La révolution de l'authenticité à l'âge du romantisme. Avec Claude Romano à l'Université Libre de Bruxelles.


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02.05.2022

Le philosophe Claude Romano tente de cerner les apports de la pensée romantique et post-romantique à l'émergence de l'idéal d'authenticité personnelle qui s'est affirmé toujours davantage, depuis lors, dans nos démocraties occidentales et au-delà d'elles. Cette idée d'authenticité articule deux dimensions: tout d'abord, l'idée d'une vérité sur soi-même qu'il s'agit d'atteindre ou plutôt de faire dans sa vie elle-même ; ensuite, l'idée de libre épanouissement de soi ou de réalisation personnelle, ouvrant sur un perfectionnisme moral.
Plusieurs aspects de l'époque romantique permettent de comprendre comment se cristallisent ces deux thèmes : un recul des repères religieux traditionnels, dans le sillage des Lumières, qui ôte à la foi sa sécurité et plonge l'individu dans une forme de désarroi ; solidaire de cette évolution, un vacillement de tout l'univers moral favorisant l'émergence de nouvelles figures interlopes, de nouveaux héros (Faust, Manfred, Vautrin) brouillant la distinction du bien et du mal et tendant à la rendre inopérante ; une nouvelle mobilité sociale, qui efface progressivement les limites entre les classes et inaugure le grand mouvement d'égalisation des conditions souligné par Tocqueville à propos de la démocratie américaine ; en même temps, la montée de ce que le penseur français appelle pour la première fois l' "individualisme" contemporain.
Du fait de ce vacillement général des repères religieux, éthiques, sociaux, l'individu se retrouve seul face à lui-même, en proie à une interrogation angoissée : qui suis-je ? Qui veux-je être ? Que veux-je faire de ma vie ?
Tandis que la question de l'identité personnelle appelait jusqu'au XVIIIe siècle une réponse relativement simple, elle devient une énigme que chaque individu est sommé de résoudre dans une certaine angoisse. Il s'agira de considérer comment la pensée philosophique, mais aussi la littérature et l'art donnent forme à cette interrogation et esquissent différentes voies pour penser l'adéquation à soi-même et l'authenticité.

Où en sont-elles ? Avec Emmanuel Todd pour Marianne TV.


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01.2022

Nous vivons une révolution anthropologique. Nous la sentons dans le mouvement #MeToo, dans la dénonciation du féminicide, dans une critique de plus en plus pugnace de la domination patriarcale. Pourquoi cette montée soudaine d'une conception antagoniste du rapport entre hommes et femmes ?
Dans ses derniers travaux, Emmanuel Todd, informé de ses recherches d'anthropologue, avance que l'émancipation des femmes a pour l'essentiel déjà eu lieu mais qu'elle conduit à des contradictions nouvelles. En même temps qu'à la liberté, les femmes accèdent à l'anxiété économique, à l'anomie, au ressentiment ‑ individuel et de classe.
Pour comprendre notre présent, il retrace, depuis l'origine, l'évolution de la relation homme/femme dans l'espèce homo sapiens. Il mène aussi une large étude empirique de la convergence entre hommes et femmes et des différences qui continuent de les séparer ‑ d'éducation, de métier, de longévité, de suicide ou d'homicide, de comportement électoral ou de racisme. Il montre comment la libération des femmes a permis l'effondrement de la religion et de l'homophobie, contribué au recul de l'industrie, conduit à l'essor de la bisexualité et au phénomène transgenre.
Une démarche qui s'efforce de comprendre, hors des sentiers trop fréquentés de l'idéologie, les paradoxes profonds de notre révolution.

Un entretien mené par Kévin Boucaud-Victoire et Natacha Polony.

Au début est la confiance. Avec Mark Hunyadi pour l'Université catholique de Louvain.


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20.01.2021

Faire confiance, on fait cela tous les jours. Pas une interaction sociale ne pourrait avoir lieu sans un minimum de confiance. Pendant l'épidémie de coronavirus qui gagna notre planète au printemps 2020, aucun concept philosophique ne fut davantage mobilisé : confiance dans les institutions, dans le gouvernement, dans le personnel sanitaire, dans les experts virologues et… les uns envers les autres. Tout se passait comme si le virus avait mis à nu le lien invisible qui tenait notre monde ensemble.
Et c'est justement une chose qui intrigue : qu'elle soit si omniprésente dans nos interactions sociales, et que les théoriciens de la société se soient si peu attachés à la définir. Élaborer une théorie unifiée de la confiance est pourtant loin d'être un exercice purement académique : il en va de la réalité humaine elle-même. Car la confiance est non seulement la force de liaison élémentaire qui nous lie les uns aux autres, mais le cœur de notre rapport au monde en général : au début est la confiance.

Les grandes philosophies. Avec Charles Robin sur Le Précepteur.


