


(2)
C'est un entreprise proprement pédagogique qu'Antoine Dresse entreprend en proposant une cartographie méthodique des notions, des figures et des controverses qui structurent la pensée politique de droite. Chaque entrée fonctionne comme une fiche claire et synthétique, où l'on croise Joseph de Maistre, Alexis de Tocqueville ou encore Carl Schmitt.
Objectif : définir, contextualiser, puis relier les concepts à des querelles contemporaines. Mais aussi montrer les continuités et les ruptures au sein de cette vaste galaxie intellectuelle, et mettre en scène les tension internes, entre conservatisme, libéralisme, souverainisme et identitarisme.
En rendant visibles les arguments, leurs limites et, plus que tout, leurs implications pratiques, Antoine Dresse encourage à la réflexion... avant de retourner à l'action.


(2)
Scientia potentia est — le savoir c'est le pouvoir. L'adage prend un tour singulier à l'heure du capitalisme numérique.
1. Technoféodalisme. Né dans le cyberpunk des années 1980, ce concept s'oppose à l'idéologie californienne, qui promettait une cure de jouvence du capitalisme : moins de coûts d'échange, plus de petits producteurs, moins d'État — le fantasme d'une start-up nation. Cette redynamisation n'a pas eu lieu. Dans les années 2020, c'est plutôt le spectre technoféodal qui prend forme : par-delà la conjoncture, un processus de reconfiguration du mode de production est à l'œuvre, où un post-capitalisme régressif apparaît comme un avenir possible.
2. Nouvelles enclosures. Depuis les années 1980, l'extension des droits de propriété intellectuelle, partie des États-Unis, s'est propagée mondialement — suscitant l'opposition des pays en développement et des activistes, notamment en santé, dénonçant ces "nouvelles enclosures". Mais cette privatisation juridique n'est pas la forme la plus puissante de monopolisation. En contrôlant les réseaux d'innovation, en accumulant données et compétences, les Big Tech sont devenus de nouveaux monopolistes. L'évaporation de la concurrence va de pair avec une nouvelle stratification sociale et une remise en cause de la souveraineté des États.
3. Cyber-écosocialisme. Paradoxalement, ces mêmes infrastructures ouvrent des voies pour la crise écologique. La planification à l'ère de l'anthropocène s'inverse : il ne s'agit plus d'accélérer la croissance mais de planifier la décroissance de l'impact biophysique. Et là où le traitement de l'information bloquait la planification au XXe siècle, le numérique permet désormais une connaissance en temps réel du métabolisme terrestre. Cette maîtrise technique ne saurait pourtant se réduire au contrôle : elle doit laisser place au sens, à l'autonomie individuelle, à la diversité des manières d'être au monde. Telle est la voie étroite d'un rationalisme démocratique et tempéré, au service de la justice écologique.


(0)
Il analyse l'évolution politique et sociale de la France depuis une trentaine d'années ; il est à l'origine de la notion d' "archipel français", qui s'est peu à peu imposée dans le débat public pour décrire les divisions et les fractures de notre pays : c'est en fin observateur de l'Hexagone, passionné de géographie, que Jérôme Fourquet revient sur les grandes métamorphoses de la société française.
Quelques jours après les élections municipales de mars 2026, il commente les résultats de ce scrutin primordial, prélude à la bataille présidentielle. Il décrypte les recompositions politiques en cours et l'ascension des forces radicales, susceptibles de redessiner le paysage électoral à l'horizon 2027.
Face à la lassitude qui étreint la classe politique comme les citoyens, face à des institutions au fonctionnement grippé, face au tourbillon des évènements internationaux, nous lui demandons quelles sont les perspectives pour la France de demain.
Un entretien mené par Lauriane Vague.
(1)
On sait que le capitalisme au XXIe siècle est synonyme d'inégalités grandissantes entre les classes sociales. Ce que l'on sait moins, c'est que l'inégalité de richesse entre les hommes et les femmes augmente aussi, malgré des droits formellement égaux et la croyance selon laquelle, en accédant au marché du travail, les femmes auraient gagné leur autonomie. Pour comprendre pourquoi, il faut regarder ce qui se passe dans les familles, qui accumulent et transmettent le capital économique afin de consolider leur position sociale d'une génération à la suivante.
Fruit de vingt ans de recherches, le travail de Céline Bessière et Sibylle Gollac exposer la façon dont la société de classes se reproduit grâce à l'appropriation masculine du capital. Elles enquêtent sur les calculs, les partages et les conflits qui ont lieu au moment des séparations conjugales et des héritages, avec le concours des professions du droit.
Des mères isolées du mouvement des Gilets jaunes au divorce de Jeff Bezos et MacKenzie Scott, des transmissions de petites entreprises à l'héritage de Johnny Hallyday, les mécanismes de contrôle et de distribution du capital varient selon les classes sociales, mais aboutissent toujours à la dépossession des femmes.
Une émission animée par Armel Campagne.

