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Le progrès technico-scientifique en Occident est incomparable à celui de toutes les autres grandes civilisations. Pourquoi ce processus historique s'est-il déroulé uniquement à l'ouest de cette péninsule eurasiatique et guère avant le XVIe ? Les explications génétiques, religieuses, culturelles, environnementales ou décoloniales sont toutes insuffisantes ou idéologiques.
David Cosandey, dans une œuvre monumentale et peu connue, avance une thèse originale et qui met en lumière les phases historiques de polycentrisme géopolitique, génératrices de créativité, opposées à celles des grands empires unificateurs qui paralysent les sociétés.
L'approche est particulièrement stimulante, autant par ce qu'elle permet de penser que par les multiples questions qu'elle soulève quant à la dynamique de l'histoire humaine, la nature du progrès qui s'en dégage, les futurs souhaitables et l'avenir incertain qui nous attend.


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De Vercingétorix, on connaît surtout le nom, sa lutte héroïque contre Rome, sa défaite à Alésia et le récit biaisé qu'en donnera Jules César. Mais d'autres écrits et les trésors exhumés par l'archéologie invitent à le redécouvrir et, au miroir de ce destin hors du commun, à explorer des pans enfouis de l'histoire de l'ancienne Gaule. Cet adolescent arverne, fils de roi, tôt formé à la chose militaire, s'est hissé tout jeune au commandement suprême de la résistance gauloise au conquérant romain. Revers militaire qui recouvre une victoire politique – l'unification des peuples gaulois – dont il deviendra le symbole.
Ce travail de Jean-Louis Brunaux n'entend céder ni aux hagiographies complaisantes, ni aux légendes controuvées, ni aux appropriations idéologiques. Elle retrace à nouveaux frais, à partir de sources souvent oubliées, l'itinéraire singulier de cette figure d'exception : son enfance au sein d'une lignée aristocratique ; l'éducation reçue par ses maîtres druides ; sa formation, surtout, auprès de César dont il est devenu l'otage ; la rébellion enfin où il se découvre grand leader politique et redoutable chef militaire. Une vie si brève qui aura nourri une si longue postérité.
En suivant ses pas, c'est une nouvelle lecture de l'histoire de la civilisation et du peuple gaulois que Jean-Louis Brunaux nous fait découvrir : une société en plein essor, déjà bien structurée, agitée par des assemblées remuantes et ouverte au monde, à l'ombre menaçante de l'impérialisme romain.


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Denis Crouzet appartient à une illustre famille d'historiens ; étant lui-même devenu un historien illustre, il est l'un des meilleurs spécialistes du temps de Réformes.
En publiant Le seizième siècle est un héros (Albin Michel), il ne se contente pas d'analyser la démarche de Jules Michelet. C'est une invite à la célébration de la fraternité qu'il nous propose.
Une rencontre qui nous prouve, si c'était encore nécessaire, que l'Histoire peut guider nos pas, loin des pensées mortifères.
Émission "Une heure avec", animée par Frédérick Casadesus.


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Dans la nuit du 29 au 30 octobre 1979 est retrouvé mort dans un étang le ministre Robert Boulin, gaulliste : c'est l'une des affaires les plus symboliques de la chape de plomb mise en place par la cinquième République sur ses institutions, symptomatique du comportement d'une certaine presse qui accompagne notre régime politique.
Grand reporter et responsable des enquêtes à Radio France, Benoît Collombat a mené la contre-enquête pendant 22 ans. Immersion d'une obsession au long cours sur le cas d'un ancien ministre devenu homme à abattre, Robert Boulin.
- 0'00'00 : Affaire Boulin, Rocambole dans la 5ème République
- 0'07'48 : Le SAC chez les échangistes
- 0'13'40 : Un assassinat ne fait pas un suicidé
- 0'20'56 : Fait-divers, affaire d'État
- 0'29'59 : Afrique Pétrole Biftons
- 0'36'34 : Tabassé à mort, privé des coups portés
- 0'46'30 : Le SAC adopte la Polynésie française
- 0'54'12 : Une Justice réactive
- 0'58'16 : Un canard noie dans une mare un mort dans un suicide
- 1'04'42 : La Presse peut-elle actualiser l'Histoire ?
- 1'22'55 : Des indices pour quelle Justice ?
- 1'26'52 : Quelques figures politiciennes d'intrépidité
- 1'41'00 : De la violence politique au pluriel
- 1'46'21 : Rebonds de balle et patate chaude
- 1'52'48 : Conclusions sans fin
Un entretien mené par Marc Endeweld.




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En revenant sur l'entre-deux-guerres, la place centrale des États-Unis dans cette contre-histoire, l'importance de l'anticommunisme et le passé très trouble des "pères fondateurs" (sources à l'appui), Thomas Durin nous présente dans le détail la genèse de l'Union Européenne, son hostilité aux souverainetés nationales et son incapacité à se concevoir comme une puissance indépendante des États-Unis d'Amérique.
Une contre-histoire qui nous renvoie aux événements les plus récents de l'actualité et aux chimères très contemporaines de l'Europe de la Défense.


