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Il existe une gémellité entre le droit et l'architecture, en particulier entre le droit romain et l'architecture à l’antique : ces deux disciplines ont même principe et même finalité. Tous deux, savoirs de la différence et des arts de la distance, sont au service non seulement de la civilisation, de l'organisation de la cité, mais plus fondamentalement encore de l'hominisation, de l'institution de l'homme en tant qu'homme.
Citant Vitruve et son récit des origines de la société, il rappelle que le but de l'architecture consiste, non pas à rassembler les hommes mais au contraire à ménager entre eux de l'espace pour en desserrer l'étouffante promiscuité, "à créer de la distance".
Il en va de même pour le droit. Pierre Caye défend l'idée que les différentes distinctions que Kant établit de la propriété (en la justifiant par le maintient des hommes à distance "respectueuse" les uns par rapport aux autres) reprennent les différences fondamentales du droit romain. Fonction architecturale et fonction juridique assurent une certaine distance dans le tissu social.
Pierre Caye voit dans la différence que fait Vitruve entre le projet et le chantier d'une construction, une caractéristique juridique qui rappelle la différence constitutive du droit, entre le fait et le droit.


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Quelle a été la matrice idéologique des fascismes ? Les régimes de l'Italie fasciste et de l'Allemagne nazie partagent-ils une similarité de structure ? L'exercice de la dictature a-t-il contribué à reconfigurer l'idéologie qui avait pourtant été à l'origine de la naissance même du régime ?
Autant de questions auxquelles l'historien Olivier Dard, spécialiste de la période de l'entre-deux-guerres, donne réponse en se basant sur les recherches historiques les plus récentes.
Émission du "Libre Journal des historiens", animée par Philippe Conrad.


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Selon un sondage IPSOS de 2017, seuls 19 % des Français sont favorables à la chasse, tandis que la grande majorité la juge dangereuse, cruelle pour les animaux et d'un autre âge. Pourquoi la chasse perdure-t-elle ? Qui sont les chasseurs ?
Dans un contexte de crise de la biodiversité, la chasse est-elle un point d'observation pour interroger nos rapports contradictoires au vivant ? Les premières enquêtes de Charles Stepanoff ont porté sur le chamanisme à Touva en Sibérie méridionale puis ses travaux se sont ensuite étendus aux rapports à l'environnement à travers la chasse et l'élevage chez les populations de la taïga. À partir de ces enquêtes, il étudie les multiples façons dont les humains établissent des liens et communiquent avec des êtres non humains : divinités, esprits, plantes ou animaux.
Depuis 2018, il mène des enquêtes ethnographiques sur les relations aux animaux sauvages et domestiques dans le contexte de la chasse et de l'élevage en France. Il vient de publier L'animal et la mort. Chasses, modernité et crise du sauvage dans lequel il déploie une véritable ethnographie de la chasse rurale. Une enquête d'immersion qui l'a mené aux confins du Perche, de la Beauce et des Yvelines auprès d'habitants locaux pratiquant des modes de chasse qu'ils présentent eux‑mêmes comme "paysans" ou appartenant à des équipages de chasse à courre, mais aussi auprès de militants hostiles à la chasse.
Émission "La Terre au carré", animée par Mathieu Vidard.


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Ami et correspondant de Marcel Proust, esthète raffiné fou de musique et amateur éclairé de jardins, Jacques Benoist-Méchin fut aussi un homme politique engagé dans la Collaboration durant la Deuxième guerre mondiale, un biographe passionné (Julien l'Empereur, Frédéric de Hohenstaufen, Bonaparte, Lyautey…) et un historien de premier plan (Histoire de l'armée allemande), grand connaisseur du monde arabe.
Auteur d'une récente biographie à son sujet publiée aux Éditions Pardès, Thierry Bouclier vient nous parler de sa trajectoire et de son oeuvre.
Émission "Les idées à l'endroit", animée par Rémi Soulié.


