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À travers une analyse critique des théories de James Buchanan, figure majeure de l'école du Public Choice, Pierre Créttois explore les fondements et les implications du néolibéralisme en interrogeant sa conception individualiste et contractualiste qui réduit l'action collective à une simple agrégation de préférences individuelles, niant ainsi l'autonomie du politique et l'idée de bien commun. En s'appuyant sur des exemples concrets, comme la gestion des biens communs, il montre comment cette approche économique évacue les dimensions collectives et démocratiques, privilégiant le marché comme unique mécanisme de coordination.
Pierre Crétois met alors en lumière les limites de cette vision, notamment son incapacité à penser les contraintes procédurales et normatives nécessaires à la production de biens publics. Si Buchanan défend l'idée d'un contrat constitutionnel pour protéger les droits individuels, son modèle peine à expliquer comment concilier efficacité économique et justice sociale, ou comment éviter les dérives démocratiques. Ne devrions-nous pas plutôt envisager les biens communs non comme des obstacles à l'efficience, mais comme des cadres favorisant la convergence des intérêts par la délibération collective, tout en reconnaissant les tensions inhérentes à leur gestion ?


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La physionomie de nos sociétés dépend de vendeurs et d'acheteurs qui ne se rencontrent plus comme autrefois sur les marchés de plein air ou dans les ateliers des artisans. Depuis un siècle, les articles jugés sur pièce ont fait place à des "produits" préemballés, bardés de marques et poussés à travers des "canaux de distribution" matériels et médiatiques ; les clients sont devenus des "consommateurs".
Ajustant chaque jour la production à la consommation et la consommation à la production, le marketing est loin d'être un simple intermédiaire : il exerce une influence profonde, nourrie de toutes les sciences sociales, y compris dans la sphère intime, en politique et à l'université. La société tout entière est "orientée-marché", sous la bénédiction de l'État et malgré bien des réticences individuelles.
Avec le management, le marketing a fait de l'entreprise l'institution cardinale de notre époque, dont notre survie dépend toujours davantage. Bien mieux que la science économique, la rationalité marketing permet de comprendre intimement les entreprises et les marchés. Et pourtant, l'histoire de ce savoir pratique indispensable au bon fonctionnement du capitalisme reste méconnue...


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Architecte et philosophe, Pierre Le Vigan revient sur les travaux de Rousseau et Douguine dans une analyse critique des limites de la démocratie moderne. Entre souveraineté populaire, religion civile et multipolarité géopolitique, il explore les contradictions des systèmes politiques contemporains.
Une réflexion sur l'erreur de Rousseau (qui n'est pas celle que l'on croit !) et les utopies eurasiatiques de Douguine.
- 0'00'00 : Introduction et présentation de l'ouvrage de Pierre Le Vigan
- 0'02'22 : Rousseau et la critique du progrès
- 0'05'02 : Souveraineté populaire : la théorie face à la réalité
- 0'17'15 : L'erreur de Rousseau : démocratie locale ou impasse ?
- 0'37'55 : Douguine : géopolitique et spiritualité
- 0'49'43 : La quatrième théorie politique de Douguine
- 0'55'29 : Russie-Chine : une alliance durable ?
- 1'01'20 : Douguine : entre patriotisme et utopie
- 1'08'22 : Conclusion : le salut politique est-il intérieur ?
Un entretien mené par Pierre-Yves Rougeyron.


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Un an après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, quels sont les contours de sa politique étrangère ? Sylvain Ferreira et David Teuscher décryptent les stratégies de l'administration Trump 2.0 : expulsion de Maduro au Venezuela, négociations avec Cuba, contrôle du canal de Panama, et enjeux arctiques au Groenland.
Entre réindustrialisation forcée, guerre des ressources (pétrole, terres rares, eau) et réalignement des alliances, cette analyse révèle comment les États-Unis tentent de reprendre la main sur leur "arrière-cour" latino-américaine et de contrer l'influence chinoise.
Une plongée dans les coulisses d'une Amérique en reconquête, entre show médiatique et réalité géopolitique.
- 0'00'00 : Introduction – Les invités et le thème.
- 0'06'20 : Trump 2.0 : quels changements ? – Moins de néocons, plus de pragmatisme.
- 0'18'20 : Maduro évincé : une opération modèle ? – BlackRock, pétrole et méthode Trump.
- 0'31'10 : Cuba : la fin du dernier régime communiste ? – Historique et enjeux actuels.
- 0'45'48 : La carte secrète de l'expansionnisme US – Alaska, Mexique, Canada en 2026.
- 0'52'00 : Mexique : argent et cartels dans le viseur – Pourquoi Trump s'y intéresse.
- 1'00'38 : Groenland : la nouvelle bataille de l'Arctique – Bases militaires et ressources.
- 1'06'26 : Terres rares : la dépendance fatale des USA – L'embargo chinois et ses conséquences.
- 1'15'00 : Écologie vs. extraction au Groenland – Un blocage européen ?
- 1'25'00 : Conclusion – Show ou vraie stratégie ? Le bilan de Trump.
Un échange mené par Nicolas Dépraz.