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2021

Au fil des siècles, de nombreux courants de pensée ont façonné notre conception du monde et notre manière d'appréhender l'existence : Qu'est-ce que la vérité ? Comment peut-on vivre heureux ? Dieu existe-t-il ? Quel est le sens de notre vie ?
Bien loin du jargon des spécialistes, le professeur de philosophie Charles Robin nous rend accessible les œuvres des plus grands philosophes afin d'en faciliter la compréhension et, pourquoi pas, de nous faire changer le regard que nous portons sur nous-mêmes et sur le monde.
Une initiation sérieuse à une discipline souvent difficile d'accès, dans un langage clair et une atmosphère détendue.

Transformation de la "personnalité" et changements de la société. Avec Alain Ehrenberg à l'Université de Caen.


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02.03.2010

De nos jours, la souffrance et les affects sont mis au centre du questionnement social et ne relèvent plus du seul domaine des pathologies psychologiques. Toutefois, ce discours du malaise est en réalité très "français" - quoique généralement fondus dans une critique des sociétés modernes. Cette particularité s'explique par la tradition française d'égalité et de solidarité dans la protection. Celle-ci suppose que la tension démocratique entre égalité et liberté est insoluble.
De fait donc, l'autonomisation, l'individualisation, apparaît dans l'Hexagone comme un phénomène critique et dangereux, soit comme un facteur de désinstitutionnalisation, de désocialisation, ce qui n'est pas le cas aux État-Unis.
Or, l'opposition entre individu et société peut être dépassée pour permettre de comprendre que la souffrance, les affects, le malaise des individus, sont bien socialement déterminés, et même pérennisés. L'individualisme est un fait collectif et institutionnalisé ; aussi peut-on penser que l'alternative est dans l'individualisme lui-même.
L'intégration sociale et la solidarité pourraient être développées par un renforcement de la personnalité, des capacités individuelles, à travers les institutions. La crise de "l'état social" a accrédité la thèse de la désinstitutionnalisation contemporaine. Mais la responsabilité de répartir les conditions d'agir est bien collective et existante. Aussi, l'empowerment de la personne à la française pourrait être une hypothèse dans le débat sur l'actualité de l'Etat-providence.

Les neurosciences cognitives ont-elles rencontré leur temps ? Avec Alain Ehrenberg sur RCJ.


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2018

De nouvelles sciences du comportement humain ne cessent de prendre de l'ampleur et de susciter l’engouement depuis le début des années 1990 : il s'agit des neurosciences cognitives.
Leur ambition est de faire de l'exploration du cerveau le moyen de traiter les pathologies mentales (comme la dépression ou la schizophrénie) mais aussi de nombreux problèmes sociaux et éducatifs, comme l'apprentissage ou la maîtrise de ses émotions.
Ces sciences sont-elles devenues le baromètre de nos conduites et de nos vies, prenant la place autrefois occupée par la psychanalyse ? L'homme "neuronal" est-il en passe de remplacer l'homme "social" ?

Émission "Médecine au carrefour des sciences", animée par José Cohen et Philippe Grimbert.

Vous avez dit "néolibéral" ? Avec Serge Audier, Barbara Stiegler, Pierre Dardot et Bruno Palier sur France Culture.


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01.2020

Du Colloque Lippmann à la création de la Société du Mont Pèlerin, le concept de néolibéralisme est loin d'avoir connu un parcours unifié et homogène. Les penseurs qui en furent à l'origine ont interrogé la place à donner à l'Etat dans la régulation de l'économie, source de nombreux désaccords.
Compétitif, entrepreneur ou contrôlé ? La théorie néolibérale produit également un certain type d'individu. Celui-ci peut-il échapper aux logiques de cette nouvelle rationalité ?
Enfin, les grandes vagues de dérégulation des années 1980 et 1990 ont nourri, en Europe, l'idée d'un désengagement de l'Etat. Dans ce contexte, le modèle français d'Etat-providence, fruit d'une histoire et d'une tradition politique particulières, est-il menacé ?
Autant de questions auxquelles plusieurs spécialistes reconnus de la question tentent d'apporter des réponses convainquantes.

Émission "Entendez-vous l'éco ?", animée par Tiphaine de Rocquigny.

Bien-être, santé mentale, autonomie. Avec Alain Ehrenberg pour l'Université de Montréal.


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06.05.2021

Plus que jamais la question du bien-être est au cœur de nos vies et de nos préoccupations : mais quel rôle lui donne-t-on vraiment dans nos vies personnelles, professionnelles et plus largement dans notre société ?
Le sociologue Alain Ehrenberg nous propose une réflexion nous invitant à saisir le grand bouleversement de l'individualisme comme une condition de l'entrée dans la société actuelle, posant alors la valeur de l'autonomie comme un horizon d'attente commun.

Une conférence organisée par l'Institut de recherches cliniques de Montréal qui s'inscrit dans le cadre de la série de conférences en éthique de la santé 2021 : "Bien-être, santé et épanouissement humain".