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Olivier Rey s'inscrit dans la lignée d'une tradition très française, issue de Polytechnique où il a enseigné les mathématiques, et de la Sorbonne pour l'enseignement de la philosophie. L'un de ces ouvrages majeurs et marquants, Quand le monde s'est fait nombre, fait écho à la question sportive et pose l'hypothèse d'un sport, otage du chiffre. Si le monde n'était que nombre, donc, le sport n'apparaîtrait-il pas alors comme l'un des modes d'expression exemplaire de cette "qualité par la quantité" ?
De nombreuses questions surgissent alors. N'est-on pas un peu dépassé par l'idée que le progrès sans limite que l'on attribue généralement à la production d'objets techniques s'applique également à l'homme qui, somme toute reste limité par essence, notamment de par sa constitution physique et biomécanique. Nous ne courrons jamais le cent mètre en 3 secondes !
Le sport et la culture sont toujours dissociés dans le langage commun et particulièrement dans le langage politique. Cette distinction, voire cette discrimination qui persiste ne trahit-elle pas l'idée d'une sous-catégorie, moins noble, au panthéon des activités humaines ?
À l'évidence, l'accession ou la reconnaissance pleine et entière du sport dans la Culture résiste encore. L'hypothèse d'un sport "otage du chiffre" ne répond-elle pas en partie à cette résistance ? Le sociologue Paul Yonnet, amoureux du sport, lui ayant consacré de nombreux ouvrages théoriques et sociologiques, osait cette idée : "Le sport n'est pas un art pour une raison majeure. Dans l'art, on ne mesure jamais de la qualité par la quantité. Être un grand sportif, c'est entrer dans l'ère de la mesure".
Un entretien mené par François L'Yvonnet.


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Pourquoi l'interdit ? Pourquoi les lois ? Qu'est-ce que l'Etat ? Comment séparer le juste de l'injuste ? Etat, Religion, Révolution, Progrès, ces artifices sont emportés dans le déchaînement du Management scientifique promis à la terre entière. La peur de penser en dehors des consignes a fait de la liberté une prison.
Philosophe, historien du droit et des institutions, Pierre Legendre explique avec lucidité comment l'homme raisonnable organise le monde pour tenter d'échapper à l'abîme de son origine introuvable, ce mur de nuit auquel il s'adosse.
Une série d'entretiens menés par Roger Dadun.


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C'est en compagnie de Thibaut Giraud, créateur de la chaîne YouTube de vulgarisation philosophique Monsieur Phi, qu'est abordé le sujet de la conscience artificielle ainsi que plusieurs études récentes révélant certaines capacités étranges des LLM, comme la manipulation, le mensonge et la supercherie.
- 0'00'00 : Intérêt pour l'IA et le liens entre l’IA et la philosophie ?
- 0'04'51 : La conscience artificielle dans la culture populaire
- 0'11'40 : Comment définir la conscience ?
- 0'24'27 : Est ce que la conscience artificielle est inévitable à mesure que l'on conçoit des IA plus puissantes ?
- 0'28'15 : Certains systèmes actuels pourraient déjà être conscients ?
- 0'38'11 : L'arrivée des robots
- 0'47'45 : Devons nous créer des IA conscientes ?
- 0'51'19 : Un attracteur de moralité et les capacités de tromperie des IA
- 1'04'27 : L'avenir de l'IA et l'alignement
- 1'20'02 : L'IA pour nous aider à trouver la théorie de la conscience
- 1'25'41 : Une question à la première Super IA
Un entretien mené par Gaëtan Selle.


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Dès les premiers jours d'octobre 1917, Lénine va incarner la révolution russe, aux yeux de ses admirateurs comme de ses adversaires. Au plus fort de la guerre froide jusqu'à nos jours cette figure révolutionnaire va susciter des regards sans nuance : génie politique et chef d'orchestre de la révolution pour les uns, agitateur machiavélique et dirigeant sanguinaire pour les autres.
Écartant aussi bien la légende noire que la légende dorée, Guillaume Fondu confronte les réflexions et les choix politiques du leader bolchevique aux positions de ses camarades et adversaires sur les mêmes questions. Lénine est ainsi replacé au cœur du contexte historique dans lequel il s'est formé, a élaboré ses conceptions de la lutte politique et a œuvré à la révolution.
Grâce à cette approche originale, Guillaume Fondu bouscule non seulement des idées reçues renouvelant notre compréhension de ce personnage historique mais il nous permet aussi de questionner les pratiques militantes et les stratégies politiques contemporaines.
Une intervention qui se fait dans le cadre du séminaire "Lectures de Marx".


