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Ludwig Klages n'est pas un auteur très connu dans l'espace francophone. Il n'en demeure pas moins une figure essentielle développant une pensée radicale en lien avec l'écologie que l'on peut considérer comme un sommet du raisonnement antimoderne.
François Plat Colonna, intéressé par les conflits philosophiques internes à la modernité ou la littérature de Céline, vient de sortir un ouvrage passionnant intitulé Ludwig Klages. Une philosophie biocentrique (Nouvelle Librairie) qui permet de revenir sur la pensée et l'oeuvre de cet auteur méritant d'être redécouvert.
Émission "La Méridienne", animée par Wilsdorf, Jean-Louis Roumégace et Arnaud Naudin.


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D'après Cioran, il aurait été "l'homme le plus réalisé" qu'il ait jamais rencontré. Figure intellectuelle fascinante, Ludwig Klages a exercé son influence sur de grands penseurs ou artistes comme Hermann Hesse, C. G. Jung, Walter F. Otto, Robert Musil ou Gustave Thibon. Il demeure pourtant un nom méconnu, voire énigmatique, en France.
Disciple hétérodoxe de Nietzsche, représentant d'une pensée écologiste et vitaliste avant la lettre, Klages incarne, selon François Plat Colonna, l'acmé de la pensée antimoderne. Le philosophe allemand défia en effet dans son œuvre tous les fondements de la pensée moderne que sont la mathématisation du monde, la déification de la raison, le progressisme et l'universalisme. Au logocentrisme qui a dominé l'ensemble de la philosophie occidentale, Klages opposa le biocentrisme, revalorisant ainsi les dimensions instinctives et poétiques du monde enfouies par des siècles de rationalisme.
Émission du "Libre Journal des lycéens", animée par Pascal Lassalle.


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Denis Collin interroge le rapport de l'être humain à la nature et au travail à partir de la pensée de Marx. L'être humain est présenté comme un être naturel, dépendant de son environnement et des autres vivants. Le travail lui permet de transformer la nature pour répondre à ses besoins, mais aussi de développer ses propres facultés. Dans le système capitaliste, cette activité est toutefois détournée : on ne produit plus d'abord pour satisfaire des besoins, mais pour vendre des marchandises et accumuler de la valeur. La société se retrouve ainsi soumise à une logique de croissance devenue indépendante des besoins réels.
Il analyse ensuite les conséquences écologiques de cette dynamique : épuisement des ressources, dégradation des sols, extractivisme et dérèglement climatique. Une croissance infinie étant impossible dans un monde fini, plusieurs scénarios sont envisagés, de l'autoritarisme à la barbarie. Une autre perspective repose sur la démocratie, l'égalité, l'entraide et la gestion collective des biens communs.
Il s'agirait donc de réorienter la production vers les usages réels, de privilégier la durabilité, la réparation et la sobriété, tout en reprenant collectivement le contrôle du travail, du temps et des choix techniques.
Une conférence pour l'association "Les Remparts" à la Maison Hirondelle.


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Denis de Rougemont s'est alarmé depuis 1928 du productivisme industriel en prophétisant l'écrasement des communautés par les visées belliqueuses des états-nations et la possible déflagration d'une guerre nucléaire.
Son écologie politique annonçait la pensée universaliste d'Ivan Illich, audacieuse dans les années 1970, et les observations actuelles mais désabusées de Dominique Bourg sur notre capacité à changer de modèle économique.
Trois prophètes qui ont souvent prêché dans le désert mais dont les réflexions s'avèrent plus nécessaires que jamais.
Émission "L'horloge de sable", animée par Christian Ciocca.


