Les sciences sociales sont-elles des sciences ? Avec Pablo Jensen sur France Culture.


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11.05.2018

C’est le propre de toute société que d'essayer de légitimer son propre ordre social afin d'assurer sa pérennité. En Occident, ce sont longtemps les dieux qui ont servi à légitimer les pouvoirs en place, jusqu'aux guerres de religion où il est apparu que la référence à Dieu n'était plus capable de fonder l'autorité politique. C'est alors la science qui a pris la relève.
Mais si les sciences naturelles sont clairement définies, il est loin d'en être pareil pour les sciences sociales. Depuis Galilée, la science moderne est censée prouver sa propre légitimité en construisant des expériences qui répondent à trois critères : être à la fois enregistrables, reproductibles, et résulter d’une seule cause. Ils sont apparemment bien difficiles à atteindre dans le domaine des sciences sociales...

Émission "Matières à penser", animée par Serge Tisseron.

L'identité est-elle identifiable ? Avec Nathalie Heinich sur France Culture.


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27.09.2018

Identité personnelle, identité religieuse, identité de genre, identité nationale... Mais comment définir l'identité ?
La sociologue Nathalie Heinich, auteur du récent Ce que n'est pas l'identité (Gallimard, 2018), met en débat une notion utilisée à tort et à travers, semblant signifier tout et n'importe quoi, pouvant provoquer des réactions épidermiques chez ceux qui ne s'y reconnaissent pas ...
De L'Identité malheureuse d'Alain Finkielkraut à L'Illusion identitaire de Jean-François Bayart, du Malaise dans l'identité d'Hervé Le Bras aux "identités ambiguës" d'Etienne Balibar, de "l'énigme" de Marcel Detienne au Piège d'identité de Gilles Finchelstein, les ouvrages sur l'identité ne manquent pas, et témoignent de la place de choix qu'occupe la notion dans le débat public.
Nathalie Heinich a choisi de définir l'identité au travers de ce qu'elle n'est pas. Délestée, allégée de toutes connotations superflues, l'identité se définit dans la perception qu'on a de nous-mêmes et dans le regard des autres.

Émission "La Grande table idées", animée par Olivia Gesbert.

Quel usage pour les mathématiques en sciences sociales ? Avec Pablo Jensen pour Liberté Académique.


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01.2019

La question se pose depuis la naissance des sciences sociales : peut-on enfermer les comportements humains dans des formules mathématiques ? Parce qu’il répondait résolument par la négative, Auguste Comte avait forgé le terme de "sociologie" pour l'opposer à la "physique sociale" du statisticien Adolphe Quételet. Dans son ouvrage Pourquoi la société ne se laisse pas mettre en équations, Pablo Jensen, physicien féru de sciences sociales, ouvre à nouveau le dossier.
Les économistes, les démographes, les sociologues, les politistes..., constate-t-il, sont tentés par la modélisation mathématique. Pour expliquer la croissance économique, la ségrégation urbaine ou encore les comportements politiques, ils utilisent des fictions raisonnées et ont recours à la simulation informatique. Aujourd'hui, certains spécialistes estiment même que, grâce aux big datas, le comportement humain serait prévisible à 93 %.
Pour montrer qu'en réalité nous sommes encore loin d'un tel résultat, Pablo Jensen ouvre la boîte noire des modélisateurs pour nous montrer à quel point la théorie est bien loin de la réalité des pratiques sociales. Certes, les modèles sont utiles mais les résultats de telles modélisations peuvent se révéler dangereux quand on commence à confondre le modèle avec la réalité sociale qui, elle, est plus imprévisible.
Une belle leçon de science et de modestie qui rappelle que le gouvernement des hommes doit être une affaire de délibération politique et non de calcul rationnel.

Un entretien mené par Vincent Debierre.

Les Gilets Jaunes et la guerre culturelle. Avec Youssef Hindi pour les Gilets Jaunes du bassin cannois.


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24.07.2019

La révolte des Gilets jaunes a pris de court le pouvoir en place et l'écrasante majorité des intellectuels, qui n'ont rien vu venir.
Plus d'une demi-année après le soulèvement initial, quelle est l'état de ce mouvement social ? Quelles ont été ses victoires et ses défaites ? Comment doit-il évoluer afin d'éviter les pièges qui lui sont tendus ?
Autant de questions auquelles le politologue Youssef Hindi répond, en nous rappelant au temps long de l'histoire, des révoltes et des révolutions.

L'archipel français : naissance d'une nation multiple et divisée. Avec Jérôme Fourquet à la Librairie Mollat.


