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"L'Etat, c'est moi" aurait dit le Roi Soleil. Mais tandis que le Soleil se couche, le siècle des Lumières commence. Avec Montesquieu, il se dit que l'Etat doit moins reposer sur une seule tête couronnée que dans l'esprit des lois. Révolution, restaurations, républiques et empires se succèdent et jettent progressivement les bases de l'Etat de droit.
Mais en quoi, en fait, l'Etat était-il de travers avant que d'être "de droit" ? Y a-t-il jamais eu un Etat sans droit, et inversement ? Au-delà du légendaire mot d'esprit royal, le premier n'est-il pas d'abord l'incarnation du second ? Et le second ne suppose-t-il pas le premier ? Bref : l'Etat de droit ne serait-il pas un pléonasme ?
Ce serait oublier un peu vite que le droit a des raisons que la raison d'Etat ne connaît pas, et l'Etat a des droits que le droit ignore. Dans ce couple si fusionnel qu'il en paraît incestueux, chacun peine à accepter les revendications de l'autre - dont il s'estime être le géniteur. Le droit est-il en état de dire à l'Etat son droit si le droit descend tout droit de l'Etat lui-même ? Quant à l'Etat, peut-il mettre hors d'état le droit si le droit est précisément ce qui le met en état de tenir de droit ? Mais, dans ce cas, l'Etat de droit est-il encore un pléonasme... ou un oxymore ?
Émission "Mots de passe".


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Directeur du département Opinion à l'IFOP et analyste politique, Jérôme Fourquet est l'auteur depuis 2019 de plusieurs essais parus qui ont fait date, parmi lesquels L'Archipel français, et Métamorphoses françaises. Ses analyses ont également inspiré la série La Fièvre, récent succès d'audience sur Canal+.
Le stade ultime de la déchristianisation a-t-il produit une France totalement disloquée, "archipelisée", selon le fameux concept de Fourquet ? Qu'est-ce qui nous unit encore ? Vivons-nous au contraire un retour de flammes réactionnaire ? La France est-elle en pleine droitisation ?
Autant de questions qui sont abordées au cours d'une discussion vive et passionnée avec François Bégaudeau.
Émission "L'Explication", animée par Aude Lancelin.


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Méditant sur le destin de la nature dans le contexte contemporain de son artificialisation toujours plus avancée, Philippe Descola annonce "son décès prévisible, en tant que concept" et la "clôture probable d'un long chapitre de notre propre histoire". Mais comment définir les "dégâts anthropiques" occasionnés par l'action de l'homme sans faire référence au moins implicitement à ce que cette action modifie et à ce qui est atteint par ces dégâts ? Soit à ce qui, dans le monde, a de loin précédé notre existence, l'a produite et continue de la déterminer : la nature.
Il est tout à fait certain qu'une époque est en train de se clore, caractérisée par une certaine manière de concevoir notre rapport à la nature. Il n'en reste pas moins que nous avons beaucoup de raisons, et des raisons assez solides, de douter que ce à quoi renvoie le mot "n'existe pas", ou encore que la notion de nature n'ait "aucun sens" et ne soit qu'un "fétiche" qui a "fait son temps". Comme on peut douter qu'il faille "désormais penser sans elle" et qu'user du concept de nature soit, comme le suggérait Pessoa, le symptôme d' "une maladie de nos idées". Il est ainsi plus urgent de le clarifier de manière critique que de penser par-delà nature et culture.
Si l'on en croit l'anthropologue Philippe Descola, la pensée moderne de la nature fait partie du problème et non de la solution. En philosophe, Patrick Dupouey interroge cette proposition pour montrer que, bien au contraire, un concept de nature solide reste un outil indispensable pour comprendre les crises que nous traversons, sans sombrer dans les apories du relativisme. L'analyse de ces processus permet de faire émerger des solutions pour une transformation progressiste et coopérative du monde, pour sortir des crises qui caractérisent notre époque.


