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Depuis plus d'un siècle, le mot fascisme est employé pour fustiger tout régime autoritaire ou dictatorial, alors qu'il ne s'applique en fait qu'à un pays et à une époque particuliers. Même les historiens les plus chevronnés font pour la plupart l'impasse sur la fabrique intellectuelle, par Mussolini en personne, d'une vision de l'homme et de la société dont on ne trouve l'équivalent nulle part dans l'Europe de l'entre-deux-guerres.
Militant d’extrême gauche et adepte du syndicalisme révolutionnaire avant la Première Guerre mondiale, cet autodidacte s'est projeté dans un nationalisme et un bellicisme forcenés durant le conflit.
Farouchement hostile au libéralisme politique et économique, il prône une révolution par le haut, c'est-à-dire par l'État devenu tout-puissant et les institutions afin d'établir un ordre "totalitaire". L'encadrement rigoureux de toute la population, de la naissance jusqu'à la mort, et la répression des oppositions sont au fondement d'une révolution culturelle dont même Mao Zedong n'a jamais rêvé. On idolâtre la guerre pour elle-même, on exalte le "futurisme" pour mieux rompre avec le monde d'avant car le fascisme se veut un modernisme.
Lucien Jaume, en s'appuyant sur les textes et les discours du régime, parvient à pénétrer dans les arcanes d'une pensée complexe mais cohérente. En contrepoint des études purement historiques, il apporte une contribution nouvelle à la compréhension du fascisme mussolinien.
- 0'00'00 : Intro
- 0'02'40 : Contexte des années 1920
- 0'07'11 : Une force catholique en face des fascistes ?
- 0'09'46 : Irrédentisme de D'Annunzio
- 0'13'13 : Itinéraire intellectuel de Mussolini - ses lectures.
- 0'27'19 : Des syndicalistes qui s'intéressent à l'Etat ?
- 0'41'16 : La religion du fascisme
- 0'53'28 : L'antisémitisme sous le fascisme
- 1'02'40 : Est-ce que le culte de Mussolini n'est-il déjà pas anticatholique ? L'Eglise n'est-elle pas la fossoyeuse de la démocratie italienne ?
- 1'11'30 : Le rapport du fascisme à la monarchie
- 1'14'22 : La république de Salò
- 1'20'47 : Le retournement de Mussolini sur le concept de race et la politique antisémite
- 1'28'29 : Opposition entre fascistes et catholiques sur la jeunesse
- 1'30'58 : Outro


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Politiste et président du Cercle Aristote, Pierre-Yves Rougeyron propose une exploration approfondie des grands thèmes structurants de l'histoire et de la société françaises.
À travers des épisodes thématiques, il interroge l'identité, l'enracinement, le sens du passé, la question des frontières, la centralisation, ou encore les modèles politiques, offrant des clés de lecture pour comprendre les défis contemporains de la France dans une optique souverainiste et sociale, à l'image du gaullisme dont il se réclame.
Une série d'interventions qui s'adresse à tous ceux qui souhaitent dépasser l'actualité immédiate pour saisir les racines profondes des crises actuelles et qui veulent s'armer -intellectuellement parlant !- pour faire face aux enjeux qui nous attendent.


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Le totalitarisme n'est pas qu'un accident de parcours. Loin d'être lié à l'irrationalité d'un prétendu fou furieux (Staline, Hitler…), il correspond à une tentation de la rationalité elle-même, et plus spécialement de la philosophie, avec sa pente à faire système, à dissoudre le particulier dans le général, à résorber l'autre dans un concept, à perdre les visages au profit des idées.
Emmanuel Lévinas est le penseur du XXe siècle qui, singulièrement, obstinément, remonte la pente et renverse la perspective : la vérité n'est plus dans le dévoilement de l'être mais dans la révélation de l'autre ; elle n'est pas d'avoir le dernier mot, mais de se tenir dans la première écoute. Ainsi le visage d'autrui reste irréductible, si faible, si ignorant soit-il, il est toujours le maître qui m'investit dans ma responsabilité et rend absurde toute tentative de totalisation savante.
Fabrice Hadjadj, cependant, nous parle d'abord de sexe. C'est en partant de l'érotique qu'il arrive à l'éthique, car c'est un fait trop peu remarqué chez ceux qui étudient Lévinas, mais qui résonne fortement aujourd'hui : l'ouverture à la transcendance a son fondement dans le désir, et plus concrètement dans le désir tel qu'il se déploie à travers la différence sexuelle.
C'est en commençant par critiquer l'idée romantique de la fusion et en affirmant le pathétique de la relation amoureuse, où l'autre, qui a pour lui la figure du féminin, reste absolument autre, que Lévinas parvient au sens de la plus exigeante responsabilité.


