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C'est en compagnie de Georges Feltin-Tracol, auteur de Thierry Maulnier, un itinéraire singulier, et de Bruno de Cessole, auteur de L'internationale des francs-tireurs, que nous sommes conviés à suivre la trajectoire de quelques irréguliers de la pensée française et de la littérature internationale.
L'occasion de se rappeler que les authentiques productions intellectuelles et expressions artistiques sont toujours transgressives, frondeuses, en marge des codes de la bonne société et se doivent de revendiquer leur insoumission à tous les conformismes.
Émission du "Libre journal des enjeux actuels", animée par Arnaud Guyot-Jeannin.

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Le sociologue Bernard Lahire propose de mettre en évidence un certain nombre de lois qui président au fonctionnement des sociétés humaines. Sa démarche scientifique à la recherche de régularités cherche à faire la synthèse de 150 ans de résultats en sciences humaines en adoptant une approche résolument interdisciplinaire.
Un tel travail implique de se tourner également vers les sciences dites naturelles, de mener des comparaisons entre les sociétés humaines, mais aussi avec celles formées par les autres espèces animales, voire végétales et même bactériennes.
En effet, contrairement à une idée reçue bien tenace, l'organisation sociale n'est pas le propre des humains. L'interdépendance, qui implique à la fois coopération et concurrence, caractérise en effet l'ensemble du vivant et il importe de resituer les humains parmi les autres espèces pour saisir les contraintes particulières qui les caractérisent.
Il énonce et explicite ainsi successivement pas moins de :
- cinq grands faits caractérisant les sociétés humaines (altricialité secondaire, séparation des sexes, grande longévité, socialité, historicité)
- dix grandes lignes de force autour desquelles gravitent leurs différentes formes (modes de production, rapports de parenté, transmission culturelle, production d'artefacts, expressivité symbolique, etc.)
- dix-sept grandes lois (tendances à la conservation-reproduction-extension, tendances à l'accroissement démographique et différenciation, prévalence de l'antérieur sur le postérieur, imitation, lutte entre groupes, etc.)
Sa thèse centrale est "qu'une grande partie de la structure et du développement des sociétés humaines ne peut se comprendre qu'à partir du mode de reproduction (au double sens de reproduction biologique et culturel) et de développement ontogénétique de l'espèce, et notamment de la situation d'altricialité secondaire propre à l'espèce humaine (lente croissance extra-utérine du bébé humain entraînant une très longue période de dépendance) prolongée par une altricialité tertiaire (voire d'altricialité permanente, renvoyant à des capacités d'apprentissage tout au long de la vie et à la dépendance permanente à l'égard des autres membres du groupe social et de sa culture accumulée), conjuguée avec une série d'autres propriétés partagées par de nombreux autres mammifères ou, au contraire, très spécifiques (vie terrestre, mobilité, bipédie et libération des mains, pouces opposables, plasticité cérébrale, partition des sexes et reproduction sexuée sans période de rut, viviparité, grossesse longue, uniparité, longévité, symétrie bilatérale, capacités langagières-symboliques et artefactuelles, cumulativité culturelle).


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Né en 1924, Claude Lefort publie La Brèche en 1968. Il se spécialise auprès du philosophe Raymond Aron sur Machiavel, sans oublier le philosophe Maurice Merleau-Ponty ou la revue "Socialisme ou barbarie" dont il est le cofondateur.
Très vite le trotskysme ne suffit guère à expliquer le stalinisme. Ni le totalitarisme, ni la démocratie. Ses essais -L'invention démocratique en 1981, Essais sur le politique en 1986, Écrire à l'épreuve du politique en 1992- mettent en évidence combien le politique en démocratie est un lieu vide d'où s'articulent droits individuels, civils, politiques et les formes actives du lien social en constante invention.
Parmi les philosophes, il est probablement celui qui a mis le mieux en évidence le caractère inachevé mais aussi constamment créatif de la démocratie. La politique est un jeu entre les rapports de force et les contingences : c'est la nasse du réel dont il faut se défaire et dont nous devons sans cesse déjouer les pièges.
Émission "Le temps qui change", animée par Pascale Werner.
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Alors que les fractures identitaires, religieuses et politiques s'approfondissent, une interrogation brutale surgit : la République serait-elle la principale fossoyeuse de la nation française ? De la trahison européenne à la laïcité dévoyée, en passant par la disparition des racines catholiques, les lignes de fracture deviennent des failles abyssales.
Derrière l'apparente neutralité du système républicain, certains voient un projet d'éradication des traditions millénaires, au profit d'un humanisme relativiste coupé de toute transcendance. L'Union européenne, loin d'apporter l'unité, parachèverait cette entreprise de dilution nationale par une technocratie froide et désincarnée.
Face à ce processus de décomposition, une question se pose : le catholicisme pourrait-il redevenir le socle de la reconstruction française ? Loin d'un simple retour au passé, il s'agirait d'une nécessité vitale pour restaurer la cohésion, la mémoire collective et l'âme d'un peuple en quête de lui-même.
Le choc des visions est inévitable : faut-il rompre avec la République, se libérer de l'Union européenne ou, d'abord, rétablir la primauté du spirituel ? À travers ce débat sans concessions, c'est l’avenir de toute une civilisation qui vacille. Un affrontement d'idées essentiel où les certitudes s'effondrent et où les vérités interdites surgissent dans l'ombre.
Un débat animé par Mike Borowski.


