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Il fut un être paradoxal - contradictoire, insaisissable, impossible à situer - et, par la même, un être humain par excellence. Comme si Romain Gary avait voulu illustrer, dans sa vie et sa personne, ses convictions secrètes optimistes (alors que ses convictions avérées étaient toujours pessimistes) concernant l'espèce humaine.
Grand Français (diplomate, Légion d'Honneur, Compagnon de la Libération)... mais né en Russie et élevé en Pologne. Grand gaulliste... mais contre tous les partis, tous les mouvements et toutes les idéologies politiques. Juif... qui n'admire dans la tradition juive que son sens de l'humour et son auto-ironie. Écrivain qui cherchait à imposer son nom à tout prix... puis se cache derrière des pseudonymes divers. Défenseur de la nature... mais en révolte permanente contre ses lois (avant et surtout : celle du passage du temps). Grand humaniste... mais sceptique, méfiant à l'égard de presque tous les hommes. Arborant tous les signes extérieurs du macho... tout en s'insurgeant contre l'oppression des femmes. Champion inconditionnel du couple... mais "tombeur" invétéré. Défenseur ardent de l'imaginaire et de l'art (la musique, le cinéma, l'illusionnisme sous toutes ses formes)... mais confit d'ennui devant les monuments, les musées et tout ce qui représente "la culture". Avide de récompenses, prix, honneurs, décorations, et fier lorsqu'il les gagne... mais heureux seulement dans l'anonymat, le déplacement constant, le vagabondage.
Un homme paradoxal, contradictoire et impossible à situer... mais un être humain par excellence !
Émission "Une vie, une oeuvre", produite par Nancy Huston.


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Compagnon de route de François Truffaut, Guy Debord ou Jean-Paul Belmondo : Gérard Lebovici est une personne aux vies discrètes qui a construit un empire culturel en traversant le siècle sur la pointe des pieds.
Le 5 mars 1984, l'homme de 51 ans est assassiné de 4 balles dans la nuque : un crime qui porte la signature du milieu, un contrat exécuté par un tueur à gages. L'acte a de quoi surprendre : Lebo, comme on l'appelle, est un producteur incontournable certes, un éditeur sulfureux aussi, mais pas un parrain de la mafia. Les enquêteurs de la crim' se mettent sur le dossier, mais ils piétinent : encore aujourd'hui, personne n'a été inquiété et l'assassin court toujours.
Presque 35 ans plus tard, on ne sait toujours pas qui a tué Lebovici, ni pourquoi...
Pourtant il faut bien le dire, cette mort alimente encore plus l'aura de mystère qui entoure l'homme. Toute sa vie, il aura construit une armure autour de lui, compartimenté à l'extrême son quotidien. Derrière ses légendaires silences et son regard impassible, qui était-il ? Et puis, si sa mort est une énigme alors que dire de sa vie ?
Émission "Affaires sensibles", animée par Fabrice Drouelle.


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"Et si ma pensée n'avait tout son sens que pour la postérité", écrivait Toulet en 1907 dans ses étonnantes Lettres à soi-même. Il est vrai qu'il a fallu attendre 1985 et 1986 pour que son oeuvre soit rééditée. Elle n'avait pas tenté non plus les éditeurs contemporains. Mais il est vrai aussi que Valéry, Giraudoux, Debussy l'aimaient, que du Bos, Mauriac, Vialatte, Paulhan... le citent et que, pour Borges il est un des trois grands Poètes français.
Le Sud-ouest et Paris se partagent les années de sa vie. De son Béarn natal, il conservera une nostalgie éblouie, mais ce sera à Guéthary qu'il finira ses jours. Quelques voyages cependant, notamment en Extrême-Orient et, dans sa jeunesse, un séjour à l'Ile Maurice où vivait sa famille. En 1898, le dandy s'installe à Paris où il mène une vie de noctambule, dans ce Paris 1900 de la rive droite dont l'écho se retrouve dans plusieurs de ses Romans. En 1912, il fuit le Béarn, perdu (dit-on) de drogue, d'alcool et de difficultés financières.
Sa sensibilité exacerbée, corsetée par une extrême pudeur, se traduit souvent par la légèreté, le jeu, l'ironie. On le perçoit particulièrement dans les Contrerimes dont la métrique singulière permet le balancement et comme l'irisation de la pensée et des mots.
Les fantaisistes l'ont tenu pour leur maître, mais chez Toulet, l'allégresse de la démarche va de pair avec la gravité du sentiment. Celui qui domine, étant celui de la fragilité de l'instant.
Émission "Une Vie, une Œuvre", animée par Paule Chavasse.


