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Professeur au Collège de France, Jacques Bouveresse est l'auteur récent de Wittgenstein, la modernité, le progrès et le déclin (éditions Agone). L'occasion pour quatre philosophes -Alban Bouvier, Frédéric Nef, Ruwen Ogien et Clément Rosset- d'examiner cette parution philosophique sans parti pris d'école ou de tendance, pour tenter de tirer au clair l'antipathie que Wittgenstein entretenait envers la civilisation contemporaine, antipathie qui l'a poussée à ne s'attacher qu'au très petit nombre de choses qu'il considérait comme essentielles.


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Tous deux intellectuels à la pointe du renouvellement des pensées de la gauche radicale, Frédéric Lordon et Brian Massumi proposent chacun une pensée radicalement critique de l'économie orthodoxe à partir de la notion d'affect. L'un s’appuie sur Spinoza (par exemple dans La Société des affects et dans Les affects de la politique), l'autre sur Deleuze et Guattari (par exemple dans L'économie contre elle-même).
Si leurs prémisses critiques semblent converger, leurs approches, leurs conclusions et leurs propositions politiques nous emmènent dans des directions assez différentes entre elles. Leurs rapports à l'État-nation comme leurs analyses des dérivations financières sont en contraste particulièrement marqué.
Chacun d'eux peut incarner un devenir possible de la gauche radicale : la question sera de savoir si ces devenirs sont compossibles, contradictoires ou complémentaires.
Un débat animée par Yves Citton et Quentin Badaire.


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Partout, ça se rebiffait. Les années 1970, a-t-on dit à droite et à gauche, du côté de Samuel Huntington comme de Michel Foucault, ont été ébranlées par une gigantesque "crise de gouvernabilité".
Aux États-Unis, le phénomène inquiétait tout particulièrement le monde des affaires, lui qui était mis en cause de toutes parts, confronté simultanément à des indisciplines ouvrières massives, à une "révolution managériale" réelle ou supposée, à des mobilisations écologistes inédites vécues comme des "attaques sur la libre entreprise", à l'essor concomitant de nouvelles régulations sociales et environnementales, et - racine de tous les maux - aux ravages de ce que Friedrich Hayek fustigeait alors comme une "démocratie sans limite".
C'est à cette occasion que furent élaborées, par réaction, dans un mouvement de contre-offensive multiforme face à cette vague de révolte généralisée, de nouvelles tactiques politiques destinées à l'endiguer et à la neutraliser, de nouveaux arts de gouverner encore actifs aujourd'hui.


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L'espace fait rêver. Mais comment ce mythe de la conquête de l'espace s'est-il construit ? L'iconique bipbip du satellite Spoutnik, en 1957, est généralement présenté comme l'acte de naissance de l'exploration spatiale : son origine nazie est plus souvent oubliée.
C'est ce que rappellent Irénée Régnauld et Arnaud Saint-Martin dans un essai marquant d'histoire des sciences : comment ces technologies prennent racines dans l'Allemagne du 3e Reich. Puis comment, en un siècle, nous avons vu l'avènement d'une "astroculture" en soutient de programmes spatiaux aux objectifs avant tout militaires. Et enfin l'éclosion d'une économie extra-atmosphérique, décorrélée de tous enjeux climatiques.
Émission "La Science, CQFD", animée par Natacha Triou.


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Lisant L'abîme de la liberté de Michel Freitag, on pense au propos qui ouvre le Contrat social de Rousseau: "L'homme est né libre, et partout il est dans les fers". La pensée de Michel Freitag telle qu'elle s’exprime dans son ouvrage posthume pose en un certain sens une question classique : comment la proclamation de la liberté comme fondement de la cité peut-elle se combiner avec la servitude – ou pire : s'accomplir comme servitude ?
Cet apparent paradoxe est lisible au mieux dans la psychologie de l'être postmoderne, à qui l'on prête des "droits inaliénables" si ce n'est une capacité de "créativité" présumément jamais vue dans l'histoire de l'humanité – et qui se trouve pourtant au même moment intégré à des "systèmes" dits autorégulés correspondant en tous points à ce que Marx décrivait comme aliénation à des puissances étrangères (et absolument hostiles) à l'humanité.
Comment la pensée de la liberté de Freitag décrit-elle et comprend-elle cet apparent paradoxe instituant de la psyché contemporaine, qui semble l'écarteler entre toute-puissance imaginée et archi-impuissance vécue réellement ?
Une conférence qui s'inscrit dans le colloque L'abîme de la liberté de Michel Freitag, organisé par le Collectif Société.


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Les forêts françaises couvrent aujourd'hui près d'un tiers du territoire, offrant à la fois un patrimoine naturel exceptionnel, un réservoir de biodiversité et une ressource économique majeure. Derrière leur apparente immuabilité se cache une histoire longue, façonnée par les choix humains, les évolutions climatiques et les mutations économiques. De la gestion traditionnelle aux défis contemporains — changement climatique, pressions foncières, politiques publiques — les bois et forêts sont au cœur d'enjeux qui concernent autant l'environnement que l'aménagement du territoire et l'économie locale.
Laurent Ozon et Jean-Pierre Michel croisent leurs regards et leurs expériences pour explorer la place des forêts dans la France d'hier, d'aujourd'hui et de demain en nous entraînant dans un voyage qui mêle connaissances scientifiques, perspectives historiques et réflexions sur l'avenir de ce patrimoine vivant.
Émission du "Libre journal des lycéens", animée par Hugues Sérapion.


