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La crise profonde que traverse la médecine moderne est un sujet fondamental ici abordé par le Dr Louis Fouché, médecin réanimateur et essayiste, et Laurent Ozon, analyste et écrivain. Ensemble, ils interrogent la transformation de la médecine, passée d'un art du soin à un dispositif technocratique et marchand.
À travers une discussion dense mêlant réflexions philosophiques, critiques sociales et expériences de terrain, ils remettent en cause les fondements mêmes de la médecine contemporaine, dénonçant la déshumanisation du soin, la perte de sens, et l'ingérence du pouvoir politique et économique dans la relation thérapeutique.
Ensemble, ils appellent à une réappropriation du soin, plus éthique, plus incarnée, et surtout, plus libre.
Une émission animée par Alexandre Cuignache.


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Philosophe et historien, François Azouvi présente son ouvrage Du héros à la victime, la métamorphose contemporaine du sacré (2024, Gallimard), dans lequel il retrace l'histoire de ce grand bouleversement anthropologique du XXe siècle où le modèle du héros cède progressivement la place au modèle victimaire.
Une conférence animée par Colette Soler.
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"Une louche allure de complot permanent contre le monde entier" : telle était la définition que Guy Debord avait donnée des éditions Champ libre qui le publiaient. Elle pourrait bien s'appliquer à toute la trajectoire publique de Debord lui-même. Devenu apparemment "acceptable" depuis sa mort en 1994, transformé même, selon certains, en icône et gloire nationale, le fondateur de l'Internationale situationniste n'est cependant pas devenu, malgré toutes les allégations en ce sens, un auteur comme les autres.
Anselm Jappe se propose donc de sauver la puissance de dérangement que constitue son œuvre : sont examinés entre autres la fin de l'art et la fin de la politique, sa lecture de Marx, sa contribution à la réflexion historique et les parallélismes possibles (ou pas) avec les écrits d'autre penseurs critiques. Sa curieuse récupération par le monde de l'art est également évoquée, ainsi que la question de son "actualité".
Et si les gens les plus différents se revendiquent de Debord et des situationnistes : il convient de leur rappeler que l'auteur de La Société du spectacle a toujours voulu s'opposer au monde entier, ou presque...
Une émission menée par David Dufresne.



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Léon Daudet (1867-1947) ne s'est pas contenté d'être le fils d'Alphonse, l'auteur des célèbres Lettres de mon moulin : redoutable polémiste, journaliste, romancier (Les Morticoles, Le Voyage de Shakespeare), homme d’action – d'Action française au-delà de tout –, député de la Seine, il fut aussi un critique littéraire très libre et très inspiré puisqu'il découvrit et "lança" notamment Marcel Proust, Céline et Bernanos.
Émission "Les idées à l'endroit", animée par Rémi Soulié.


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Célèbre pour son engagement politique, ardente porte-voix des ouvriers au sein de la Ligue spartakiste, Rosa Luxemburg a également produit une œuvre économique originale. Elle pense en effet que c'est en élevant la conscience des ouvriers et non en les armant que l'on doit préparer une révolution populaire.
Selon Guillaume Fondu, "Elle est plus méconnue en France que dans le monde anglo-saxon, où des courants hétérodoxes ont persisté. On insiste davantage aujourd'hui sur les Lettres qu'elle a écrites en prison, sur sa dimension romantique de martyr révolutionnaire et beaucoup moins sur son oeuvre en général, et économique en particulier. Chez elle, ses textes théoriques et son action révolutionnaire allaient de pair."
Elle relit donc Marx et cherche à compléter ce qu'elle estime être des manquements dans son raisonnement. Ainsi, si Rosa Luxemburg est avant tout préoccupée de politique, son ouvrage le plus volumineux est un ouvrage d'économie : L'Accumulation du capital, publié en 1913.
Selon Mylène Gaulard, c'est là que "Rosa Luxemburg insiste sur le rôle de l'impérialisme, dont le but, quand elle l'observe à l'époque, est de trouver de nouveaux débouchés dans les pays de la périphérie. Il y a une volonté de développer l'impérialisme pour transformer ces pays et les rendre utiles au capitalisme. D'autres éléments de création de débouchés pour le capitalisme, comme les dépenses militaires, sont aussi évoqués."
L'époque exige que le militantisme s'accompagne d'un discours cohérent dans toutes les disciplines : pour faire advenir la révolution, il ne suffit pas de soulever les foules, il faut comprendre le mal à sa racine, en l'occurrence le capitalisme. Femme libre, détachée de toute appartenance, Rosa Luxemburg ne revendique ni nationalité ni féminisme, à une époque où rares sont les femmes à poursuivre une thèse, qui plus est en économie. Elle incarne en réalité un marxisme idéalisé, qui ne sera plus jamais le même après la Première Guerre mondiale.
Émission "Entendez-vous l'éco ?", animée par Tiphaine de Rocquigny.