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Que savons-nous vraiment de Rousseau, hors quelques lieux communs ? Le "bon sauvage", l'homme naturellement bon mais corrompu par la société, la perfectibilité humaine, la volonté générale, le contrat social ?
Si Rousseau, à certains égards, est un moderne qui rejette les hiérarchies traditionnelles et croit en la souveraineté populaire, il ne se livre pas moins à une critique radicale de la société libérale, bourgeoise, progressiste et cosmopolite – à ses yeux, décadente – à laquelle il oppose la frugalité des Anciens et une démocratie autrement plus authentique et politique.
Émission "Les idées à l'endroit", animée par Rémi Soulié.


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En 1972, René Girard publiait chez Grasset La violence et le sacré. Une dizaine d'années plus tard, il revient sur cet ouvrage qui avait eu un retentissement international et suscité des jugements contrastés. Avec la question du sacrifice comme point de départ, René Girard aborde chacun des points sur lesquels repose la théorie de la genèse du sacré qu'il avait exposée dans ce livre.
Une contribution que certains avaient considéré comme la première théorie réellement athée du religieux et du sacré, alors que d'autres commentateurs contestaient, pour leur part, la méthode de René Girard et la manière dont, tout en s'y référant, il se démarquait de la psychanalyse freudienne et du structuralisme de Lévi-Strauss.
L'occasion de clarifier la façon dont il a cherché à fonder une nouvelle anthropologie de la violence et du religieux en revenant longuement sur la fonction du sacrifice, de la victime émissaire, des rites et des rituels, des interdits, de la rivalité mimétique, du désir et de la violence, tels qu'ils s'étaient éclairés pour lui à la lecture des mythes, à la lecture des grands romans, des grandes tragédies grecques et de celles de Shakespeare.
ÉMission "Les vivants et les dieux", animée par Philippe Némo.


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Notre rapport actuel à la dette repose sur un sentiment de culpabilité hérité de traditions religieuses, mais aussi sur un système institutionnel qui en a fait un outil de contrôle politique. Pierre-Yves Rougeyron rappelle qu'historiquement, la dette n'a pas toujours été perçue comme un problème à rembourser à tout prix, et qu'elle peut masquer des crises sociales plus profondes.
Pour comprendre l'origine du discours actuel sur la dette, il faut également remonter aux bouleversements économiques et monétaires du XXᵉ siècle, notamment la fin de l'étalon-or et l'émergence du dollar comme monnaie mondiale soutenue par quatre piliers : finance internationale, puissance militaire, pétrodollar et réseaux criminels. Ces évolutions, combinées à la libéralisation financière et au libre-échange, ont transformé le rôle de la dette publique : d'outil national de financement contrôlé par l'État, elle est devenue un actif intégré aux marchés mondiaux, dominé par des acteurs privés et supranationaux. La dette est désormais devenue de fait un mécanisme structurant de la "grande rente", servant à maintenir un équilibre favorable à certaines classes sociales et à la finance internationale.
Il s'agit donc d'un système vivant, qui s'infiltre dans tous les secteurs de l'économie et sert avant tout de levier politique. L'enjeu n'est pas tant de rembourser la dette que d'en reprendre le contrôle politique en ce qu'elle n'est pas qu'un problème comptable, mais un instrument de pouvoir. La clé réside dans la capacité à reprendre la main sur ses mécanismes et ses conditions d'émission.


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Ce cours marque une inflexion décisive dans le chemin de pensée de Michel Foucault, notamment depuis son projet d'une Histoire de la sexualité entamé en 1976. C'est le moment où les arts de vivre deviennent le foyer de sens à partir duquel pourra se déployer une pensée neuve de la subjectivité. C'est le moment aussi où Foucault problématise une conception de l'éthique comprise comme l'élaboration patiente d'un rapport de soi à soi. L'étude de l'expérience sexuelle des Anciens permet ces nouveaux déploiements conceptuels. Dans ce cadre, Foucault analyse des écrits médicaux, des traités sur le mariage, la philosophie de l'amour ou la valeur pronostique des rêves érotiques, afin d'y retrouver le témoignage d'une structuration du sujet dans son rapport aux plaisirs (aphrodisia) antérieure à la construction moderne d'une science de la sexualité, antérieure à la hantise chrétienne de la chair. L'enjeu est en effet d'établir que l'imposition d'une herméneutique patiente et interminable du désir constitue l'invention du christianisme. Mais pour cela, il importait de ressaisir la spécificité irréductible des techniques de soi antiques.
Dans cette série de leçons, qui annoncent clairement L'Usage des plaisirs et Le Souci de soi, Foucault interroge particulièrement le primat grec de l'opposition actif/passif sur les distinctions de genre, ainsi que l'élaboration par le stoïcisme impérial d'un modèle de lien conjugal prônant une fidélité sans faille, un partage des sentiments, et conduisant à la disqualification de l'homosexualité.


