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Revenant sur son parcours personnel, Laetitia Strauch-Bonart pose les jalons d'une pensée de droite renouvelée pour le XXIe siècle, à la fois attachée au passé et ancrée dans le présent.
Depuis son enfance marquée par l'absence d'un père jusqu'à sa découverte du conservatisme britannique, elle retrace son cheminement intellectuel vers la droite libérale-conservatrice et développe une vision politique qui promeut, en lieu et place de la facilité du ressentiment, le chemin de la gratitude - envers la liberté et la prospérité dont nous avons hérité, envers les institutions qui nous protègent, envers nos attachements particuliers, de la famille à la nation.
Une réflexion nécessaire qui s'adresse à tous ceux qui s'interrogent sur ce que signifie être de droite aujourd'hui.
- 0'00'00 : L' "auto-essai"
- 0'12'11 : La contrainte est un cadeau
- 0'14'39 : La famille décomposée
- 0'19'10 : Les croyances de luxe
- 0'31'55 : Le conservatisme, un continent caché ?
- 0'38'28 : Rencontre avec Roger Scruton
- 0'50'53 : Le chemin de la gratitude
- 1'03'46 : Éloge du préjugé
- 1'10'34 : Post-modernisme/libéralisme/conservatisme
- 1'17'50 : Rencontre avec Jean-Claude Michéa
- 1'27'40 : Peut-on être libéral et conservateur ?
- 1'47'12 : Conseil de lecture
- 1'49'12 : Pourquoi lire ?
Un entretien mené par Pierre Valentin.

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Le travail comme l'éducation sont des modes de relations complexes où souvent l'autorité prend le pas sur l'esprit critique. Pourtant il ne peut y avoir de démocratie sans apprentissage généralisé de l'égalité et de la discussion critique de l'exercice du pouvoir, pour paraphraser John Dewey.
Même si le travail ne suffit pas à définir la totalité de nos vies, il est une activité durable et structurante qui nous engage fortement et reste centrale dans nos existences. C'est pourquoi la démocratie reste vide de sens si la démocratisation des lieux de travail n'est pas réalisée.
Une conférence animée par Jean-Claude Poizat.


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Le sociologue et philosophe québécois Michel Freitag distingue, au sein de sa "sociologie dialectique", trois modes formels de reproduction : le "culturel-symbolique", le "politico-institutionnel" et le "décisionnel-opérationnel". La modernité, qui correspond au second de ces modes, est aujourd'hui en crise alors qu'il est acculé par le nouveau mode de reproduction cybernétique propre à la post-modernité.
Comment devons-nous comprendre cette évolution de la société prise comme totalité à la fois réelle et subjective ?
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Agrégé de lettres, ancien élève de l'École normale supérieure et spécialiste du XVIIe siècle, René Pommier s'est imposé comme un critique redoutable, animé par une exigence rationaliste et un goût certain pour la polémique. Ses travaux, nourris par une érudition rigoureuse, consistent à déconstruire ce qu'il considère comme des impostures intellectuelles, souvent érigées en dogmes. Son parcours universitaire classique contraste ainsi avec l'audace de ses prises de position, toujours argumentées, mais rarement consensuelles.
S'attaquant aussi bien aux penseurs religieux qu'aux figures majeures des sciences humaines, Pommier démonte avec une précision implacable les discours qu'il juge irrationnels, infondés ou mystificateurs. Il réfute ainsi l'interprétation barthésienne de Racine, qu'il juge absurde et prétentieuse, avant de s'en prendre à Pascal, dont il démonte les raisonnements apologétiques au nom d'un rationalisme rigoureux. Sa critique de Freud, qu'il accuse d'avoir bâti une œuvre relevant plus du mythe que de la science, s'inscrit dans la même logique démystificatrice. Girard, autre figure intellectuelle célébrée, est à son tour passé au crible : Pommier démonte son concept de désir mimétique et dénonce ses lectures littéraires comme profondément erronées. Enfin, son analyse des écrits de Sainte Thérèse d'Avila se veut une mise à nu d'un discours mystique qu'il lit comme une pure manifestation de folie, imperméable à toute forme de doute ou de réflexion critique.
Cette série de conférences, placée sous le signe de la rigueur et de l'irrévérence, invite à une réflexion stimulante sur les limites de la foi, de la théorie et de l'autorité intellectuelle. À travers ses lectures incisives, René Pommier nous pousse à exercer sans relâche notre esprit critique, même – et surtout – face aux figures les plus respectées du panthéon intellectuel.