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28.05.2019

En quelques décennies, tout a changé : la France d'autrefois et sa matrice catho-républicaine s'est complètement disloquée. C'est un archipel d'îles s'ignorant les unes les autres qui se dessine sous nos yeux.
Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et stratégies d'entreprise de l'Ifop, envisage d'abord les conséquences culturelles et morales de cette érosion, et il remarque notamment combien notre relation au corps a changé ainsi que notre rapport à l'animalité.
Mais, plus spectaculaire encore, l'effacement progressif de l'ancienne France sous la pression de la France nouvelle induit un effet d' "archipelisation" de la société tout entière : sécession des élites, autonomisation des catégories populaires, formation d'un réduit catholique, instauration d'une société multiculturelle de fait, dislocation des références culturelles communes.
Où allons-nous, dans tout cela ?

Un entretien mené par Jean Petaux.

La portée critique de la sociologie de Michel Freitag. Avec Eric Duhaime à l'Université Nice Sophia-Antipolis.


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10.04.2010

Sociologue d'origine suisse, né à la Chaux-de-Fonds en 1935, Michel Freitag, après des études de droit et d'économie à l'université Neuchâtel, s'est tourné vers la sociologie. Après un doctorat à Paris dans les années soixante sous la direction d'Alain Touraine, il rejoint le département de sociologie de l'Université du Québec à Montréal, tout juste fondée, et y enseignera de 1970 à 2001.
Pour Michel Freitag, il appartient aux sciences sociales, notamment à la sociologie, d'élucider la nature, le sens et la portée des transformations sociales et sociétales en cours, et d'en expliciter les enjeux sociaux et normatifs. Il s'agit là d'une tâche à la fois urgente et cruciale, si l'on considère les divergences théoriques et idéologiques profondes qui existent sur l'ensemble de ces questions.
Et Eric Duhaime, dans cette conférence, d'expliciter les fondements théoriques de son projet ambitieux en revenant sur son ontologie, sa théorie du symbolique et de la pratique sociale, et sa critique de la postmodernité.
La sociologie dialectique Michel Freitag, où l'une des dernières grandes tentatives intellectuelles de penser et d'apporter une réponse qui soit à la hauteur des enjeux civilisationnels qui sont les nôtres.

Une intervention qui s'inscrit dans le séminaire de Franck Fischbach "Connaissance et critique du social".

L'archipel français, naissance d'une nation multiple et divisée. Avec Jérôme Fourquet à la Fondation Jean Jaurès.


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11.03.2019

En quelques décennies, tout a changé : la France d'autrefois et sa matrice catho-républicaine s'est complètement disloquée. C'est un archipel d'îles s'ignorant les unes les autres qui se dessine sous nos yeux.
Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et stratégies d'entreprise de l'Ifop, envisage d'abord les conséquences culturelles et morales de cette érosion, et il remarque notamment combien notre relation au corps a changé (le développement de certaines pratiques comme le tatouage et l'incinération en témoigne) ainsi que notre rapport à l'animalité – le veganisme et la vogue des théories antispécistes en donnent la mesure.
Mais, plus spectaculaire encore, l'effacement progressif de l'ancienne France sous la pression de la France nouvelle induit un effet d' "archipelisation" de la société tout entière : sécession des élites, autonomisation des catégories populaires, formation d'un réduit catholique, instauration d'une société multiculturelle de fait, dislocation des références culturelles communes.
Où allons-nous, dans tout cela ?

Une rencontre animée par Jérémie Peltier.

Affects et croyances : finance, économie, politique. Avec Frédéric Lordon et André Orlean pour Citéphilo à Amiens.


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07.11.2017

Que la politique soit en proie aux "passions", tout le monde l'accordera. Autrement malaisé serait de faire entendre qu'elle ne connaît que cela, que les affects sont son étoffe même. La politique n'est-elle pas aussi affaire d'idées et d'arguments, protestera-t-on, et les "passions" que distorsion de cet idéal d'une politique discursive rationnelle ?
Spinoza bouscule ces fausses évidences. En soustrayant la catégorie d' "affect" à ses usages de sens commun – les "émotions" – il en fait le concept plus général de l'effet que les hommes produisent les uns sur les autres : ils s'affectent mutuellement. Il n'y a alors plus aucune contradiction entre les "idées" et les affects. On émet bien des idées pour faire quelque chose à quelqu'un – pour l'affecter. Et, réciproquement, les idées, spécialement les idées politiques, ne nous font quelque chose que si elles sont accompagnées d'affects. Autrement, elles nous laissent indifférents.
La politique, idées comprises, n'est-elle pas un grand jeu d'affects collectifs ?