(1)
Revitalisée par la pandémie de Covid et la crise climatique, la décroissance — courant né dans les années 1970 comme troisième voie anti-productiviste face au capitalisme et aux économies planifiées — s'impose aujourd'hui comme une réponse radicale aux désordres de l'économie contemporaine, accusée de nourrir le mal-être social et d'aggraver la crise environnementale.
David Cayla propose une exploration rigoureuse et nuancée de ses principaux concepts. Il examine d'abord la tension entre décroissance et innovation technologique face à l'urgence climatique, avant d'interroger les fondements philosophiques d'un projet qui aspire à libérer la société de l'emprise technologique et à contester le modèle de développement occidental — non sans se demander si cette vision progressiste ne recèle pas une part de passéisme. Enfin, il s'attache à la question décisive de la faisabilité concrète : quelles mesures permettraient réellement de faire advenir une société post-croissance ?
Tout au long de ce parcours, les forces du mouvement sont mises en regard des critiques et des limites qu'il est légitime de lui opposer.


(0)
Une pensée libre, une méthode unique, une voix à part : le démographe et politologue Emmanuel Todd analyse les grands bouleversements géopolitiques, économiques et sociaux qui bouleversent notre monde. Comprendre le chaos mondial avec une grille de lecture singulière et rigoureuse, entre anthropologie, histoire longue et lucidité politique, nous permet de nous décoller de l'actualité immédiate et de ses effets d'annonce pour nous focaliser sur les tendances lourdes qui structurent le devenir des nations.
1. Les États-Unis sont-ils en situation de déclin économique et social ? Donald Trump doit-il être compris comme symptôme d'une fracture civilisationnelle profonde ?
2. Autrefois modèle de rigueur économique et de stabilité, l'Allemagne traverse une crise profonde, entre récession, dépendance énergétique, et fragilisation sociale.
3. S'appuyant sur son ouvrage Les luttes de classes en France au XXIe siècle, Emmanuel Todd dresse un constat alarmant de l'état social, économique et politique de la France. Il décrypte notamment les fractures invisibles qui menacent le pays : paupérisation, crise de l'État, inégalités croissantes, fracture générationnelle, mortalité infantile en hausse et déconnexion des élites, davantage obsédées par l'Ukraine que par le quotidien des Français...
4. Donald Trump ayant déjà passé trois mois à la tête des Etats-Unis, il est possible de dresser un bilan du début de sa mandature. L'occasion pour Emmanuel Todd de mettre en lumière les fractures invisibles de la société américaine : paupérisation, crise de l'État Fédéral, inégalités croissantes et fracture sociale. L'Occident est-il en voie d'effondrement ?
5. Les tensions entre Israël, l'Iran et les États-Unis virent à la guerre : les ressorts profonds de cet affrontement ne seraient-il pas à chercher dans l'effondrement du modèle américain, l'impasse stratégique israélienne, les malentendus sur l'Iran chiite et la société iranienne, le délitement du discours occidental et les risques de prolifération nucléaire ? Une nouvelle "guerre éternelle" peut-elle s'installer ?
6. La France est en crise, avec une dette massive, des mobilisations sociales et une instabilité politique chronique. Elle est aussi le siège d'une revendication égalitaire forte, reflet d'un malaise social profond, sur fond de fragmentation sociale en "archipels", où classes populaires, moyennes et élites vivent séparées et dans un mépris réciproque, nourrissant la crise démocratique et la montée des extrêmes. À l'international, le rapport asymétrique et néocolonial entre l'Europe et les États-Unis devient chaque jour plus évident, pointant vers un futur marqué par l'effondrement progressif de l'Occident, la fin de l'hégémonie américaine et un basculement du monde vers la multipolarité.