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Scientia potentia est — le savoir c'est le pouvoir. L'adage prend un tour singulier à l'heure du capitalisme numérique.
1. Technoféodalisme. Né dans le cyberpunk des années 1980, ce concept s'oppose à l'idéologie californienne, qui promettait une cure de jouvence du capitalisme : moins de coûts d'échange, plus de petits producteurs, moins d'État — le fantasme d'une start-up nation. Cette redynamisation n'a pas eu lieu. Dans les années 2020, c'est plutôt le spectre technoféodal qui prend forme : par-delà la conjoncture, un processus de reconfiguration du mode de production est à l'œuvre, où un post-capitalisme régressif apparaît comme un avenir possible.
2. Nouvelles enclosures. Depuis les années 1980, l'extension des droits de propriété intellectuelle, partie des États-Unis, s'est propagée mondialement — suscitant l'opposition des pays en développement et des activistes, notamment en santé, dénonçant ces "nouvelles enclosures". Mais cette privatisation juridique n'est pas la forme la plus puissante de monopolisation. En contrôlant les réseaux d'innovation, en accumulant données et compétences, les Big Tech sont devenus de nouveaux monopolistes. L'évaporation de la concurrence va de pair avec une nouvelle stratification sociale et une remise en cause de la souveraineté des États.
3. Cyber-écosocialisme. Paradoxalement, ces mêmes infrastructures ouvrent des voies pour la crise écologique. La planification à l'ère de l'anthropocène s'inverse : il ne s'agit plus d'accélérer la croissance mais de planifier la décroissance de l'impact biophysique. Et là où le traitement de l'information bloquait la planification au XXe siècle, le numérique permet désormais une connaissance en temps réel du métabolisme terrestre. Cette maîtrise technique ne saurait pourtant se réduire au contrôle : elle doit laisser place au sens, à l'autonomie individuelle, à la diversité des manières d'être au monde. Telle est la voie étroite d'un rationalisme démocratique et tempéré, au service de la justice écologique.
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Jacques Ellul (1912-1994) est une personnalité difficilement classable : penseur de la technique, chrétien anarchiste, mais aussi précurseur de l'écologie politique, son œuvre colossale s'inscrit à la croisée de plusieurs disciplines et semble, à bien des égards, visionnaire.
Dès le XXe siècle, il alerte sur les dérives de l'omniprésence de la technologie, lance des appels à la décroissance et anticipe la résurgence du sacré.
Comment son œuvre, sa pensée et ses engagements peuvent-ils nous aider à nous orienter dans notre XXe siècle marqué par des crises multifactorielles ?
Une série d'émission produite par Juliette Devaux.
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Voyageur infatigable et figure du mouvement anarchiste, Élisée Reclus a porté une approche sensible dans la pratique de la géographie. Il a développé une pensée avant-gardiste de l'écologie et un idéal de coexistence entre l'homme et la nature.
Militant anarchiste et communard, le géographe Élisée Reclus (1830-1905) profite de ses périodes d'exils politiques pour voyager et étudier la terre. Grâce à la popularité de ses ouvrages de vulgarisation géographique, mêlant rigueur scientifique et sensibilité littéraire, il obtient de son vivant une renommée mondiale.
Humaniste convaincu et pionnier de la pensée écologiste, Élisée Reclus mène toute sa vie un combat en faveur de l'émancipation individuelle et d'une meilleure harmonie entre les hommes et la nature.
Une série d'émission produite par Marie-Lys de Saint Salvy.


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Le béton est utilisé depuis l'antiquité dans sa forme simple, puis il s'arme — de fer ou d'acier, et envahit peu à peu les constructions, les logements sociaux et les chantiers dans l'urbanisme contemporain tellement il est facile et pas si cher à produire.
Anselm Jappe a écrit un ouvrage sur les questions soulevées par ce matériau comme "arme de construction massive du capitalisme". Participant de la réduction des surfaces dans les logements, de l'uniformisation des bâtis, du contrôle social dans les logements de masse, il engendre également un retournement des habitants contre leur propres habitats : mépris voire haine de ces lieux qui viennent comme remplacer une haine de classe, tellement ils sont honnis.
Il est question également de la nocivité pour la santé des vivants, tant durant l'extraction des sables et graviers nécessaire à son élaboration, que lors de sa production (émission de CO2), que, in fine, dans la stérilisation des sols une fois bétonnés. Il n'y a pas non plus de lien au milieu où l'on est, où l'on construit ou adopte son habitat, qui est indépendant de tout contexte, partout pareil… avec des inconforts thermique, acoustique, et pas de durée.
En outre il n'y a de pas de "belles ruines" après le béton : il y a des tas informes, des débris dans les déchetteries, et un décyclage (tel que l'utilisation des résidus coulés pour des autoroutes ou autres). Outre les ressources, le béton a aussi détruit moult savoirs et métiers de constructions locales et pérennes.
Facteur d'épuisement des ressources et des personnes, l'hostilité du béton n'est-elle pas en effet à la mesure de celle des sociétés capitalistes ?
Émission "Un Coin Quelque Part", animée par Isabelle Carrère.