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La critique de la valeur, développée en critique de la valeur-dissociation, ne permet pas seulement une refondation théorique à partir et au-delà de Marx, mais aussi des relectures critiques d'autres développements théoriques. Nuno Machado a récemment procèdé à une relecture décisive de la critique de la valeur chez Marx et Robert Kurz, mais propose aussi une metathéorie qui ouvre sur des relectures, notamment de Pierre Bourdieu. C’est dans cette même perspective qu'Ivan Recio s'adonne à une relecture d'André Gorz.
Alors que c'est le dernier Gorz qui est souvent rapproché de la critique de la valeur, le reste de son œuvre est trop vite qualifié comme relevant du marxisme traditionnel. Pourtant, Ivan Recio nous montre qu'un croisement à contre-courant, entre le premier André Gorz – le plus éloigné dans le temps de la critique de la valeur - et la critique de la valeur-dissociation, telle qu'elle s'est développée après la disparition de Gorz, serait très fécond pour déployer certains développements devenus clés comme celui de la critique de la forme-sujet, mais aussi à propos d'un concept plus classique, celui de fétichisme.
Il ne s’agit pas de plaquer la critique de la valeur sur André Gorz ni de dire que Gorz serait un "théoricien critique de la valeur" avant l’heure, mais de procéder à une relecture originale de ses premiers écrits, et d'en montrer une radicalité méconnue, qui serait à réaffirmer dans le cadre de la critique de la valeur-dissociation.


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La ruée vers l'or du Klondike c'est celle du film de Charlie Chaplin. Elle concerna des dizaines de milliers d'américains entre 1896 et 1899.
Parmi eux, il y avait l'écrivain Jack London. Jeune homme pauvre d'une vingtaine d'année, il était déterminé à s'arracher à sa condition et voulait devenir écrivain. Jack London ne revint pas cousu d'or de son expédition en Alaska, mais il rapporta du Grand Nord la matière précieuse qui nourrira les nouvelles et romans qui feront plus tard sa gloire et sa fortune.
Émission "Les Nuits magnétiques", produite par Jean-Pierre Milovanoff et Mehdi El Hadj.


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Aucune nation n'échappe à ses mythes fondateurs. Les récits des origines fortifient la construction nationale. Ils font partie de notre identité et de notre imaginaire, souvent à mi-chemin entre la réalité et la fiction.
La Chanson de Roland est aujourd'hui un classique de la littérature française. Qui n'a pas entendu, lors de sa scolarité, l'histoire du neveu de Charlemagne, de l'arrière-garde traîtreusement attaquée par les Sarrasins, du son du cor de Roland ? Au milieu du XIXe siècle, pourtant, personne encore ne connaît ce texte. Il faut attendre la défaite de Sedan, en 1870, pour qu'advienne sa consécration : le médiéviste Gaston Paris donne alors dans Paris assiégé par les troupes allemandes, une conférence sur "la Chanson de Roland et la nationalité française". C'est à l'inquiétude qui règne autour de la définition du concept de "nation" que Roland doit ce succès tardif.
Face à l'histoire des princes et des États qui prévalait jusqu'alors, comment écrire l'histoire des peuples ? Parmi les nombreux textes fondateurs des identités nationales européennes, combien de faux, combien d'interprétations erronées, combien d'écarts à la vérité historiques ? Finalement, les mythes nationaux ne seraient-ils qu'un tissu de mensonges ?
Émission "Le Cours de l'histoire", animée par Xavier Mauduit.




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Après la chute de l'Empire romain d'Occident, l'Europe se rétrécit, livrée aux invasions, à l'insécurité, au délitement de ses institutions. Le féodalisme, mélange d'attachement à la terre et de serments liant les hommes, fut la réponse du Moyen Age à l'effondrement, et la source d'un renouveau éblouissant : édification des cathédrales et essor urbain, financement des croisades et de la Reconquista.
Les institutions féodales européennes - vassalité, corporations, interdit de l'usure, douanes intérieures, etc. - ont été caricaturées par les Modernes. Leur esprit nous est restitué par Guillaume Travers : celui d'un monde de communautés plus que d'individus, subordonné à des valeurs spirituelles et guerrières plutôt qu'à des intérêts matériels.
Entrer dans la société féodale, c'est donc trouver un contre-modèle au capitalisme libéral.
Émission du "Libre Journal des historiens", animée par Philippe Conrad.


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Peut-on se passer de la confiance ?
La confiance est bien plus qu'une attitude face au risque : elle est relation au monde. Or, nos relations au monde (aux objets, aux personnes, aux institutions) sont toujours davantage médiatisées par les dispositifs numériques que nous utilisons chaque jour.
Quel impact cela a-t-il sur les relations de confiance ?


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Heinz Wismann est un Allemand qui non seulement écrit en français mais vit et enseigne en France. Il est à la fois l'un des meilleurs hellénistes spécialistes de la philosophie grecque, et notamment des penseurs présocratiques, et un des meilleurs connaisseurs de l'herméneutique allemande des XIXe et XXe siècles.
Penser entre les langues veut donc dire ici à la fois entre la France et l'Allemagne – ce qui pour quelqu'un né en 1935 n'est pas une situation anodine – et entre ces deux langues et le grec (ainsi que le latin). Il nous offre l'exemple très rare d'une pensée aussi exigeante que souriante, incisive que dénuée de toute vanité, éclairante que stimulante.
Émission "Midi Magazine", animée par Clarisse Herrenschmidt.


