivez la vôtre.