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L'Homme excelle à créer des liens profonds avec son environnement, les êtres vivants et les lieux qu'il habite. Ces connexions — qu'elles soient alimentaires, techniques ou affectives — ont façonné la riche mosaïque de modes de vie et d'écosystèmes observée à travers le monde.
Pourtant, cette incroyable diversité bioculturelle subit aujourd'hui un effondrement global alarmant, documenté par les sciences, l'anthropologie et la linguistique. La solution ? Retourner à la terre.
Charles Stepanoff explore comment les pratiques et les savoirs paysans traditionnels en Europe créent des réseaux de vie denses et résilients. Ces modèles locaux constituent une piste concrète pour contrer la crise actuelle et restaurer les liens essentiels entre l'Homme et son milieu.


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À partir des données ethnologiques et anthropologiques, Christophe Darmangeat déconstruit l'une idée profondément ancrée dans l'imaginaire contemporain qui veut que la guerre serait, au choix, une fatalité inscrite dans la nature humaine ou un produit tardif de la sédentarisation avec l'apparition des États et des surplus matériels. Ces deux récits dominants — celui des "colombes" (un passé pacifié) et celui des "faucons" (une violence naturelle) — ne tiennent pas face aux faits historiques : la guerre existe bien avant l'État, mais elle n'obéit ni aux mêmes logiques, ni aux mêmes finalités que les guerres modernes.
Dans les sociétés sans État, la violence collective ne vise ni la conquête ni l'accumulation. : elle repose avant tout sur la vengeance, l'équilibrage des torts, la réputation et la nécessité de se faire justice soi-même en l'absence d'institutions.
En distinguant rigoureusement guerre, vendetta et autres formes de confrontation armée, Christophe Darmangeat remet en cause les récits simplistes sur l'origine des conflits et interroge, en creux, notre propre rapport contemporain à la guerre, à la violence et à l'État.
Un entretien mené par Thomas Arrighi.
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Face à la pauvreté, aux discriminations et aux violences policières qui ravageaient les grandes villes américaines alors que le pays savourait sa prospérité économique, Malcolm X offrit à la fin des années 1950 et au début des années 1960 une insubordination qui rendit espoir de justice et dignité à des milliers de Noirs américains. Son intransigeance et son nationalisme, identifiant les Noirs américains aux peuples colonisés d'Afrique et d'Asie, tranchaient avec l'image parfois trop réformiste du mouvement officiel des droits civiques dirigé par Martin Luther King, par ailleurs principalement concentré dans le sud du pays.
La force de son radicalisme, trop souvent caricaturé en appel à la violence, sa défense d'une masculinité noire revendiquée et sa dévotion à la Nation of Islam font de Malcolm X un des plus grands révoltés de l'histoire américaine.
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Frédéric Lordon et Sandra Lucbert proposent une relecture radicale de la psychanalyse à la lumière du spinosisme. Ce projet à quatre mains vise à restaurer la psychanalyse comme outil d'émancipation politique, loin d'une pratique refermée sur la sphère privée. À travers le personnage de Modus, les auteurs explorent la genèse du psychisme, de la naissance à l'insertion dans les structures sociales, en introduisant notamment le concept d'objet zéro pour définir la pulsion comme un effort de persévérance face au traumatisme inaugural de la vie.
Ils analysent comment le capitalisme néolibéral et le patriarcat s'inscrivent dans nos structures psychiques les plus profondes. Cette approche matérialiste permet de comprendre des phénomènes contemporains comme le mandat de Donald Trump ou les violences systémiques, non comme des folies individuelles, mais comme des produits de rapports sociaux.
En s'écartant des théories de Sigmund Freud et Jacques Lacan pour proposer une psychanalyse consciente des structures de domination, Frédéric Lordon et Sandra Lucbert refusent de pathologiser les individus, préférant analyser les stratégies du Conatus face à un environnement donné.
Ce sont les contours d'une critique sociale puissante prenant racine dans l'intimité du psychisme qui se dessine ici, pour mieux contester l'ordre établi.
- 00'00 : Introduction
- 01'10 : Replacer la psychanalyse dans le camp de l'émancipation
- 05'40 : Capitalisme, fascisme et emprise sur la pulsionnalité
- 07'30 : Le cas Donald Trump et la position schizoparanoïde
- 14'00 : Analyse sociale des violences et du racisme
- 20'50 : Critique du psychanalysme d'Élisabeth Roudinesco
- 24'45 : Une définition de la pulsion avec Baruch Spinoza
- 30'20 : Le traumatisme de la naissance et l'objet zéro
- 36'50 : La vie de Modus : une narration théorique
- 41'30 : La chose près du berceau et la dépathologisation
- 45'20 : Repolitiser l'ordre symbolique face à Jacques Lacan
- 49'50 : Conclusion et annonce du second volume
Un échange mené par Pierre Crétois.