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De 1950 à 1954, le sénateur Joseph McCarthy mit en place une vaste machinerie pour lutter contre une prétendue infiltration communiste aux États-Unis. Obscur sénateur du Wisconsin, il acquit en peu de temps une célébrité sulfureuse en dénonçant, selon un complotisme obsessionnel, une supposée invasion de taupes à la solde de l'URSS qui, par leurs menées infâmes, auraient mis en péril la survie de la nation. Cette théorie fantasmatique fut répandue avec un succès imprévisible. Et cela au grand dam de ses opposants qui furent impuissants un long moment à démonter l'imposture : que ce fût à Hollywood, dans l'Université, ou encore dans l'administration et le monde politique.
McCarthy fut efficace en utilisant des procédés qui méritent d'être restitués pour que l'on comprenne comment ses théories purent prospérer de pareille façon : jusqu'à peser sur la politique étrangère des États-Unis dans les affrontements de la guerre froide.
C'est en compagnie de l'historienne Hélène Harter que nous revenons sur ce personnage qui fut charismatique et qui parvint à provoquer, au début des années mille-neuf-cent-cinquante, un traumatisme collectif.
Émission "Concordance des temps", animée par Jean-Noël Jeanneney.


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Notre espèce, Homo sapiens, présente un paradoxe remarquable : nous sommes la seule espèce capable à la fois de conflits létaux et de coopération pacifique étendue entre groupes.
Alors que certaines espèces se livrent à des conflits intergroupes (comme, par exemple, les chimpanzés, les loups et les fourmis), d'autres font preuve d'une coopération intergroupe limitée (comme les bonobos et les dauphins), mais aucune autre espèce ne combine ces deux comportements à une telle échelle et avec une telle complexité.
En intégrant des données issues d'un large éventail de disciplines (biologie, primatologie, anthropologie, archéologie, génétique, neurosciences, criminologie, psychologie sociale, linguistique, démographie et climatologie), Hugo Meijer analyse les facteurs biologiques, culturels et environnementaux qui permettent de saisir quand et pourquoi cette dualité au fondement des logiques de la guerre et de la paix, qui nous distingue au sein du règne animal, a émergé au cours de la lignée humaine.




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L'historien François Delpla explore les mécanismes décisionnels du régime nazi, les exécutions ordonnées par Hitler, et les débats historiographiques entourant cette période, entre écoles fonctionnaliste et intentionnaliste.
Un éclairage unique sur une période complexe et controversée
- 0'00'00 : Introduction et présentation de François Delpla
- 0'02'00 : Le sujet du nazisme, un thème douloureux mais essentiel
- 0'04'00 : Les exécutions ordonnées par Hitler, un sujet méconnu
- 0'08'00 : La Nuit des Longs Couteaux et l'exécution de Galeazzo Ciano
- 0'12'00 : Débat historiographique : fonctionnalistes vs intentionnalistes
- 0'18'00 : Le talent politique et manœuvrier d'Hitler
- 0'24'00 : La Providence dans la vision d'Hitler
- 0'30'00 : Critique des thèses de Johann Chapoutot
- 0'36'00 : Le nazisme : une dictature unique ou un fascisme européen ?
- 0'42'00 : Hitler et la structure de l'État nazi
- 0'48'00 : L'hypermnésie de la Seconde Guerre mondiale
- 0'53'00 : Les archives personnelles d'Hitler et les zones d'ombre du nazisme
- 1'00'00 : La construction d'une Europe unie sous Hitler
Émission "FACE à PYR", animée par Pierre-Yves Rougeyron.


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Le 14 mai 2017, Emmanuel Macron arrivait au pouvoir en France. Un an plus tôt, ce jeune homme âgé de 39 ans était totalement inconnu du grand public. Un blitzkrieg médiatique fut mené pour vendre aux Français le couple quʼil formait avec "Brigitte", une ravissante enseignante quʼil avait séduite alors quʼil avait 17 ans et elle 36. Mais la chronologie ne collait pas et lʼhistoire avait été maintes fois réécrite. Jusquʼà ce quʼil fut admis que lors de sa rencontre avec « Brigitte », Emmanuel Macron avait… 14 ans.
Mais le passé de "Brigitte" restait inaccessible, comme si "Brigitte" était une autre personne que celle quʼelle prétendait être...
Émission de la "Matinale Tocsin Matin", animée par Clémence Houdiakova.