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Dans ce grand entretien, Pierre-Yves Rougeyron revient sur l'actualité politique du mois de mars 2025.
Une analyse où les actualités nationale et internationale sont passées au crible de l'intérêt français souverain.
Actualités nationales :
- 0'00'00 : Début et Présentation
- 0'03'40 : Décès de Jean-Louis Debré
- 0'13'07 : Du nouveau sur l'affaire de Crépol
- 0'31'45 : Démantèlement d'un réseau pédophile
- 0'46'47 : Gouvernement Bayrou
- 0'54'00 : Inéligibilité de Marine Le Pen ?
- 1'05'00 : Allocution Macron
- 1'34'11 : Relations Paris-Alger
- 1'46'18 : Actualités du Cercle
Actualités internationales :
- 1'58'12 : Suspension du regroupement familial en Autriche
- 2'00'12 : Mouvement anti-corruption en Serbie
- 2'10'21 : Georgescu et exclusion des candidats dans l'UE
- 2'27'27 : Incarcération du maire d'Istanbul
- 2'35'20 : Exactions en Syrie contre les minorités religieuses
- 2'43'17 : Reprise des opérations militaires à Gaza
- 2'53'12 : Réaction aux mesures protectionnistes de Trump
- 3'02'07 : Stratégies de négociation sur le conflit en Ukraine
- 3'11'01 : Duterte face à la CPI
- 3'22'43 : Séisme en Asie du Sud-Est
- 3'23'25 : Remerciements


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Après deux ans de questions-réponses en vidéo sur ERTV, l'émission Soral répond revient sous un nouveau format sur ERFM, la radio en ligne et en continu d'Égalité & Réconciliation.
Le principe : les auditeurs qui le souhaitent posent leurs questions sur le répondeur du polémiste qui choisit ensuite les meilleures et y répond.


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Si la psychanalyse s'est invisibilisée dans le champ des sciences sociales au cours des dernières décennies alors qu'elle avait offert des outils de compréhension importants jusque dans les années 1970 et si, depuis, de multiples dérives réactionnaires l'ont largement discréditée, c'est, écrivent Frédéric Lordon et Sandra Lucbert, parce qu' "elle a seulement fait la théorie psychique d'un lieu et d'un temps" tout en se prétendant catégoriquement "science générale". Ce "général", soulignent-ils, "transpirait l'Occident patriarcal"...
Pour autant, l'engagement des forces pulsionnelles de la psyché dans les rapports sociaux demeure un élément structurant de la politique ; la compréhension du régime capitaliste, y compris et surtout des dynamiques néofascistes actuelles, ne saurait en faire l'économie.
Auteurs d'un livre ambitieux intitulé Pulsion. Capitalisme, fascisme et pulsionnalité, Frédéric Lordon et Sandra Lucbert reviennent sur les raisons pour lesquelles ils ont entrepris de "reprendre tout l'appareil conceptuel" de la psychanalyse "pour le brancher sur la variabilité des mondes collectifs" et en faire à nouveau un instrument de compréhension opératoire.
Émission "On s'autorise à penser", animée par Julien Théry.


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Linguiste et essayiste, Modeste Schwartz tente de comprendre la logique oligarchique mise en place dès février-mars 2020 à la faveur de la "crise sanitaire" covidienne. Il s'agit pour lui de manifester non seulement le rejet du récit officiel (de type OMS), mais aussi de prendre ses distances avec les courants de pensée alternatifs qui s'employent à valider par la bande le récit du mainstream, en l'assortissant de menus addenda sur le "gain de fonction", la "5G" ou "l'Ivermectine".
Autant de façons de ne pas comprendre ce qui est en train d'arriver, c'est-à-dire, d'un point de vue politique : la fin d'un monde, qui était à la fois celui de la rationalité calculante, de l'universalisme démocratique et du droit afférent à ce dernier – la fin de l'Occident.
Émission "La Méridienne", animée par le Lt Sturm.


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Partisan dès les années 1930 d'une limitation volontaire de la croissance économique, Bernard Charbonneau (1910-1996) voulait faire du "sentiment de la nature" au sein du personnalisme ce qu'avait été la conscience de classe pour le socialisme. Selon lui, l'homme a autant besoin de nature que de liberté, mais la civilisation techno-industrielle menace les deux.
Dans ses nombreux livres, il fustige la standardisation des goûts et les méfaits d'une agro-industrie provoquant la triple éradication des paysans, des paysages et des nourritures savoureuses. Il souligne le paradoxe du tourisme de masse qui correspond à un désir authentique d'échapper à l'enfer urbain, mais qui saccage les espaces découverts par les pionniers et entraîne ce à quoi le touriste voulait échapper : la promiscuité, le béton et la réglementation.
Dans ces longs entretiens réalisés quelques mois avant sa mort, Bernard Charbonneau -et sa femme Henriette- nous racontent son parcours. Il fut celui de l'un des premiers qui, en France, développa une pensée écologiste, mais aussi profondément humaniste et ironique, constituant toujours aujourd'hui une joyeuse invitation à la réflexion et à l'action.
Un entretien mené par Michel Bergès et Daniel Cérézuelle.