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C'est une esquisse des relations russo-américaines qu'Emmanuel Todd, cette fois en qualité de prospectiviste, nous propose ici. À la lumière des indicateurs démographiques, plus fiables que les indicateurs économiques, et en spécialiste des systèmes familiaux, il nous démontre que de la société américaine et de la société russe, la plus malade n'est pas celle que l'on croit.
Il confesse enfin sa crainte que les États-Unis, pour lesquels il conserve une irrépressible affection, ne connaissent le sort de l'URSS dans une réédition de la chute finale....


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60 ans après la mort de l'auteur de Voyage au bout de la nuit, des manuscrits mystérieusement disparus dans la confusion de la fin de la guerre ont refait surface. Reconnaissables aux pinces à linge avec lesquelles l'écrivain aimait faire sécher ses pages sur une modeste corde à linge, ces 6000 feuillets représentent une découverte sans équivalent dans l'histoire littéraire.
Pensez donc : un roman de 600 pages, Casse-pipe, qui vient enfin compléter la trilogie initialement composée de Voyage au bout de la nuit et de Mort à crédit, deux romans qui ont fait la gloire de Céline. Mais aussi deux autres romans inédits, Londres et Guerre, qui traitent du séjour de Céline à Londres en 1915 et de la Première Guerre mondiale. A quoi il faut ajouter le manuscrit complet de Mort à crédit, des lettres de Céline, et bien d'autres textes encore...
Depuis le mois d'août 2021, et l'annonce de leur découverte, les Céliniens et le monde de l'édition française sont en émoi. Mais au-delà du contenu même de ces feuillets, c'est leur trajectoire qui donne à l'affaire toute sa couleur.
Jean-Pierre Thibaudat, ancien critique au journal Libération, pas du tout spécialiste de Céline, a révélé en être le gardien depuis que les descendants – à ce jour anonymes – de ceux qui les ont dérobé, en 1944, lui avait confiés cette manne littéraire, une quinzaine d'années plus tôt. Provoquant la colère des ayant-droits de Céline, et une bataille judiciaire autour de ce trésor de papier, d'une valeur estimée à plusieurs millions d'euros.
Émission "Affaires sensibles", animée par Fabrice Drouelle.


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Les nouvelles thématiques de lutte contre le racisme renouvellent l'approche du concept de race. On a ainsi pu parler d'un racialisme antiraciste. Ce renouvellement, et le nouveau vocabulaire qui l'accompagne, est à l'origine de nombreuses polémiques dont il conviendra d'examiner quelques-uns des enjeux.
Nous verrons notamment que dans sa volonté de disqualifier l'antiracisme "moral" pour lui opposer un antiracisme "politique", il prend le risque d'essentialiser des catégories que la démarche antiraciste est supposée déconstruire. Mais il manifeste également une précieuse façon de donner à entendre la parole des victimes, et il oblige à un effort définitionnel du concept de racisme.
Aussi, à condition d'éviter les impasses d'une stricte épistémologie du point de vue, peut-il servir à dégager les invariants du racisme et, corrélativement, à fournir les moyens théoriques de refuser la concurrence victimaire.


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La réflexion sur la modernité semble indissociable d'une méditation sur ses limites. C'est probablement pourquoi on parle si souvent d'un malaise dans la modernité. Le conservatisme exprime philosophiquement ce malaise. Aujourd'hui, il tend à se radicaliser et se traduit peut-être même politiquement avec ce qu'on appelle plus ou moins confusément le populisme.
Retour sur ce "malaise dans la modernité" avec la philosophe Chantal Delsol.
Émission "Les idées mènent le monde", animée par Mathieu Bock-Côté.


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Professeur émérite, Gérard Conio est spécialiste de littérature russe. Ses inlassables efforts de traduction, d'édition et son implication dans l'organisation de nombreuses expositions ont permit au public francophone de mieux comprendre la production artistique et littéraire en Russie et sous le régime soviétique, notamment le mouvement nihiliste qui joua un grand rôle dans l'évolution intellectuelle de ce pays et dont les soubassement philosophiques résonnent beaucoup avec notre époque contemporaine.
Émission du "Libre Journal d'Aude de Kerros".


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Les théoriciens de l'économie du XXe siècle ont tantôt présenté l'État comme une solution, tantôt comme un problème.
L'intégration, dans la pensée sur l'Etat, d'idées issues du management propres au secteur privé est de plus en plus répandue au sein des démocraties libérales. Ces dernières semblent être attirées par le prétendu idéal scientifique des théories et des pratiques managériales : ce processus est connu sous le nom de New Public Management.
Thibault Le Texier et Nicolas Matyjasik nous rendent attentif à ce qui a rendu possible ce mélange de genres, ses difficultés et les conceptions alternatives de la gestion étatique au XXIe siècle.
Une conférence animée par Anna C. Zielinska.