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Qu'est-ce qui inquiète dans l'enfant qui inquiète ? Dans des sociétés individualistes, l'enfant est compris comme un individu spécifique et, s'il inquiète, c'est parce que son trouble, quel qu'il soit, empêche le processus de socialisation et l'accession à l'autonomie. Pour autant, cette autonomie, si prégnante dans les projets éducatifs et thérapeutiques, n'est jamais questionnée ou définie.


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Nous voici entrés dans une nouvelle ère sadique. Où la brutalisation des relations sociales, politiques et internationales n'est même plus dissimulée par ses promoteurs.
Pour comprendre comment nous en sommes arrivés là, il faut en revenir à Sade, lorsque le "divin Marquis" a révélé aux hommes, en plein Siècle des lumières, la part d'ombre indissociable de leur nature.
Partant des espaces clos - ces phantasmatiques châteaux des supplices de jadis -, Dany-Robert Dufour examine comment cette "passion sadique" s'est progressivement déployée au fil de l'histoire récente : hier dans l'État total nazi, aujourd'hui dans le Marché absolu.
Il montre combien trois facteurs contribuent désormais à une sadisation en profondeur des relations entre individus : les réseaux dits sociaux, qui fonctionnent en fait à la haine de l'autre ; l'emprise de plus en plus dévorante des technologies ; les pratiques prédatrices de l'hyper-classe financière. Manquait à cette nouvelle ère un couronnement. Le voici, avec l'intronisation de Donald Trump II en bouffon tyrannique fulminant.Nul doute que Sade jubile : c'est désormais la pérennité du genre humain qui se trouve menacée.


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Depuis quelques années, nous assistons à l'émergence d'une idéologie issue du gauchisme qui, sous prétexte de bienveillance, conduit à une volonté de destruction, d'effacement, de dénonciation de tout ce qui, dans nos sociétés, notre civilisation ou notre histoire, pourrait offenser des minorités éternellement désignées comme victimes. Cette idéologie, le wokisme, revêt ceux qui y adhèrent d'un manteau de pureté morale qui les place, dans la construction mentale qu'ils se font du monde, tout en haut de la hiérarchie : ils sont les "éveillés".
En réalité, cette idéologie fait des ravages au sein même de ses militants qui ne voient plus le monde que comme une série de rapports binaires et antagonistes, monde et civilisation dont ils sont issus et qu'ils haïssent. Mais qu’est-ce qui pousse vraiment ces chevaliers du bien à tant de violence contre tous ceux qui ne partagent pas leur vision, contre leurs ancêtres et finalement contre eux-mêmes ?
En réalité, ce mouvement s'inscrit dans un processus bien plus large et bien plus profond, un changement de paradigme qui affecte de plus en plus nos sociétés occidentales, un rapport au monde qui est celui de l'enfance, vue non pas comme un stade de l'évolution de l'individu, mais comme une matrice intellectuelle faite de catégories, de raisonnements et de valeurs, qui déterminent des choix, des actes ou encore des prises de position idéologiques.
Thomas Boussion se donne comme objectif de comprendre quelles sont les conséquences politiques de la persistance de cet état chez l'adulte, c'est à dire la manière dont une conception infantile de soi et du monde peut déterminer, au-delà des apparences et parfois à son insu, la place réelle d'un individu dans l'espace politique, en analysant le concept d'enfance, ses manifestations sur le plan sociétal et sur le plan psychologique, en décrivant la place qu'elle prend dans nos sociétés.
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Frédéric Lordon et Sandra Lucbert proposent une relecture radicale de la psychanalyse à la lumière du spinosisme. Ce projet à quatre mains vise à restaurer la psychanalyse comme outil d'émancipation politique, loin d'une pratique refermée sur la sphère privée. À travers le personnage de Modus, les auteurs explorent la genèse du psychisme, de la naissance à l'insertion dans les structures sociales, en introduisant notamment le concept d'objet zéro pour définir la pulsion comme un effort de persévérance face au traumatisme inaugural de la vie.
Ils analysent comment le capitalisme néolibéral et le patriarcat s'inscrivent dans nos structures psychiques les plus profondes. Cette approche matérialiste permet de comprendre des phénomènes contemporains comme le mandat de Donald Trump ou les violences systémiques, non comme des folies individuelles, mais comme des produits de rapports sociaux.
En s'écartant des théories de Sigmund Freud et Jacques Lacan pour proposer une psychanalyse consciente des structures de domination, Frédéric Lordon et Sandra Lucbert refusent de pathologiser les individus, préférant analyser les stratégies du Conatus face à un environnement donné.
Ce sont les contours d'une critique sociale puissante prenant racine dans l'intimité du psychisme qui se dessine ici, pour mieux contester l'ordre établi.
- 00'00 : Introduction
- 01'10 : Replacer la psychanalyse dans le camp de l'émancipation
- 05'40 : Capitalisme, fascisme et emprise sur la pulsionnalité
- 07'30 : Le cas Donald Trump et la position schizoparanoïde
- 14'00 : Analyse sociale des violences et du racisme
- 20'50 : Critique du psychanalysme d'Élisabeth Roudinesco
- 24'45 : Une définition de la pulsion avec Baruch Spinoza
- 30'20 : Le traumatisme de la naissance et l'objet zéro
- 36'50 : La vie de Modus : une narration théorique
- 41'30 : La chose près du berceau et la dépathologisation
- 45'20 : Repolitiser l'ordre symbolique face à Jacques Lacan
- 49'50 : Conclusion et annonce du second volume
Un échange mené par Pierre Crétois.


