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Veblen offre du capitalisme financier, qu'il voit émerger, la conception d'un régime économique fondé sur de nouvelles pratiques commerciales, financières et bancaires qui s'emparent de la production et nous éloignent du capitalisme de Ricardo et Marx. Quand la finance soumet l'industrie, il faut comprendre comment les représentations collectives aliénantes sont autant d'images agissant sur la société.
Veblen est un savant iconoclaste, un briseur de cette économie des images, secret de la nouvelle forme que prend le capitalisme au début du XXe siècle. Une forme qui, depuis lors, a connu bien des avatars déclinés à l'envi grâce aux multiples progrès techniques, mais une forme qui, pour l'essentiel, demeure un principe toujours organisateur du capitalisme.
À cet égard, les dispositifs monétaires et financiers ne peuvent être compris sans prêter attention à l'empire que les vested interests exercent sur le système économique. Veblen soutient que le Système de la Réserve fédérale est, par excellence, une émanation de ces intérêts établis, véritable machine à produire de l'illusion de façon à opérer des transferts de richesses au profit de la perpétuation d'un pouvoir de classe.


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Scientia potentia est — le savoir c'est le pouvoir. L'adage prend un tour singulier à l'heure du capitalisme numérique.
1. Technoféodalisme. Né dans le cyberpunk des années 1980, ce concept s'oppose à l'idéologie californienne, qui promettait une cure de jouvence du capitalisme : moins de coûts d'échange, plus de petits producteurs, moins d'État — le fantasme d'une start-up nation. Cette redynamisation n'a pas eu lieu. Dans les années 2020, c'est plutôt le spectre technoféodal qui prend forme : par-delà la conjoncture, un processus de reconfiguration du mode de production est à l'œuvre, où un post-capitalisme régressif apparaît comme un avenir possible.
2. Nouvelles enclosures. Depuis les années 1980, l'extension des droits de propriété intellectuelle, partie des États-Unis, s'est propagée mondialement — suscitant l'opposition des pays en développement et des activistes, notamment en santé, dénonçant ces "nouvelles enclosures". Mais cette privatisation juridique n'est pas la forme la plus puissante de monopolisation. En contrôlant les réseaux d'innovation, en accumulant données et compétences, les Big Tech sont devenus de nouveaux monopolistes. L'évaporation de la concurrence va de pair avec une nouvelle stratification sociale et une remise en cause de la souveraineté des États.
3. Cyber-écosocialisme. Paradoxalement, ces mêmes infrastructures ouvrent des voies pour la crise écologique. La planification à l'ère de l'anthropocène s'inverse : il ne s'agit plus d'accélérer la croissance mais de planifier la décroissance de l'impact biophysique. Et là où le traitement de l'information bloquait la planification au XXe siècle, le numérique permet désormais une connaissance en temps réel du métabolisme terrestre. Cette maîtrise technique ne saurait pourtant se réduire au contrôle : elle doit laisser place au sens, à l'autonomie individuelle, à la diversité des manières d'être au monde. Telle est la voie étroite d'un rationalisme démocratique et tempéré, au service de la justice écologique.

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Revitalisée par la pandémie de Covid et la crise climatique, la décroissance — courant né dans les années 1970 comme troisième voie anti-productiviste face au capitalisme et aux économies planifiées — s'impose aujourd'hui comme une réponse radicale aux désordres de l'économie contemporaine, accusée de nourrir le mal-être social et d'aggraver la crise environnementale.
David Cayla propose une exploration rigoureuse et nuancée de ses principaux concepts. Il examine d'abord la tension entre décroissance et innovation technologique face à l'urgence climatique, avant d'interroger les fondements philosophiques d'un projet qui aspire à libérer la société de l'emprise technologique et à contester le modèle de développement occidental — non sans se demander si cette vision progressiste ne recèle pas une part de passéisme. Enfin, il s'attache à la question décisive de la faisabilité concrète : quelles mesures permettraient réellement de faire advenir une société post-croissance ?
Tout au long de ce parcours, les forces du mouvement sont mises en regard des critiques et des limites qu'il est légitime de lui opposer.
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Benoit Bohy-Bunel, au travers d'une lecture serrée de l'ouvrage de Heidegger Être et temps, nous en propose une interprétation matérialiste. Il s'avère que la dualité être/étant pourrait renvoyer, sur le plan économique, à la dualité valeur/valeur d'usage. Mais il s'agit alors de la valorisation nationale allemande, en temps de crise : de ce fait, Heidegger proposerait un anticapitalisme tronqué, et fétichisé.
Le thème de la "dictature du On", selon cette perspective, apparaît comme un thème fondamentalement antisémite. Heidegger, dès 1927, serait déjà non seulement antisémite, mais aussi bourgeois.