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La liberté est-elle un pouvoir neutre et indifférencié de choix et d'action qui est octroyé à tout individu, et qu'il exerce identiquement avec tout autre, ou n'est-elle pas plutôt une capacité qui n'échoit qu'à lui seul d'accomplir son être propre dans ce qu'il a d'unique ?
En souscrivant à la seconde branche de cette alternative, Claude Romano s'efforce de préciser les conditions de possibilité de qu'il appelle "liberté intérieure", c'est-à-dire la capacité de vouloir et de décider en l'absence de conflit intérieur, de telle manière que cette volonté et cette décision expriment l'être que nous sommes et manifestent un accord de cet être avec lui-même.
En soulignant les limites de la conception largement dominante de cette liberté comme une subordination de nos désirs et tendances affectives spontanées aux "désirs de second ordre" qui découlent de notre réflexion rationnelle, Claude Romano défend une conception originale de l'autonomie qui rejette une telle hiérarchie.


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Sans débat, pas de démocratie, répète-t-on à l’envi. C'est encore plus vrai dans le monde des idées. La philosophie crève de ne plus débattre, sinon en vase clos. Tout le contraire de Renaud Camus et d’Olivier Rey. Quand l'auteur de La Dépossession rencontre celui d'Une question de taille, cela donne une rencontre au sommet.
Une rencontre qui se veut le début d'une réponse écologique à la fois radicale et enracinée à opposer à la technique sans âme et au marché sans loi qui nous dépossèdent du monde que nous aimons.
Un échange modéré par François Bousquet.


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Avec l'explosion d'Internet et des chaînes câblées, rien de plus banal aujourd'hui que d'avoir accès à des images X. Il faut en prendre conscience : la majorité des adolescents, à l'âge de treize ans, a déjà vu du porno. Questionnaires et entretiens à l'appui, Michela Marzano a mené une enquête rigoureuse auprès de filles et de garçons, âgés de quinze à dix-neuf ans.
Cette étude sociologique révèle des réactions très diverses, parfois pertinentes, parfois déroutantes, qui aideront les adultes à mieux comprendre les doutes et angoisses que nourrit tout adolescent au sujet des rapports sexuels. Certains sont persuadés que la pornographie "colle avec la réalité". D'autres banalisent l'acte sexuel au point que des garçons croient "pouvoir tout faire avec les filles faciles, celles qui portent des minijupes". D'autres encore pensent que les images X servent à "donner aux garçons envie de coucher avec leur copine".
Comment faire alors pour que les jeunes, dont l'imaginaire sexuel s'est construit bien loin des points de repère de leurs aînés, ne se réfèrent plus à des idées confuses ou déformées ?
Émission "Planète Féministe", animée par Marie-Anne Juricic.


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Objets connectés, assistants personnels, robots conversationnels, voitures autonomes... L'intelligence artificielle sous toutes ces formes accompagne notre quotidien, preuve de notre constante progression scientifique et technologique. Mais comment s'articulent tous ces dispositifs avec nos individualités, nos désirs ou nos représentations du monde qui nous entoure ?
Professeur à Sciences Po Paris et directeur du médialab, Dominique Cardon nous introduit le sujet avec un peu d'histoire et partage sa vision de sociologue sur l'intelligence artificielle et les impacts qu'elle a dans nos vies.
Un sujet passionnant qui touche plus encore à l'éthique et à la politique qu'à la technique.


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Alors même que le renforcement de l'eugénisme depuis quelques décennies déjà est palpable, il demeure encore dans le non-dit, masqué par les périphrases, les euphémismes et autres effets de langage, comme, par exemple, la notion de "santé reproductive".
Avec ceci, et depuis ses origines, l'eugénisme est rapporté non pas seulement à un objectif de pureté raciale, mais aussi, de manière concurrente, à l'idéal progressiste d'une société hybride, tant sur le plan du métissage biologique ou transhumaniste, que sur celui, sociologique, du relativisme multiculturel. Sous ces variantes se tapit pourtant la permanence d'une obsession : maîtriser l'humanité en en maîtrisant la reproduction, sur fond d'utilitarisme malthusien et de matérialisme philosophique. Sous ses divers avatars, l'eugénisme apparaît ainsi comme l'un des visages de l'idéologie moderne.
Ce sont ces évolutions et ces permanences que questionne ici Guilhem Golfin.