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Après LʼOrdre contre lʼHarmonie – Anthropologie de lʼAnarchie, Charles Macdonald publie un nouvel ouvrage : L'autorité sans le pouvoir - Anthropologie critique, perspectives libertaires.Afin de mieux comprendre le présent il développe une hypothèse sur la source et l'origine de l'organisation humaine : "la modernité peut devenir plus intelligible dans la perspective d'une théorisation de l'anarchie, qui s'avère l'une des idées les plus productives que j'aie jamais rencontrées dans ma carrière d'anthropologue professionnel".
Il rappelle que "les êtres humains peuvent vivre et ont vécu très longtemps non pas dans une structure sociale rigide et mécanique, mais dans le respect de valeurs propices à un mode de vie libre, ouvert, égalitaire, solidaire. C'est ce qui survit dans le cœur de beaucoup et apparaît chaque fois que l'État faiblit".
Il présente les principes de la vie collective anarchique : partage, égalité, fraternité, autonomie, liberté, solidarité, pacifisme, par lesquels le "primitif", le "sauvage" construisait et maintenait l'harmonie collective.
À l'opposé, dans la continuité de la société marchande du Moyen-Âge, du capitalisme industriel de XIXe siècle et du capital financier d'aujourd'hui, les principes socio-hiérarchiques ont transféré les liens de dépendance personnelle à une entité abstraire transcendante dotée d'une valeur suprême : Dieu, Nation, État, Patrie, Devoir, Obéissance, Honneur... Nous lui devons une loyauté indéfectible, intériorisée par beaucoup et imposé par la contrainte aux autres.
Pour Charles Macdonald "le sauvage moderne civilisé est le bureaucrate, le fanatique religieux, le patriote", mais il n'existe aucune prédestination dans la "nature" de l'Homo Sapiens pour une telle forme de vie hiérarchisée, individualisée, marchandisée car "l'anarchie, une société sans gouvernement, existe depuis des temps immémoriaux" et "le sauvage moderne non civilisé est l'anarchique, celui qui vit en la plupart d'entre nous".


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Qui contrôle vraiment Internet ? Derrière nos écrans se joue une bataille invisible pour la maîtrise des infrastructures numériques. Câbles sous-marins, centres de données, satellites : ces réseaux qui structurent notre monde connecté sont aujourd'hui largement aux mains de quelques géants privés.
Chercheuse en géopolitique du numérique, Ophélie Coelho nous emmène dans les coulisses de cette révolution silencieuse. Elle décrypte comment les Big Tech sont devenues de véritables empires, capables d'influencer les États et de façonner notre avenir commun. De l'Europe à l'Afrique, des États-Unis à la Chine, elle analyse les nouvelles dynamiques de pouvoir qui se tissent autour du contrôle de l'information.
Une conversation essentielle qui révèle l'ampleur de notre dépendance et pose une question cruciale : comment reprendre la main sur ces infrastructures critiques pour préserver notre liberté de choix ?
Entre enjeux environnementaux, souveraineté numérique et nécessité d'une réponse européenne coordonnée, Ophélie Coelho dessine les contours d'une autre voie possible, au-delà des discours convenus sur la révolution numérique.
Un entretien mené par Julien Devaureix.


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David Graeber, décédé en septembre 2020, était "anarchiste de cœur et anthropologue de profession". A été saluée "son œuvre qui promeut des points de vue anarchistes du changement social, qui sont vécus au sein des mouvements sociaux tous les jours".
Auteur en 2004 de l'ouvrage Pour une anthropologie anarchiste, il explique que "l'anthropologie pourrait être regardée comme la science de l'anarchisme" car "son potentiel radical a toujours été de nous obliger à voir dans les humains beaucoup plus que ce que nous avions été encouragés à imaginer".
Il affirme que l'anarchie est un système possible de vie collective, souhaitable et de portée universelle, "l'anarchisme n'est ni une attitude, ni une vision du monde, ni même un ensemble de pratiques, mais un processus permanent de va-et-vient entre les trois".
Un de ses premiers ouvrages a récemment a été traduit en français : La fausse monnaie de nos rêves - Vers une théorie anthropologique de la valeur. Il y rappelle les diverses approches sociologique, économique et structuraliste de la valeur et leurs limites. Plus que dans les objets, un sens de la valeur émerge de l'échange, des relations directes entre les personnes ne se réduisant pas aux relations marchandes. Ainsi la valeur est un moteur de vie, un déclencheur de luttes, aidant à développer la puissance d'agir, la capacité collective à imaginer des alternatives au monde actuel. Il fustige le "post-modernisme" qui conduit à la mise en avant de l'individualisme, au fatalisme, à l'abandon de tout projet de changer le monde.
Fondamentalement Graeber, pose la question du changement social.
Émission "Trous Noirs".