7. Alors que l'Occident vit une défaite sans vouloir y croire (militaire face à la Russie, économique face à la Chine), l'Asie redevient naturellement le centre du monde, portée par des géants démographiques et économiques (Inde, Chine, Indonésie), et par des transformations sociales massives — croissance des tailles, allongement de l'espérance de vie, urbanisation fulgurante. Il s'agit également de comprendre la grande énigme démographique asiatique, à savoir des niveaux de fécondité très faibles, et de décrypter la montée des tensions sino-japonaises autour du statut de Taïwan.
8. Loin de libérer les sociétés, le déclin des religions favoriserait un vide collectif et le nihilisme. Emmanuel Todd décrit trois stades (religion active, "zombie", puis zéro) et explore les mutations spirituelles en Occident et ailleurs. Il souligne la difficulté de construire un projet collectif sans cadre religieux ou idéologique, et alerte enfin sur les risques d'uniformisation intellectuelle liés à l'IA.
9. Les tensions internationales actuelles (Ukraine, Iran, Europe) sont analysées à l'aune des dynamiques historiques longues. Emmanuel Todd évoque un Occident en difficulté face à des puissances émergentes, les mutations démographiques et économiques, ainsi que les fragilités européennes. Il s'interroge aussi sur l'avenir politique de la France et, plus largement, sur le déclin démographique et les équilibres mondiaux à venir.
Une série d'entretiens menée par Diane Lagrange.




(1)
La gratitude est le contraire du ressentiment. Et c'est avec cette attitude d'esprit que Mos Majorum et Radu Stoenescu, fondateurs et animateurs des Éditions Carmin, lancent un podcast.
L'occasion d'évoquer les auteurs de leur maison d'édition, leurs idées, mais aussi de commenter l'actualité avec un prisme libéral-conservateur qui détonne dans le paysage intellectuel francophone.


(0)
L'essor contemporain des pays émergents, Chine en tête, oblige à réinterroger l'histoire du capitalisme. Et si la prééminence occidentale n'avait été qu'une parenthèse ? C'est la thèse qu'Alain Bihr développe dans ses travaux : si l'Europe a été le berceau du capitalisme, c'est d'abord à son emprise sur le reste du monde qu'elle le doit.
Il analyse en premier lieu l'expansion commerciale et coloniale amorcée au XVe siècle vers les Amériques, l'Afrique et l'Asie. Par le commerce forcé, l'échange inégal et l'esclavage, des continents entiers sont subordonés à la dynamique capitaliste européenne — non sans résistances. Alain Bihr s'intéresse ensuite la transition du féodalisme au capitalisme, dans ses dimensions économiques, sociales et culturelles : émergence des marchés, proto-prolétariat, manufactures, mercantilisme, mais aussi Réforme, Renaissance, Lumières et naissance d'un individu autonome.
Enfin, il referme la boucle en cartographiant ce premier monde capitaliste, de son centre britannique vers ses marges. Les rivalités européennes, les semi-périphéries baltiques ou méditerranéennes, et les grandes puissances asiatiques y sont analysées avec précision — expliquant pourquoi le capitalisme n'a pu naître en Chine des Ming, tandis que le repli féodal du Japon préparait son fulgurant rattrapage Meiji.
Nourrie des acquis historiographiques les plus récents, son Premier âge du capitalisme en trois tomes allie rigueur analytique et souffle narratif.