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Dans l'histoire de la gauche, Lénine représente l'exigence d'un effort intellectuel de priorisation stratégique au service de l'action. Alors que la gauche française contemporaine souffre d'un déficit de capacité stratégique dans sa manière d'envisager l'actualité politique en fonction de l'agenda électoral, faire retour à Lénine est riche d'enseignement.
À rebours d'un dogme figé, la pensée de Lénine est complexe et changeante, et son rapport au temps, à la conjoncture politique, constitue le fil rouge par lequel elle s'élabore. Sa capacité d'action est liée à son ajustement permanent aux aspérités d'une réalité sociohistorique changeante, tout en maintenant l'exigence révolutionnaire.
Lénine est le théoricien du moment opportun (kairos), ce bon moment pour agir, qui permit l'efficacité révolutionnaire de 1917.


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La Grande Guerre a mis à bas la conviction que les socialistes pouvaient empêcher un tel conflit qui aura vu, majoritairement, des prolétaires tuer d'autres prolétaires.
Cependant, Jean-Numa Ducange remet en question la présentation souvent bien trop simpliste des positions tenues par les socialistes européens face à la Première Guerre mondiale.
Retour sur une histoire tragique qui aura vu l'espérance révolutionnaire se briser contre la force des nationalismes d'Europe.


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La lutte contre le racisme est essentielle et d'autant plus difficile que le racisme se déplace et se transforme. Longtemps, il a semblé que cet engagement n'affrontait pas de problèmes théoriques particuliers : il suffisait de dire non au racisme. Mais, depuis une vingtaine d'années, les choses ont, semble-t-il, changé.
Difficile en effet d'échapper à la floraison conceptuelle liée à la question du racisme. "Privilège blanc", "blanchité", "racisme systémique", "non-mixité", "minorité" : être antiraciste aujourd'hui, ce serait reprendre à son compte ces termes pour s'engager dans ce que l'on convoque comme l'antiracisme politique, seul antiracisme valable, abondamment relayé désormais au-delà des milieux militants. La perplexité suscitée par ces concepts ne serait rien d'autre qu'une crainte devant la radicalité antiraciste et ne conduirait qu'à endosser des discours consensuels, moralisateurs et sans effets palpables, quand elle ne dissimulerait pas un refus voilé du combat antiraciste…
Cette présentation de la question est trompeuse, tout d'abord parce que cet antiracisme politique fait bon ménage avec le néolibéralisme et l'antiracisme libéral qu'il prétend combattre, mais surtout parce qu'il occulte une tradition antiraciste souvent marxiste et républicaine, à visée émancipatrice et universelle. Très loin des caricatures qu'on en a fait, elle permet de pointer les impasses de l'antiracisme libéral tout autant que celles de l'antiracisme politique.