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Né en 1924, Claude Lefort publie La Brèche en 1968. Il se spécialise auprès du philosophe Raymond Aron sur Machiavel, sans oublier le philosophe Maurice Merleau-Ponty ou la revue "Socialisme ou barbarie" dont il est le cofondateur.
Très vite le trotskysme ne suffit guère à expliquer le stalinisme. Ni le totalitarisme, ni la démocratie. Ses essais -L'invention démocratique en 1981, Essais sur le politique en 1986, Écrire à l'épreuve du politique en 1992- mettent en évidence combien le politique en démocratie est un lieu vide d'où s'articulent droits individuels, civils, politiques et les formes actives du lien social en constante invention.
Parmi les philosophes, il est probablement celui qui a mis le mieux en évidence le caractère inachevé mais aussi constamment créatif de la démocratie. La politique est un jeu entre les rapports de force et les contingences : c'est la nasse du réel dont il faut se défaire et dont nous devons sans cesse déjouer les pièges.
Émission "Le temps qui change", animée par Pascale Werner.


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Philosophe spécialiste du management et de son emprise sur nos sociétés contemporaines, Baptiste Rappin explore les racines profondes de cette discipline qui, au nom de l'efficacité, du pragmatisme et de la performance façonne une nouvelle anthropologie en remodelant nos mentalités et nos représentations.
Comment le management, en tant que "fabrique techno-scientifique de la coopération efficace", engendre-t-il des individus dociles et alignés sur les objectifs de l’Organisation de leur naissance à leur mort ?
- 0'00'00 : Introduction
- 0'01'50 : La nature totalitaire du management
- 0'10'12 : L'emprise du mouvement panorganisationnel
- 0'18'02 : L'absence de sens dans notre société industrielle
- 0'21'42 : Le management, dispositif du capitalisme ?
- 0'26'13 : Du berceau au cimetière, une vie contrôlée et monitorée
- 0'37'27 : L'école : préparer au marché de l’emploi
- 0'39'42 : Le management, ou l'épuisement par l'adaptation
- 0'47'06 : Un monde sans institutions et sans repères
- 0'51'15 : L'entreprise, la première instance de socialisation
- 1'05'21 : Le management face à l'épuisement des ressources
- 1'12'24 : Vers une "refondation" de nos sociétés ?
Un entretien mené par Thomas Arrighi.


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Trois décennies après la fin de la Guerre froide, la popularité du concept de totalitarisme n’a pas faibli. Au cœur des programmes scolaires, et fréquemment employée dans le débat public, la notion est pourtant ignorée voire rejetée par une grande partie des historiens actuels. Ils reprochent au "totalitarisme" d'être une abstraction ne décrivant que superficiellement le nazisme, le stalinisme ou la Révolution française – dont une historiographie très diffusée en a fait la matrice du totalitarisme.
Comment alors comprendre l'omniprésence d'un concept faisant ombre à des clés de compréhension historique plus pertinentes ? L'histoire du terme de totalitarisme nous apprend qu'il est une catégorie plus polémique que scientifique. S'il s'agissait pendant la Guerre froide d'assimiler l'adversaire soviétique au nazisme, c'est-à-dire au dernier degré du mal, le "totalitarisme" sert désormais à disqualifier tout projet ambitieux d'émancipation collective. En expliquant avant tout les crimes des régimes totalitaires par la volonté de transformer le monde d'après un idéal, le concept de totalitarisme insuffle dans la société l'idée insidieuse qu' "il n'y a pas d'alternative" puisque toute alternative à notre monde au nom de l'égalité contiendrait la potentialité d'un crime de masse.
Pour discuter de ces enjeux, Le Vent Se Lève recevait à la Sorbonne le 26 avril dernier, deux spécialistes de la question : Johann Chapoutot, historien spécialiste du nazisme ayant mis en évidence certains traits contre-intuitifs du IIIe Reich : sa « normalité » dans l’Occident du début du XXe siècle, sa « rationalité », ainsi que son caractère anti-étatiste. Ce dernier trait infirme la vision d’un nazisme « totalitaire », compris comme voulant instaurer la suprématie d’un État tout-puissant sur tous les aspects de la vie.
Sophie Wahnich, historienne de la Révolution française. À rebours des analyses faisant de l’épisode de la Terreur la « matrice des totalitarismes », Sophie Wahnich s’intéresse à la violence politique révolutionnaire, non pour la vilipender mais pour l’analyser et la comprendre. Elle souligne la dimension rituelle – destinée à satisfaire un besoin de vengeance populaire par le spectacle – , sacrificielle et paradoxalement émancipatrice – la liberté se fondant sur le sang des aristocrates – de la violence révolutionnaire, elle aussi, irréductible à un quelconque « projet totalitaire ».


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Théorie du genre, privilège blanc, intersectionnalité, écriture inclusive, cancel culture… Tous ces concepts et expressions sont régulièrement mis dans le même sac, voire moqués et caricaturés.
Mais concrètement, qu'est-ce que le wokisme ? Pour certains, rien moins qu'une censure, une idéologie (proto)totalitaire comparable aux pires dérives intellectuelles du XXe siècle. Pour les autres, c'est le devoir d'ouvrir les yeux sur les enjeux du racisme, du genre, du féminisme et de la question post-coloniale.
L'occasion était toute trouvée de débattre du sujet en compagnie de Nathalie Heinich et Romuald Sciora, en évitant les caricatures et l'hystérisation du débat.