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Tombée dans un trou de mémoire, la IVe République n'est souvent connue que par sa crise finale qui déboucha sur l'avènement de la Ve. Ses débuts, dans le sillage de la Libération, constituent pourtant l'une des périodes les plus folles de l'histoire contemporaine. Comme le Directoire après la Terreur, elle vit s'édifier d'immenses fortunes sur le crime et la corruption. Des carrières fulgurantes se bâtir sur l'imposture avant de s'effondrer dans la honte. Et même d'anciens collaborateurs parvenir au sommet de la hiérarchie judiciaire... Grâce aux procès de l'épuration !
À tous les étages de la société, le travestissement est alors l'artifice le plus usité pour s'adapter aux temps nouveaux. De l'escroquerie consistant à s'inventer un passé de résistant jusqu'au cas – unique dans l'histoire parlementaire – d'un complice des nazis (Jacques Tacnet) parvenant à se faire élire député sous une fausse identité (Jacques Ducreux), en passant par l'invention de faux complots (le Plan bleu) et la dissimulation d'authentiques séditions (comme celle dite de la Pentecôte), rarement communauté ne se sera autant menti à elle-même ni chaque citoyen à son voisin avec une telle audace... Et pour tout dire, pareille impunité !
C'est cette histoire jamais racontée, reconstituée à partir d'archives oubliées ou non encore consultées (en particulier celles de Jacques Foccart) que retrace Eric Branca. À l'heure où la défiance revient en force dans le débat public et où l'accusation de mensonge est celle que les Français lancent le plus volontiers au visage des "princes qui [les] gouvernent" (Michel Debré), ressusciter cette période s'impose. Au-delà de contextes institutionnels, politiques, sociologiques, foncièrement différents, elle nous dit beaucoup de ce que deviennent les hommes de l'ombre dans les moments de transition. Lesquels sont aussi nécessairement des temps de confusion.
Émission du "Libre Journal des Amitiés françaises", animée par Thierry Delcourt.


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Le totalitarisme n'est pas qu'un accident de parcours. Loin d'être lié à l'irrationalité d'un prétendu fou furieux (Staline, Hitler…), il correspond à une tentation de la rationalité elle-même, et plus spécialement de la philosophie, avec sa pente à faire système, à dissoudre le particulier dans le général, à résorber l'autre dans un concept, à perdre les visages au profit des idées.
Emmanuel Lévinas est le penseur du XXe siècle qui, singulièrement, obstinément, remonte la pente et renverse la perspective : la vérité n'est plus dans le dévoilement de l'être mais dans la révélation de l'autre ; elle n'est pas d'avoir le dernier mot, mais de se tenir dans la première écoute. Ainsi le visage d'autrui reste irréductible, si faible, si ignorant soit-il, il est toujours le maître qui m'investit dans ma responsabilité et rend absurde toute tentative de totalisation savante.
Fabrice Hadjadj, cependant, nous parle d'abord de sexe. C'est en partant de l'érotique qu'il arrive à l'éthique, car c'est un fait trop peu remarqué chez ceux qui étudient Lévinas, mais qui résonne fortement aujourd'hui : l'ouverture à la transcendance a son fondement dans le désir, et plus concrètement dans le désir tel qu'il se déploie à travers la différence sexuelle.
C'est en commençant par critiquer l'idée romantique de la fusion et en affirmant le pathétique de la relation amoureuse, où l'autre, qui a pour lui la figure du féminin, reste absolument autre, que Lévinas parvient au sens de la plus exigeante responsabilité.


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La littérature ne serait-elle pas la meilleure voie pour entrer dans le discours si tortueux de Lacan, un discours qui se tient toujours aux marges de la Chose et ne touche au réel que par le détour des jeux de mots ? Elle serait justement la voie par laquelle les concepts lacaniens s'avèrent tributaires de l'imaginaire, d'une mythologie personnelle que Lacan doit, par exemple, à Sade, lorsqu'il fait s'originer son éthique dans une expérience du tragique qui reçoit le nom de "seconde mort".
L'écrivain Eric Marty de nous raconter Lacan en lecteur qui sait ne pas se laisser prendre au piège de la lettre...
Émission "Les Chemins de la philosophie", animée par Adèle Van Reeth.