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La perversion peut être comprise comme une transgression des normes. Cette déviation peut-elle trouver une explication dans le fonctionnement de notre psychisme ? Pour Sigmund Freud, la transgression a un rapport avec la recherche du plaisir qui nous anime dès l'enfance. Ainsi, "la perversion pour Freud fait partie d'un développement que l'on pourrait dire 'normal' ", explique Isabelle Alfandary, "elle n'est pas forcément un vice". Autrement dit, "la grande découverte freudienne va avec l'idée qu'on ne devient pas pervers, on le reste". Qu'est-ce qui caractérise donc la perversion adulte ?
Il est également possible de tenter de comprendre la perversion d'un point de vue politique et social. Observe-t-on une perversion sociale ou au contraire assiste-t-on à un plus grand durcissement des mœurs ? Pour Dany-Robert Dufour, "nous sommes passés d'un système théologico-politique à un autre" : "nous étions dans un système répressif, avec donc l'idée de l'amour de Dieu qui était au centre de ce système, et maintenant, nous sommes dans un système incitatif", dans lequel il serait possible "de satisfaire toutes nos appétences".
La systématisation de la transgression ne serait-elle pas une inclination perverse ? Peut-elle se manifester dans une lutte contre une société pervertie ? Dans quelle mesure le "capitalisme de consommation" serait la cause de cette perversion ?
Émission "Avec philosophie", animée par Géraldine Muhlmann.


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Pierre Dardot et Christian Laval proposent une réflexion sur les défis contemporains tels que le désastre climatique, les ravages de la mondialisation néolibérale et la montée des nationalismes. Le philosophe et le sociologue appellent à une union internationaliste tout en se dégageant des ornières étatistes.
Un travail en forme de manifeste pour une cosmopolitique des communs, appelant à une réinvention des formes d'organisation sociale et écologique.


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La civilisation industrielle ne s'est pas imposée sans résistances. De grands esprits critiques se sont toujours levés contre la liquidation des artisans et des paysans, contre la destruction de l'environnement et le bouleversement des modes de vie, contre l'emprise du marché et des machines sur les individus. La contestation de l'idéologie du Progrès que porte aujourd'hui le courant de la décroissance se situe dans cette longue filiation.
Parmi ces illustres devanciers, de nombreux penseurs ont de quoi alimenter les réflexions actuelles de tous ceux qui aspirent à une société centrée sur l'humain, et non plus soumise à la mégamachine. Leurs pensées, profondes, intemporelles et clairvoyantes, remettent radicalement en cause le culte de la croissance, l'esprit de calcul, la foi dans les technologies, l'aliénation par la marchandise... Elles en appellent à une sagesse immémoriale : il n'y a de richesse que la vie.


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Philosophies de Marx, au pluriel. Cela veut dire qu'il y a bien de la philosophie chez Marx, mais que cette philosophie ou plutôt ce philosophique résiste à son unification et s'affirme comme pluriel. Sans doute aura-t-il fallu que l'on renonce à unifier la pensée de Marx en une doctrine pour la redécouvrir comme philosophique.
Franck Fischbach propose d'exposer ce pluralisme philosophique marxien sous trois rapports qui s'imposent plus que d'autres mais qui ne sont pas exclusifs d'autres : la philosophie de l'activité, la philosophie sociale, la philosophie critique. Ce sont trois directions dans lesquelles le philosophique chez Marx a insisté et a cherché à se déployer, mais sans jamais se stabiliser ni s'unifier – sinon peut-être tendanciellement dans la troisième perspective, qui ne désigne cependant pas une doctrine mais une attitude critique.
Plus qu'une philosophie, ce que Marx nous a transmis est une certaine pratique de la critique dans la théorie (qu'on peut appeler "philosophie") et la tentative de l'articuler aux pratiques sociales elles-mêmes critiques.


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L'intelligence artificielle connaît son heure de gloire. Aux déboires des commencements ont succédé des avancées spectaculaires. Cependant la distance qui la sépare de son objectif proclamé – reproduire l'intelligence humaine – ne diminue pas.
Pour dissiper cette énigme, il faut en affronter une deuxième : celle de l'intelligence humaine. Les systèmes artificiels "intelligents" traitent une variété toujours plus grande de problèmes pressants. Ce devrait demeurer là leur objectif, plutôt que celui, incohérent, de chercher à égaler, voire surpasser, l'intelligence humaine.
L'humanité a besoin d'outils dociles, puissants et versatiles, et non de pseudo-personnes munies d'une forme inhumaine de cognition.
Une rencontre modérée par Jean-Paul Delahaye.


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Aussi bien dans le monde germanique que non germanique, la pensée militaire prussienne des XVIIIe et XIXe siècles est méconnue, dans la mesure où de grands arbres, comme Frédéric II, Clausewitz, Moltke ou Schlieffen ont caché la forêt.
L'historien Jean-Jacques Langendorf se penche sur des théoriciens militaires ayant revêtu jadis une importance capitale mais qui, fort injustement, sont tombés dans les oubliettes de l'histoire, alors qu'ils ont joué un rôle essentiel dans la mise au point et la formulation de cette pensée.
Un travail érudit et plus que bienvenue pour aborder la pensée militaire allemande de 1871 à 1918.


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Le Bund, organisation sociale-démocrate des ouvriers juifs, né dans la clandestinité en 1897, fut le premier parti politique juif, socialiste, marxiste et laïque. Il rassembla nombre de Juifs de Pologne, de Lituanie et de Russie qui luttèrent avec acharnement contre l’autocratie tsariste.
Bien plus qu'une simple formation politique, le Bund sut développer un véritable mouvement culturel dont le yiddish fut la sève. Souvent décrié au sein des masses juives elles-mêmes, que ce soit par les religieux, les sionistes de toutes tendances et même par les communistes et les libéraux, le Bund fut de tous les combats contre l'oppression russe, soviétique, polonaise et nazie.
À partir des travaux de Henri Minczeles, Constance Pâris De Bollardière nous présente l'épopée de ce mouvement, de sa naissance jusqu'aux dernières purges staliniennes, en passant par les révolutions de 1905 et de 1917 et par l'insurrection du ghetto de Varsovie. Elle nous restitue aussi ce que fut la vie et l'action de ses leaders et de ses militants, que la Shoah a ensevelis et dont les cendres ont été balayées par une Histoire bien oublieuse.