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Le philosophe Frédéric Lordon revient dans cet entretien sur le plan budgétaire présenté le 16 juillet 2025 par François Bayrou, sur ce qu'il appelle "l'ethos" du macronisme, sur la faillite des "médiations institutionnelles" (politiques, médiatiques, syndicales), dont le constat l'amène à réfléchir à la possibilité d'un "débordement".
Il évoque aussi la fascisation en cours, qu'il a été l'un des tout premiers à dénoncer – entre pessimisme et espoir.
Un entretien mené par Sébastien Fontenelle.


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De quoi est-il question, au fond, dans le coaching ? De rien de moins que de la fabrique de l'homme cybernétique planétaire. Méthode d'accompagnement née dans les années 1990 qui se développa dans la décennie suivante, le coaching s'est aujourd'hui pleinement institutionnalisé : il est reconnu, à part entière, comme un outil de développement de la personne qui conjugue recherche du bien-être et souci de l'efficacité.
Baptiste Rappin met ici en exergue les fondements philosophiques du coaching allant de l'utilitarisme jusqu'à la question de la "vie nue", et nous livre les résultat de son enquête généalogique qui conduit du coaching contemporain vers le Nouvel Âge de la contreculture californienne. Enfin, il interroge le type de subjectivité à l'œuvre dans le déploiement opérationnel du coaching, offrant une perspective générale d'interprétation.
- 0'00'00 : Introduction
- 0'01'50 : Pourquoi cet ouvrage et qu'est-ce que le coaching ?
- 0'09'10 : Mai 68, le refus de l'autorité et le changement des rapports sur le marché de travail
- 0'20'23 : Être la meilleure version de soi-même et être dans la perpétuelle amélioration de soi, mais pour quoi ?
- 0'31'58 : Pourquoi ne pas régler le problème à sa source ?
- 0'37'41 : Indifférenciation entre vie publique et vie privée suivi de l'abolition du vouvoiement
- 0'44'06 : Qu'est-ce que la transparence ?
- 0'50'01 : Y a-t-il un lien entre le coaching et les Lumières ?
- 0'56'36 : L'influence du monde anglo-saxon et l'utilisation des anglicismes
- 1'05'28 : Gnose, occultismes et management
- 1'15'33 : Vers une nouvelle religion du travail ?
- 1'19'23 : Conjugaison des spiritualités orientales, de l'écologie, management et ESG
- 1'23'11 : Le crime parfait ?
- 1'31'59 : Conclusion et remerciements


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Philosophe, essayiste, romancier et homme politique français, Gaspard Kœnig parcourt depuis 2016 le monde pour mettre ses convictions à l'épreuve du réel et multiplie les expériences en immersion : en prison ouverte en Finlande, dans un village brésilien expérimentant le revenu universel, avec les entrepreneurs numériques au Rwanda ou dans les bidonvilles de Lima pour observer le microcrédit. Il effectue aussi un périple de 2'500 km à travers l'Europe sur les traces de Montaigne, avec sa jument, et dit à cette occasion avoir expérimenté un "communisme de tous les jours".
Et en bon néorural dépassé par la nature, il a demandé conseil à ses vieux amis les philosophes. Car au détour d'une page ou d'une métaphore, ceux-ci révèlent leur lien à la terre. C'est tout l'objet de cette intervention : relier la pensée et le sol. Entrecroisant références philosophiques, découvertes botaniques et réflexion politiques, Gaspar Kœnig dessine sa propre agrophilosophie en y célèbrant ses deux passions, la nature et la liberté.


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Pouvons-nous approcher philosophiquement l'essence du christianisme ? Celui-ci nous est accessible par son noyau existentiel, tel qu'il est vécu dans la foi, l'espérance et la charité : il nous faut donc déchiffrer l'essence du christianisme au cœur de l'existence chrétienne. Or avec les Épîtres de saint Paul, nous avons un accès originaire et privilégié à une telle expérience fondamentale, car chez lui, cette expérience religieuse s'accompagne de sa première explicitation.
Et c'est clairement parce qu'ils ont redécouvert l'importance de cet événement fondamental, que depuis deux siècles, les philosophes n'ont cessé de dialoguer avec Paul : Kierkegaard, Nietzsche, Wittgenstein, Heidegger, Arendt, Jonas, Ricoeur, Agamben, et d’autres. L'objet des travaux d'Olivier Boulnois est de reprendre ce dialogue, en traversant les différentes interprétations philosophiques, faites tantôt de percées fulgurantes, tantôt de récupérations, de caricatures et de malentendus, pour nous approcher du véritable Paul : un juif du premier siècle qui croit en Jésus Messie (Christos).
En déchiffrant les Epîtres de Paul au plus près des textes, pouvons-nous aujourd'hui nous rendre sensibles à l'impact authentique et révolutionnaire de sa pensée ?
Une série de conférences prononcée depuis la chaire de métaphysique Étienne Gilson.


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Capital marchand et capital financier sont des concepts clefs dans la description du capitalisme contemporain. Dans le livre III du Capital, Marx s'attache à exhiber leur genèse logique, c'est-à-dire la manière dont ce qui n'était, dans le livre II notamment, que des moments du cycle capitaliste s'autonomise et devient capital à part entière.
Guillaume Fondu propose une étude de cette autonomisation et de la manière dont le schéma logique qu'elle propose peut être utilisé pour penser des phénomènes contemporains.
Une intervention qui se fait dans le cadre du séminaire "Lectures de Marx".



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Dans le paysage intellectuel français, rares sont les figures capables de provoquer un véritable malaise au sein de leur propre camp. Jean-Claude Michéa, philosophe aussi discret qu'incisif, incarne depuis plusieurs années cette "mauvaise conscience" de la gauche. Héritier d'une tradition socialiste critique, il interroge sans relâche les contradictions d'un progressisme devenu le complice involontaire du libéralisme économique qu'il prétend combattre. Ses analyses, mêlant références classiques et observations contemporaines, dressent un portrait sans concession d'une gauche coupée de ses racines populaires.