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Le monde moderne, depuis quatre siècles, est dominé par la machinerie. Il naît avec la production capitaliste. Elle va rapidement entrer en symbiose avec le développement capitaliste qui trouve dans la mécanique, son moteur. Calcul, prédictibilité, pouvoir d'abstraction, les catégories de la science moderne sont adéquates à ce nouveau mode de production qui va envahir la planète.
Or, toutes les tendances qui conduisent à l'élimination de la vie au profit du mécanique conduisent à une réification générale de la vie humaine et une perte de notre être-au-monde. Faire de la nature une simple matière première, remplacer les processus vitaux par des procédures mécaniques, tout cela conduit à traiter les humains comme des choses, pour en faire des êtres prédictibles.
S'impose donc la nécessité de penser une résistance à ce mouvement. L'involution du grand mouvement des Lumières vers la formation d'une cage d'acier technoscientifique pose la tâche de retrouver le sens de la nature et de la vie, de repenser l'enracinement au-delà de ce qu'avait esquissé Simone Weil, de refaire de la nature une sphère de résonance.


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Selon le philosophe Pierre Manent, le libéralisme est essentiellement une révolution des droits de l'homme, marquant une transition où l'individu, ses droits et la protection de son intégrité physique deviennent centraux dans l'organisation politique, remplaçant l'obéissance traditionnelle aux lois collectives.
En quoi cette nouvelle approche du politique peut-elle engendrer tensions et défis, notamment dans un contexte de mondialisation des échanges ?
- 0'00'00 : Introduction
- 0'05'13 : Peur de la mort et COVID
- 0'07'13 : La crise COVID vue par le prisme d'Hobbes
- 0'11'45 : COVID vs. bien commun
- 0'15'04 : Les obsèques interdites
- 0'17'49 : Vers un monde post-hobbesien ?
- 0'21'07 : La balade du prisonnier
- 0'24'40 : La "Protectionnite" à son paroxysme ?
- 0'28'18 : Safe places et micro-aggressions
- 0'31'08 : On reformule tout dans le langage de la sécurité
- 0'32'43 : Le wokisme, négation ou prolongement du libéralisme ?
- 0'37'49 : La relation intime entre liberté et égalité
- 0'46'17 : La confrontation avec le communisme
- 0'48'23 : La France est-elle libérale ?
- 0'54'22 : La liberté d'expression à la française
- 0'56'39 : L'Islam en France
- 1'04'06 : "Whatever floats your boat"
- 1'11'28 : Sommes-nous individualistes ?
- 1'18'49 : James Bond et Captain America, des rebelles contre l'institution ?
- 1'23'13 : La distinction radicale dans la modernité entre faits et valeurs
- 1'35'51 : Comment était Raymond Aron ?
- 1'43'03 : Manent devenu sceptique du libéralisme ?
- 1'44'35 : Recommandations de lectures
Un entretien mené par Pierre Valentin.Un entretien mené par Pierre Valentin.


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Pourquoi cette obsession pour l’identité, relativement récente tant dans le débat public que dans la recherche en sciences humaines ?
On la pense souvent confinée à droite, nation, terroir, race mais elle surgit à gauche tant dans le multiculturalisme que dans le débat sur le genre. Elle se réfère au groupe, où elle marque plutôt l'essentialisme et l'immanence du collectif, mais aussi à l'individu où paradoxalement elle est corrélée au choix et à la liberté. La religion s'en empare ou plutôt elle s'empare de la religion : l'identité chrétienne de l'Europe est désormais affaire de racines plus que de foi, et indique donc une absence plus qu'une présence.
Olivier Roy défend la thèse que cette inflation identitaire marque une crise profonde non seulement des cultures (nationales ou autres) mais de la notion même de culture.


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Son nom ne vous dit peut-être rien : Paul Virilio. Pourtant, chaque réflexion que vous avez, chaque discussion que vous partagez, chaque jour que vous vivez, a quelque chose à voir avec lui. Le sentiment que tout va trop vite, qu'on court à la catastrophe, que le monde devient trop global, que l'histoire s'étiole ou que monter un escalier est parfois, souvent, la chose la plus absurde du monde.
Parfois, les mots manquent pour décrire ces impressions sur une époque qui nous échappe. Et le nom de Paul Virilio aussi. Disparu en 2018, le philosophe, architecte, photographe, sociologue, urbaniste, d'abord maître-verrier, a pourtant su les dire et les redire, les formuler et les reformuler.
Une série d'émission menée par Géraldine Mosna-Savoye.