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L'Esthétique de Lukács, dernière œuvre achevée du philosophe hongrois, prend la suite de réflexions entamées dès les années 1910 et principalement consacrées à contester le monopole du discours scientifique sur la vie historique et sociale.
Guillaume Fondu nous restitue la manière dont Lukács cherche à ménager, avec l'art, une approche de la réalité humaine objectivante mais non déshumanisante, susceptible de fournir à l'humanité la conscience de soi, de son potentiel et de son histoire.
En ce sens, L'Esthétique constitue en réalité une théorie non pas de la seule sphère esthétique mais d'une modalité de la conscience irréductible à la seule connaissance scientifique, la narration.


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Protestations, manifestations, émeutes, grèves, défiance... Depuis des années, la colère monte, les peuples ne cessent de rejeter l'autorité. Les raisons en sont connues : aggravations des inégalités, dégradations des conditions de travail, recul des services publics... Mais la violence avec laquelle elle se manifeste est inédite car exprimée par un sujet nouveau : l'individu tyran. Un être ultra-connecté, replié sur sa subjectivité et ses intérêts, capable en un clic de mettre le monde à ses pieds et dès lors persuadé d'en être l'unique centre. Et si les crises économiques renforcent l'impression d'être dépossédé, la technologie augmente celle d'être tout-puissant.
Une combinaison explosive, qui signe l'effondrement de notre monde commun.
Une conférence qui s'inscrit dans le cadre du Séminaire "Éducation et soin à l'ère du numérique", animée par Cynthia Fleury et Camille Riquier.


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Hausse de la tricherie et du plagiat (notamment à cause de ChatGPT), perte du sens de la socialité, déficit d'attention et d'empathie, retards d'apprentissage : les preuves s'accumulent quant aux effets nocifs des technologies du numérique en classe, surtout sur les plans cognitif et social. Plusieurs études démontrent que les écrans à l'école et l'école dans un écran engendrent des effets négatifs majeurs sur les élèves et de nombreux enseignants. Désabusés par des mois d'apprentissage virtuel pendant la pandémie, bon nombre d'entre eux ne souhaitent d'ailleurs pas continuer l'expérience. Pourtant, nos institutions scolaires sautent à pieds joints dans le grand train numérique. Pourquoi ?
Bien que le bilan préliminaire de l'expérience numérique soit loin d'être reluisant, l'informatisation de l'école a la cote dans les hautes sphères décisionnelles du système scolaire. Poussée depuis déjà quelques décennies par des décideurs et influenceurs obnubilés par le développement économique et technologique, l'obsession pour l'innovation technologique et l'informatisation de nos vies colonise maintenant les classes, un des lieux principaux qui assurent la production et la reproduction de la société. On nous assure que l'informatisation, l'école en ligne et la " techno-pédagogie " sont les solutions à tous nos problèmes. Sans fournir d'autre preuve que celle d'une foi aveugle, on nous dit qu'elles feraient de meilleurs professeurs, seraient bénéfiques pour la planète et assureraient une plus grande réussite scolaire.
Dans sa critique sans concession de l'informatisation de l'école, le professeur de philosophie Eric Martin nous alerte sur ce qui se profile à l'horizon : la destruction de la culture commune et une dissolution des institutions d'enseignement comme lieux de transmission, de relations humaines et de formation. Loin de relever d'une technophobie primaire, leur démonstration expose les risques bien réels et préoccupants de ce virage, dont la perte d'un certain sens de la socialité et de l'humanité, perte qui se fait déjà sentir. Il démontre encore comment l'offensive numérique en cours s'inscrit dans une vision technocratique et économiciste du monde qui réduit l'école à une machine à former du "capital humain". Ce qui soulève une question simple, mais fondamentale : à quoi sert l'école ?
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Comment analyser les réalités sociales, économiques et politiques israélo-palestiniennes à l'heure du massacre à Gaza (9 mars 2024) ? Avec quelles théories et quels concepts ?
Partant d'une insatisfaction face aux approches dominantes des réalités israélo-palestiniennes, Emilio Minassian, bon connaisseur des camps de réfugiés en Cisjordanie, tente de combiner des approches en termes de capitalisme et de rapports de classe et des approches en termes de colonisation de peuplement pour comprendre la réalité et la dynamique du conflit israélo-palestinien.
Une émission animée par Armel Campagne.

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L'historien Éric Aunoble évoque la longue histoire de la paysannerie et du monde rural en Ukraine depuis le XIXe siècle, de la fin du servage jusqu'à la fin de la collectivisation.
Il se penche sur les traces que ces événements ont laissées dans les mémoires, ainsi que les usages politiques qui en sont faits, notamment celui de "l'holodomor", dans le contexte de l'invasion russe de l'Ukraine débutée le 24 février 2022.
Un entretien mené par Sylvie Steinberg.