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S'il y a bien une tradition séculaire d'islam européen dans les Balkans, en Europe occidentale par contre l'islam s'est implanté de manière démographiquement significative à partir d'une immigration de travail durant deux décennies (1955-1975). La question "Islam en Europe ou islam européen ?" s'est seulement posée à partir de la seconde génération. Les membres de cette génération élevés dans la culture et les langues européennes se sont coupés de l'islam culturel de leurs parents. Ils ont le choix entre l'intégration par la sécularisation ou bien la reconstruction d'un islam détaché des cultures d'origine.
Mais cet islam "européen" tend à prendre des formes différentes :
1. un réformisme plutôt libéral, où l'on parle de valeurs communes
2. une réislamisation par l'autonomisation de marqueurs religieux (voile, hallal) appliqués à des pratiques occidentales, mais demandant à être reconnus dans un cadre multiculturaliste
3. un fondamentalisme littéraliste, où les normes, détachées de leur contexte culturel, s'appliquent de manière stricte à une communauté qui se tient à l'écart de la société dominante
Ce qui manque c'est la reconnaissance de l'islam comme "religion" au même titre que les autres. La question de ce que veut dire la liberté religieuse reste dès lors ouverte en Europe.


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Mouvement de libération nationale créé en 1987, puis transformé en parti politique, vainqueur des élections législatives palestiniennes de 2006, le Hamas s'impose aujourd'hui comme la principale forces politique palestinienne.Chirurgien français, fin connaisseur de l'histoire du conflit israélo-palestinien, Christophe Oberlin décrit l'évolution de ce mouvement politique méconnu, critiqué et caricaturé à l'extrême dans les pays occidentaux. Il revient enfin sur ses succès et échecs, ainsi que son impact sur le mouvement national palestinien.
Émission du "Libre journal des amitiés françaises", animée par Thierry Delcourt.
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Docteur en science politique et chercheur à l'École de pensée sur la guerre économique (EPGE), Ali Laïdi analyse les enjeux profonds derrière la guerre internationale commerciale lancée par Trump au reste du monde, et à la Chine tout particulièrement. L'Europe, au coeur de ce champ de bataille, se démarque par son absence de vision stratégique.
Face à ce retour en force de la guerre économique, sortir de cette naïveté est une question de survie pour l'Occident…
- 0'00'00 : Zapping
- 0'01'44 : La stratégie de Trump
- 0'15'48 : Le bon et mauvais protectionnisme
- 0'19'32 : Le retour du politique
- 0'27'54 : La vision américaine de la guerre économique
- 0'36'18 : L'impact de Trump sur l'économie chinoise
- 0'38'47 : Les réactions chinoises
- 0'45'26 : Histoire et stratégie de la Chine
- 0'56'00 : Trump et l'Europe
- 1'03'24 : La sous-réaction européenne
- 1'18'29 : Dédollarisation et fin de l'hégémonie occidentale
- 1'24'56 : Question finale
Un entretien mené par Olivier Berruyer.


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Une des questions majeures aujourd'hui concerne la façon dont les formes contemporaines du travail peuvent susciter de la souffrance au point d'ébranler les sujets eux-mêmes au plus intime.
Les recherches en psychodynamique du travail s'attachent aux causes de ces souffrances dans l'organisation du travail ainsi que dans la vie psychique des sujets, leurs stratégies de défense et leurs mécanismes d’asservissement volontaire.
La souffrance au travail est-elle indépassable ? Comment les sujets peuvent-ils transformer et réinventer le travail, et avec lui, les formes de la vie en commun ?
Une intervention modérée par Katia Genel.


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La guerre provient-elle du fond des âges, voire de notre héritage biologique, ou est-elle apparue à un stade déterminé de l’évolution des sociétés ?
De cette question, l'anthropologue Christophe Darmangeat et le préhistorien spécialiste de l'art rupestre et des mythologies Jean-Loïc Le Quellec en discutent en marge d'un colloque précisément consacré à ce sujet, organisé par la Société historique française à l'Université Toulouse Jean-Jaurès.