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Régis de Castelnau, juriste et analyste politique, et Bruno Guigue, politologue spécialiste des relations internationales, analysent les récents affrontements militaires entre Israël, soutenu par les États-Unis, et l'Iran, dans un contexte de tensions régionales accrues au Moyen-Orient. Ensemble, ils remettent en question la narration dominante dans les médias occidentaux, critiquant la présentation biaisée du conflit et contestant l'idée d'une "guerre des 12 jours" comme une opération isolée : il s'agirait plutôt d'un épisode révélateur d'un conflit plus large, aux racines historiques profondes, qui met en lumière la fragilité stratégique d'Israël
Les deux intervenants explorent également les implications géopolitiques de ces événements, notamment la montée en puissance de l'Iran, la remise en cause du droit international, et l'émergence d'un monde multipolaire autour d'alliances comme celles unissant la Chine, la Russie et l'Iran.
Enfin, Régis de Castelnau et Bruno Guigue insistent sur le tournant moral que représente le génocide en cours à Gaza, documenté en temps réel, et le basculement de l'opinion publique mondiale, en particulier chez les jeunes. Dans un tel contexte, il est légitime de s'interroger sur l'avenir d'Israël, alors que devient pensable l'effondrement du projet sioniste tel qu'il existe aujourd'hui, et qu'un nouvel ordre régional pourrait en émerger.


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A en croire la cléricature universitaire, le racisme antiblanc n'existerait pas car il ne serait pas "systémique". Alors : réalité ou fantasme ?
François Bousquet, auteur d'un livre-enquête qui s'attache à démonter les mécanismes idéologiques et les silences médiatiques qui entourent cette réalité revient sur ce sujet important.
Un entretien mené par Antoine Dresse.


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Directeur-adjoint des opérations pour SOS Chrétiens d'Orient, Alexandre Goodarzy est un fin connaisseur de l'Iran, pays héritier d'une civilisation plurimilléraire.
De la Perse antique à l'Iran contemporain, quelles sont les constantes civilisationnelles qui continuent d'agir en profondeur et à structurer la vision géopolitique iranienne ? Quelles sont les contradictions internes qui traversent cette culture et ce pays ? Et enfin, quelles sont dans le contexte de crise actuelle, les différents scénarios d'évolution possibles pour l'Iran ?
- 0'00'00 : Introduction du sujet et présentation de l'invité
- 0'01'35 : Perse et Iran, est-ce la même chose?
- 0'09'37 : L'empire parthe ou le pouvoir des nomades iraniens
- 0'11'45 : Les raisons de l'extension impériale Perse et centralité de l'Iran
- 0'13'46 : Les Safavides, quand les turcs dirigent l'Iran
- 0'17'16 : A quel moment le grand Turan devienne-t-il turc?
- 0'24'55 : Les perses et la résistance linguistique à l'arabisation
- 0'26'15 : Du zoroastrisme au chiisme en passant par le sunnisme
- 0'44'54 : Le chiisme, c'est quoi ?
- 0'55'36 : Quand le chiisme devient progressivement iranien
- 1'02'36 : Le centre de gravité impérial de l'Islam se déplace vers la Perse
- 1'10'07 : Mort des 12 imams, occultation d'Al Mahdi et crise théologique au sein du chiisme
- 1'21'46 : Rivalité entre Abbassides et Alides et falsification religieuse.
- 1'24'40 : Les iraniens et la redécouverte de leur vocation impériale
- 1'27'59 : Expansion du chiisme, Saladin et consolidation du monde sunnite
- 1'30'38 : Récapitulatif
- 1'32'46 : Safavides et émergence d'un clergé chiite
- 1'37'56 : Bouleversements politiques, modernisation forcée et déclassement du clergé
- 1'40'30 : La "Wilayat al Faqih", quand le clergé décide de prendre le pouvoir
- 1'48'17 : République Islamique et négation du passé Perse
- 2'05'43 : Du point de vue arabe, faut-il davantage craindre un Iran nationaliste qu'un Iran chiite?
- 2'13'15 : Israel, un allié naturel pour les nationalistes iraniens ?
- 2'26'40 : Le panturquisme, l'Iran et la question Azérie
Un entretien mené par Rachid Achachi.


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La Cour constitutionnelle roumaine a rejeté le recours de Calin Georgescu, qui ne pourra plus se présenter aux élections présidentielles.
Avons-nous assisté à un "coup d'Etat" fomenté par l'Union européenne, lui-même appuyé par l'Etat profond roumain ?
- 0'00'00 : Introduction et contexte géopolitique
- 0'02'06 : La Roumanie et son histoire politique
- 0'07'16 : Les forces politiques en Roumanie post-Ceausescu
- 0'16'43 : La corruption et l'état profond en Roumanie
- 0'20'24 : L'influence allemande et américaine
- 0'25'14 : Les élections présidentielles de 2024 et le coup d'État électoral
- 0'37'44 : Les réactions et les conséquences des élections
- 0'42'32 : La Moldavie et les tensions intercommunautaires
- 0'50'15 : Questions et réponses avec le public