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Le Dr Maurice Berger évoque la fonction psychique du clan – fusionnel, normatif, surprotecteur – comme un frein majeur à l'individuation. Il montre comment la logique clanique peut, dans certains cas, servir de réponse identitaire à une humiliation maternelle ou une haine de soi. Il insiste également sur les ressources internes aux musulman assimilés, en particulier les éducateurs qui prônent la citoyenneté, l'égalité, et l'autonomie de pensée.
Finalement, il appelle à une réforme structurelle profonde : crèches obligatoires dès la petite enfance, suppression du regroupement familial, rénovation de la justice des mineurs et rupture avec le déni universitaire.
- 0'00'00 : Introduction
- 0'00'39 : Présentation du Dr Maurice Berger
- 0'03'04 : Réflexion sur facteurs éducatifs, culturels, religieux
- 0'04'20 : Cadre éducatif familial, encadrement et devoirs
- 0'07'00 : Débat sur l'influence de l'origine sur la délinquance
- 0'09'00 : Rôle de l’histoire personnelle, transculturalité
- 0'12'00 : Sourate Ali Imran (v.31) et pardon sans empathie
- 0'15'00 : Barrières claniques et exclusion du thérapeute
- 0'18'00 : Position transculturelle : compétences vs appartenance
- 0'21'00 : Chirurgie psychique : concilier deux familles, deux mondes
- 0'24'00 : Impact de l'abandon des racines sur la santé mentale
- 0'35'00 : Structure clanique, homéostasie, trouble cognitif
- 0'38'00 : Réseaux sociaux, clan moderne et perte de pensée autonome
- 0'41'00 : Violence multifactorielle : familial, culturel, sociétal
- 0'43'00 : Exposition précoce à la violence conjugale et conséquences
- 0'47'30 : " Bodisation" : violence incorporée dans l'identité
- 0'50'00 : Mariages forcés, endogamie, violence parentale
- 0'54'00 : Impact sur le garçon : pouvoir maternel excessif
- 0'57'00 : Éducation parentale : discipline, cadre, autorité
- 0'59'00 : Voile : marqueur normatif, rôle dans contrôle des genres
- 1'03'00 : Fracture entre logique clanique et société de rencontre
- 1'07'00 : Que faire ? Reconstruction totale, dispositifs efficaces
- 1'09'00 : Échec de l’évaluation des CER et nécessité de tests
- 1'11'00 : Propositions : prisons courtes, code pénal, majorité
- 1'13'00 : Modèle danois : intégration dès la crèche, réglementation
- 1'15'00 : Besoin d’un centre de recherche national structuré
- 1'18'00 : Conclusion : appel à une pensée globale et universitaire
Un entretien mené par Florence Bergeaud-Blackler.