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L'essor contemporain des pays émergents, Chine en tête, oblige à réinterroger l'histoire du capitalisme. Et si la prééminence occidentale n'avait été qu'une parenthèse ? C'est la thèse qu'Alain Bihr développe dans ses travaux : si l'Europe a été le berceau du capitalisme, c'est d'abord à son emprise sur le reste du monde qu'elle le doit.
Il analyse en premier lieu l'expansion commerciale et coloniale amorcée au XVe siècle vers les Amériques, l'Afrique et l'Asie. Par le commerce forcé, l'échange inégal et l'esclavage, des continents entiers sont subordonés à la dynamique capitaliste européenne — non sans résistances. Alain Bihr s'intéresse ensuite la transition du féodalisme au capitalisme, dans ses dimensions économiques, sociales et culturelles : émergence des marchés, proto-prolétariat, manufactures, mercantilisme, mais aussi Réforme, Renaissance, Lumières et naissance d'un individu autonome.
Enfin, il referme la boucle en cartographiant ce premier monde capitaliste, de son centre britannique vers ses marges. Les rivalités européennes, les semi-périphéries baltiques ou méditerranéennes, et les grandes puissances asiatiques y sont analysées avec précision — expliquant pourquoi le capitalisme n'a pu naître en Chine des Ming, tandis que le repli féodal du Japon préparait son fulgurant rattrapage Meiji.
Nourrie des acquis historiographiques les plus récents, son Premier âge du capitalisme en trois tomes allie rigueur analytique et souffle narratif.



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Les questions monétaires ont toujours fait l'objet de débats passionnés chez les économistes et dans une partie de la société. Pour certains, la monnaie ne serait qu'un voile qui masque la réalité des transactions économiques. Pour d'autres, il s'agirait au contraire d'un instrument essentiel à partir duquel il serait possible de transformer nos économies en profondeur.
De nombreuses communautés se sont ainsi formées dans l'objectif de se réapproprier la monnaie : monnaies locales, cryptomonnaies, monnaies "libres"… L'avenir est-il aux innovations monétaires ou ces tentatives relèvent-elles du fantasme ?


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Théoricien du courant dit de la critique de la valeur (Wertkritik), Anselm Jappe a grandi à Cologne et dans le Périgord. Après des études à Rome et à Paris, il développe une pensée qui fait le lien entre l'École de Francfort, la théorie Situationniste et les productions d'auteurs comme Robert Kurz, dans l'orbite des revues Krisis et Exit.
Introducteur en France de la critique de la valeur, il se propose d'approfondir la pensée de Marx pour comprendre notre monde contemporain : c'est le fétichisme de la valeur et le narcissisme de l'individualisme qui provoque une crise non pas financière mais une crise de la valeur.
L'occasion d'évoquer avec lui cette analyse de la crise contemporaine et de revenir sur son parcours.
Un entretien mené par Michel Sourget.


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C'est à partir de la critique du fétichisme de la marchandise et de la valeur qu'Anselm Jappe cerne le moment qui est le nôtre. Son ouvrage Crédit à mort est la mise à l'épreuve des théories critiques élaborées à partir des années 80 dans les revues Allemandes Krisis et Exit et par Moise Postone aux Etats Unis, afin de mesurer si elles permettent mieux que d'autres de comprendre ce qui nous arrive.S'il s'agit bien d'une critique marxiste, celle-ci abandonne la centralité du concept de luttes de classes considérant qu'il ne peut plus suffire de changer les modes de distribution des richesses. Cela, parce que la critique de la valeur révèle une contradiction dynamique et interne au capitalisme, dont la crise ouverte en 2008 en serait l'accomplissement. Une contradiction qui conduit nécessairement le capitalisme à la destruction de la valeur et par conséquent de la richesse. De richesse il n'y en à donc plus suffisamment pour relancer le capitalisme social des années 60 : un capitalisme de plein emploi, de salaires élevés et de l'école ascenseur. Pour comprendre cette situation, il convient de saisir la manière dont la valeur se constitue à travers le concept de travail abstrait, du rôle de la technologie dans la diminution de la valeur et le rôle du crédit, de la finance dans la prolongation de l'agonie du capitalisme.Le travail d'Anselm Jappe constitue également une critique de la culture, de la modernité et du sujet, s'appuyant sur le fétichisme de la marchandise comme structure déterminante des formes même de l'agir et de la pensée. Ce que le capitalisme emportera avec lui dans son écroulement, c'est la socialisation telle qu'elle s’est constituée depuis la révolution du capitalisme anglais de Manchester. Un écroulement susceptible de mettre à nu le sujet automate du capitalisme incapable de se socialiser autrement que par l'échange d'unité de valeur.
Un entretien mené par Emmanuel Moreira.