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En 1995 disparaissait Miguel Torga, écrivain portugais majeur du XXe siècle, haute figure morale de son pays, auteur d'une oeuvre foisonnante : nouvelles, romans, poésie, fresque autobiographique, pièces de théâtre, Journal - un des grands témoignages de ce siècle.
Il s'appelait Adolfo Correia Rocha, choisit pour pseudonyme Miguel en hommage à Cervantès et Unamuno, Torga du nom de cette bruyère sauvage du Portugal, particulièrement résistante. Esprit rebelle et indomptable, "monolithique" disait-il de lui-même, âpre et rocailleux comme la terre montagneuse isolée et misérable du nord du Portugal où il naquit et vécut l'enfance austère de fils de paysans pauvres, refusant le séminaire, choisissant de partir pour le Brésil où il fut garçon de ferme dans une fazenda.
"J'ai commencé mal et tard. Tandis que les autres partaient du savoir, je suis parti de la souffrance. Aucune porte ne s'est ouverte devant moi sans que je l'enfonce d'abord. J'ai lutté contre la pauvreté, j'ai lutté contre l'ignorance, j'ai lutté contre le temps, j'ai lutté contre les hommes, j'ai lutté contre Dieu et j'ai lutté contre moi-même".
Revenu sur sa terre natale, il devint médecin. Médecin des plus pauvres le jour, écrivain la nuit, partagé entre le bistouri et la plume, toujours taraudé par le doute : "Je lutte avec les mots comme je lutte avec la mort".
Homme réfractaire à toute compromission, Torga combattit la dictature, publia son oeuvre à compte d'auteur, connut la censure et les geôles de Salazar. Cet humaniste intransigeant puissamment attaché à sa terre, "insatiable géographe du Portugal", dit la misère la douleur et la grandeur du peuple portugais.
Homme de passions et de doutes, angoissé et sceptique, il pourfend la médiocrité et la lâcheté humaines dans un souci inaltérable de liberté et de vérité. Miguel Torga, un pessimiste fervent.
Émission "Une Vie, une Œuvre", produite par Françoise Estèbe.
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Face à la pauvreté, aux discriminations et aux violences policières qui ravageaient les grandes villes américaines alors que le pays savourait sa prospérité économique, Malcolm X offrit à la fin des années 1950 et au début des années 1960 une insubordination qui rendit espoir de justice et dignité à des milliers de Noirs américains. Son intransigeance et son nationalisme, identifiant les Noirs américains aux peuples colonisés d'Afrique et d'Asie, tranchaient avec l'image parfois trop réformiste du mouvement officiel des droits civiques dirigé par Martin Luther King, par ailleurs principalement concentré dans le sud du pays.
La force de son radicalisme, trop souvent caricaturé en appel à la violence, sa défense d'une masculinité noire revendiquée et sa dévotion à la Nation of Islam font de Malcolm X un des plus grands révoltés de l'histoire américaine.


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Poète de l’ombre et de la lumière, marcheur solitaire dans les ruelles de Paris comme dans les forêts de l’âme, Gérard de Nerval appartient à cette lignée d'esprits pour lesquels la poésie n'est pas un ornement, mais une quête. Avec lui, la vie et le rêve cessent d'être deux royaumes séparés. Ils communiquent, se répondent, se mêlent dans une même musique intérieure. L'auteur des Chimères et d'Aurélia nous entraîne dans un monde où les souvenirs deviennent des mythes, où les visages aimés prennent la douceur des apparitions, où chaque symbole ouvre une porte sur l'invisible.
Mais Nerval n'est pas seulement un rêveur fragile. Il est aussi un témoin de son siècle, un lecteur fervent des traditions, un passeur entre les civilisations, entre l'Orient rêvé et l'Occident inquiet. Sa parole, souvent voilée, parfois énigmatique, garde pourtant une limpidité profonde : celle d'un homme qui cherche, derrière les apparences, la secrète unité du monde.



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Et si les manuels scolaires ne vous avaient raconté qu'une partie de la vérité ? Derrière les grands récits du XXe siècle – guerres, alliances, révolutions – se cachent des coulisses troubles, des manipulations, des trahisons et des secrets d'État qui ont façonné notre monde bien plus que les discours officiels.
L'historien Éric Branca lève le voile sur certains de ces épisodes méconnus, où diplomatie, services secrets et intérêts géopolitiques ont joué un jeu bien plus dangereux qu'on ne l'imagine.
De la CIA sabotant la France en Algérie aux attentats sous faux drapeau de l'OTAN, des plans cachés du Plan Marshall aux réseaux d'influence de Mitterrand, cette série d'émissions explore les zones grises où se sont décidés les destins de la France et de l'Europe.
Grâce aux archives déclassifiées et aux témoignages des acteurs directs, servi par une analyse implacable, Éric Branca nous plonge dans les rouages obscurs du pouvoir, là où se trament les guerres, se négocient les trahisons et s'écrit, souvent dans le sang et à l'abri des regards, l'Histoire avec un grand H.


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La vie de Gabriele D'Annunzio ressemble à s'y méprendre à un grand roman d'aventures et d'amour. Enfant prodige, D'Annunzio s'impose par l'or brillant et brûlant de sa plume, dans une recherche effrénée du succès et du plaisir. Chevalier troubadour en quête d’absolu, couvert de dettes et de femmes, D'Annunzio incarne le culte du moi jusqu'au paroxysme.
Son entrée en politique fait scandale : élu de droite, il préfère siéger dans les rangs de la gauche, s'exclamant : "Je vais vers la vie !". Ses amours tumultueuses avec la Duse, son exil fécond à Paris et à Arcachon d'où naîtra Le martyr de Saint Sébastien de Debussy, son rôle majeur dans l'entrée en guerre de l'Italie aux côtés des alliés, suffisent à forger la légende vivante du poète-soldat.
De cette œuvre gigantesque et protéiforme qui inclut le théâtre, le cinéma, le journalisme, émerge une veine poétique d'une extrême inventivité. Tirant les leçons du symbolisme, D'Annunzio célèbre la communion avec la nature, la femme, n'hésitant pas à entrer en polémique avec les valeurs chrétiennes dans le sillage nietzschéen du Zarathoustra.
Émission "Une vie, une œuvre", produite par François Caunac.