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Le physicien et essayiste David Cosandey expose une thèse inédite : les systèmes de retraite actuels, en ignorant le nombre d'enfants élevés, encouragent involontairement la dénatalité. À travers des exemples historiques (France, Iran, Arabie Saoudite) et des comparaisons internationales, il démontre comment ces mécanismes économiques sapent le renouvellement des générations.
Une analyse percutante sur les causes profondes du déclin démographique mondial.
- 00'00 : La dénatalité, un problème invisible
- 03'36 : Le déclin démographique et ses conséquences
- 09'18 : Retraites : le mécanisme caché de la dénatalité
- 17'33 : Pourquoi les systèmes actuels découragent les naissances
- 29'36 : Solutions : réformer les retraites et les allocations familiales
- 34'09 : Vers un système équitable pour sauver les retraites


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Le cinéma, art populaire par excellence, est dominé par une minorité sociale : la bourgeoisie. Héritiers de milieux favorisés, enfants d'artistes ou de grands patrons, ce sont eux qui fabriquent l'essentiel des récits, décident quels personnages existent à l'écran et comment ils sont représentés.
À l'instar du male gaze, Rob Grams propose le concept de "bourgeois gaze" : une manière de filmer le monde depuis une position sociale dominante qui se prétend universelle, marquée par le mépris de classe, un centrisme moralisateur, un rapport hors-sol à la ruralité et une surreprésentation des thématiques bourgeoises.
En analysant un système de production socialement homogène, nourri par le népotisme et l'entre-soi, Rob Grams interroge : quelles voix, quels imaginaires émergeraient si l'art n'était pas monopolisé par une seule classe ? Quelle richesse de récits nous est volée ? Et quelles oeuvres parviennent, malgré tout, à ouvrir des brèches ?
Un entretien mené par Nicolas Framont.


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Face à l'aggravation des crises environnementales qu'elle a provoquées, la société industrielle semble frappée d'aveuglement. Elle est bercée de l'illusion que tout finira par s'arranger, grâce à la souplesse du marché, l'innovation technique et l'inventivité du capital. Toute une mythologie économique entrave ainsi la réflexion et la perception de la gravité de la situation.
Dans le but de défaire cette mythologie, Sylvain Piron cherche à en comprendre l'histoire, en associant deux voies complémentaires. Le désastre vers lequel nous avançons est annoncé depuis un demi-siècle. Parmi les penseurs de l'écologie politique des années 1967-72, les parcours de Gregory Bateson et d'Ivan Illich permettent d'observer l'émergence de cette réflexion, puis son occultation sous l'effet du tournant néo-libéral des années 1980.
Mais pour saisir la puissance du mythe et ses effets dévastateurs, il faut remonter bien plus haut. L'appétit de transformation du monde naturel par l'action humaine correspond à une pente générale de l'Occident dans la longue durée du second millénaire de l'ère chrétienne. C'est ce que l'on peut décrire comme une dynamique d'occupation du monde, au double sens d'une occupation objective par des êtres subjectivement occupés à le transformer.
Les théologiens scolastiques ont été les premiers à observer le phénomène au XIIIe siècle. Point de départ d'une pensée de l'économie, leur philosophie morale peut aujourd'hui fournir des arguments critiques face aux dogmes de la pensée économique contemporaine.
Alors que les réflexions politiques et sociologiques ont eu maintes fois l'occasion de reformuler leurs postulats, la pensée économique est demeurée prisonnière de présupposés qui lui confèrent à présent une texture quasiment théologique. Cet impensé est le premier responsable de notre incapacité à faire face aux crises actuelles.
Sylvain Piron nous propose une interprétation globale du destin économique de l'Occident, en vue de défendre la nécessité d'un autre rapport au monde.
Une intervention modérée par Catherine König-Pralong, agrémentée des contributions des deux discutants Emanuel Bertrand et Julie Brumberg-Chaumont.


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Poète de l’ombre et de la lumière, marcheur solitaire dans les ruelles de Paris comme dans les forêts de l’âme, Gérard de Nerval appartient à cette lignée d'esprits pour lesquels la poésie n'est pas un ornement, mais une quête. Avec lui, la vie et le rêve cessent d'être deux royaumes séparés. Ils communiquent, se répondent, se mêlent dans une même musique intérieure. L'auteur des Chimères et d'Aurélia nous entraîne dans un monde où les souvenirs deviennent des mythes, où les visages aimés prennent la douceur des apparitions, où chaque symbole ouvre une porte sur l'invisible.
Mais Nerval n'est pas seulement un rêveur fragile. Il est aussi un témoin de son siècle, un lecteur fervent des traditions, un passeur entre les civilisations, entre l'Orient rêvé et l'Occident inquiet. Sa parole, souvent voilée, parfois énigmatique, garde pourtant une limpidité profonde : celle d'un homme qui cherche, derrière les apparences, la secrète unité du monde.