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Spécialiste du Brexit et des politiques européennes, l'économiste et politologue Jean-Michel Salmon nous livre une analyse de la situation politique et économique du Royaume-Uni depuis que le Brexit a été engagé. Et alors que Boris Johnson vient d'anoncer sa démission, il est plus que nécessaire de rester lucide pour comprendre en quoi le processus de sortie de l'Union européenne reste un enjeux de première importance.
Sommes-nous en train d'assister à un putsch politique orchestré par les Anti-Brexit ? Le Brexit, rappelons-le, est une question beaucoup plus politique que technique : les Britanniques arriveront-ils finalement à se débarrasser de l'Union européenne, ce projet anti-démocratique qui va droit dans le mur ?


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Le "post-modernisme" fait fureur dans certains milieux intellectuels et militants. Sous l'influence des sciences sociales américaines, les "déconstructeurs" s'attachent à rendre visibles sous chaque idée ou comportement les multiples dominations, car dans ce monde où le pouvoir est partout, "personne n'est innocent". L'anthropologue anarchiste David Graeber a dénoncé cette posture, qui ne prend pas en compte les luttes, passées et actuelles, contre l'exploitation et l'aliénation dans la société capitaliste : "on reste dans la perspective que le pouvoir est l'ingrédient de base de toute chose, qu'il n'existe aucune échappatoire à un système totalisant".
Dans ce monde désertique, il n'existe plus de valeurs universelles. Chaque individu peut cumuler plusieurs discriminations (noir, homosexuel, âgé…), que l' "intersectionnalité" est chargée de relier tant bien que mal. Isolé dans la multitude, il doit se bricoler une identité "floue", liée à la façon dont il se perçoit lui-même.
Le camp "décolonial" avec notamment les "indigènes de la République", utilise les concepts de "racisation", "blanchité", "fragilité blanche", et affirme la permanence en chaque blanc de l'être colonial, notion essentialiste. Descartes est à mettre aux oubliettes, car "la maîtrise de la logique est un privilège blanc"...
Dénonçant l'émergence de ces théories, qui séduisent notamment les gauches "radicales", Renaud Garcia, philosophe de tradition anarchiste, avait publié il y a six ans Le désert de la critique – Déconstruction et politique, qui avait eu un écho important, notamment chez les "déconstructeurs" de tous bords, qui l'ont compris comme une menace.
Constatant la présence grandissante de ces "nouveaux chiens de garde de la post-pensée", l'ouvrage est aujourd'hui disponible en édition de poche, complété par une préface de 60 pages.
Émission "Trous noirs", en compagnie de Freddy Gomez et Nedjib Sidi Moussa.


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Jules Guesde est l'une des personnalités les plus marquantes de la gauche française et l'une des plus controversées. Militant infatigable et brillant orateur, il est l'un des premiers à introduire la pensée marxiste en France et à vouloir structurer le monde ouvrier par un parti politique afin de s'opposer au capitalisme. Malgré son intransigeance et son dogmatisme, Jean Jaurès choisit de s'allier avec lui. Le "guesdisme" fut ainsi déterminant dans la fondation du parti socialiste français et son vocabulaire de la "lutte des classes" aura marqué tout le XXe siècle.
Jean-Numa Ducange nous fait découvrir ces deux hommes politiques hors normes de la Troisième République dont les échanges et collaborations sont encore assez méconnus et qui ont grandement influencé l'histoire du socialisme en France.