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Tourisme artistique à travers une relation familiale et la recherche de passion, c'est le sujet du livre de Pierre Lamalattie, L'Art des Interstices (L'Editeur). L'auteur, peintre et critique d'art choisit deux angles, celui de l'orientation professionnelle et la déprime dû au manque de passion d'un de ses principaux personnages, pour nous entraîner dans un voyage révélant les réalités du monde artistique.
"Si j'étais prof de physique-chimie en seconde, j'organiserais un certain nombre de travaux pratiques pour faire découvrir, à des gens qui veulent bien assister à mon cours, les lois de la physique par eux-mêmes. Un romancier, c'est un peu la même chose. C'est en amenant le lecteur dans toute une série d'ateliers et en entrant dans l'intimité d'artistes extrêmement variés que j'essaie de l'amener à se faire son opinion sur l'état de l'art contemporain."
Émission "Lecture", animée par Angela Peauty.


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Pourquoi la dénatalité a-t-elle lieu partout sur la planète ? Quelles en sont ses causes et ses conséquences prévisibles ? Et surtout, comment inverser la tendance ? D'ailleurs : est-ce même désirable ?
Selon l'économiste Maxime Sbaihi, il est strictement inconcevable d'envisager des politiques natalistes qui ne respectent pas la liberté de chacun de ne pas faire d'enfants. En revanche, il constate que les gens déclarent vouloir faire plus d'enfants qu'ils n'en ont et qu'ils s'en sentent empêchés par la précarité de leurs conditions de vie matérielle.
Il plaide donc pour la mise en place de politiques natalistes libérales qui visent à permettre à ceux qui le souhaitent de faire plus d'enfants. Ni plus, ni moins !
- 0'00'00 : Intro
- 0'00'47 : La dénatalité est-elle un problème ? Et si oui, qu'est-ce qu'on peut faire pour y remédier ?
- 0'01'54 : Tableau global du problème mondial
- 0'05'12 : La dénatalité est sous-estimée
- 0'07'10 : Qu'est ce qu'un changement de natalité implique sur l'évolution de la population ?
- 0'12'43 : Pourquoi est-ce un problème, concrètement ?
- 0'16'15 : Le vieillissement nuit à la prospérité
- 0'20'10 : Si on ne prend pas au sérieux le déséquilibre démographique, nos système sociaux n'ont pas d'avenir
- 0'22'30 : Les jeunes s'appauvrissent et les politiques s'en moquent car ils sont trop peu nombreux pour peser démocratiquement
- 0'35'10 : La dénatalité, une bonne nouvelle pour la planète ?
- 0'47'00 : Le scénario d'une natalité qui baisse jusqu'à 0
- 0'47'54 : À quoi ressemblera la démographie mondiale en 2050 si on ne change rien ?
- 0'51'40 : A-t-on déjà atteint un point de bascule historique dans le nombre de naissances ?
- 0'55'22 : Pourquoi les gens font moins d'enfants ?
- 1'19'36 : Comment aider les gens qui le souhaitent à avoir des enfants ?
- 1'36'00 : Et si le natalisme libéral ne marche pas, on fait quoi ?
- 1'43'50 : Conclusion
Un entretien mené par Théodore Brossollet.


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Trivialement, faire une critique, c'est formuler un jugement négatif, expliquer un avis divergent, dire pourquoi l'on n'est pas d’accord. Au sens le plus immédiat, les pensées critiques, ce sont celles qui, d'une manière ou d'une autre, se montrent contestataires de l'ordre existant.
Mais, au-delà de l'étiquette, il n'est pas sûr que l'on dispose aujourd'hui d'un concept commun de ce en quoi la "critique" en question pourrait consister. A y regarder de plus près, il apparaît même que ce vocable recouvre des démarches que presque tout oppose au plan épistémologique. Alors que par exemple, pour certains courants issus de l'Ecole de Francfort, la théorie critique débouche sur la tâche de reconstruire de grands édifices moraux normatifs, Judith Butler insiste au contraire, dans le sillage de Foucault, sur la suspension des catégories du jugement comme condition même du maintien d'une attitude authentiquement critique. La critique semble alors prise dans une alternative quant à sa méthode et à son devenir : soit d'être réduite au statut de moment négatif, nécessaire mais transitoire, précédant la refondation d'une doctrine positive, soit d'être conservée, mais sous la simple forme d'une attitude ou d'une exigence subjective.
Il y a cependant, dans la longue histoire du concept de critique, une autre voie, esquissée par Marx, qui évite ce double écueil : la critique ni comme étape vers la refondation d'une doctrine morale, ni comme forme inquiète de subjectivité, mais comme médiation stratégique entre travail théorique et lutte politique. Pour saisir l'originalité de cette redéfinition, toujours actuelle, de la critique, il faut revenir sur le déplacement que Marx a fait subir à cette notion, en replaçant celle-ci dans son histoire philosophique.