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Dépression, addiction et obésité sont les maux de nos sociétés. Autrefois l'apanage des élites, ces pathologies voient aujourd'hui leur prévalence augmenter dans les milieux défavorisés. Que disent-elles du XXIe siècle ?
L'anxiété a supplanté la peur, le stress annonce la dépression et favorise les addictions et les conduites obésogènes. S'appuyant à la fois sur la sociologie, la psychologie et les neurosciences, Hugues Lagrange montre que ces pathologies naissent d'un déséquilibre entre notre héritage génétique ancestral et les exigences du monde moderne. Ce faisant, il révèle que les formes contemporaines de domination nourrissent l'isolement et la honte, et contribuent à la dégradation de l'estime de soi. Ce mal-être altère le désir et l’accès au plaisir, entravant chez une fraction d'entre nous la capacité de restaurer des relations aux autres et à soi équilibrées.
Récusant la dissociation entre le social et le biologique, Hugues Lagrange met au jour l'investissement des corps par les tensions sociales.
- 0'00'00 : Pourquoi avoir écrit ce livre ?
- 0'04'12 : Avènement et massification des pilules
- 0'13'40 : L'efficacité relative des antidépresseurs
- 0'18'05 : Pathologies de l'individualisme
- 0'27'25 : Peur/anxiété/dépression chez les souris
- 0'36'35 : Sociologie du mal-être
- 0'45'48 : Typologie des drogues
- 0'56'13 : Qu'est-ce que l'extro-détermination ?
- 1'07'30 : La théorie du "Facebook-émissaire"
- 1'13'11 : De la mort du père à la tyrannie des pairs
- 1'21'11 : Conseils de lecture
- 1'25'39 : Pourquoi lire ?
Un entretien mené par Pierre Valentin.


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Dans un monde saturé d'infox et de "vérités alternatives", la capacité à débattre de manière constructive est menacée. Pour y remédier, Gérald Bronner explore comment renforcer l'esprit critique, compétence essentielle face à l'afflux d'informations. Il analyse d'abord les raisons pour lesquelles la crédulité persiste malgré un accès inédit au savoir, soulignant l'urgence d'en faire une priorité collective.
C'est d'abord en examinant les mécanismes qui entravent notre raisonnement que la série de conférences commence, depuis les pièges intuitifs de la pensée jusqu'aux biais cognitifs récurrents, en nous invitant à prendre conscience de nos limites naturelles.
Une attention particulière est portée aux liens entre désir et jugement, révélant comment nos aspirations déforment parfois notre perception du réel (la "pensée motivée").
Enfin, Gérald Bronner décrypte les biais cognitifs les plus répandus, montrant que les connaître permet de limiter leur influence. Si le cerveau humain reste un outil puissant, ses pièges prévisibles rappellent la nécessité d'une vigilance constante pour penser de façon plus objective.


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Depuis quelques années, les politiques se sont décidés à nous entretenir d'eux-mêmes, en partie pour ne plus avoir à parler de nous. De quoi ces mises en scène de l'intime sont-elles le symptôme ? Michaaël Foessel montre que la "pipolisation" n'affecte pas seulement la politique, mais l'intime lui-même qui se trouve dévalué d'être ainsi donné à voir. L'intime désigne l'ensemble des liens qui n'existent que pour autant qu'ils sont soustraits au regard social et à son jugement. Ces liens sont le support d'expériences qui, contrairement à ce que l'on dit le plus souvent, entretiennent un rapport avec la démocratie.
La privation de l'intime est d'abord sa "privatisation", c'est-à-dire sa confusion avec les propriétés du Moi. L'intime n'est pas le privé parce qu'il renvoie à des liens affectifs, amoureux, désirants où le sujet prend le risque de se perdre.
On découvre que la préservation de l'intime est aussi une manière de ne pas rabattre la démocratie sur une société de propriétaires. Michaël Fœssel interroge les ambivalences de la modernité libérale qui invente l'intime et l'identifie presque aussitôt avec le privé. De là des questions inattendues : la démocratie doit-elle être sensible pour demeurer démocratique ? L'intime peut-il figurer au rang d'idéal commun ? Dans quelle mesure l'amour est-il un sentiment politique ?
Une conférence qui s'inscrit dans le cadre du Séminaire "Éducation et soin à l'ère du numérique", animée par Cynthia Fleury et Camille Riquier.