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Les grandes oeuvres littéraires, philosophiques et artistiques dialoguent entre elles et nous appellent. Elles procèdent de la conscience d'une Transcendance, souvent implicite, et nous orientent vers le Royaume de la Beauté et de la Vérité. Toute grande oeuvre est destinée à qui cherche ce Royaume.
Aujourd'hui, le flux mercantile des "biens culturels" voués à l'obsolescence, engendré par le relativisme dominant et qui le nourrit en retour, entretient la croyance que ce Royaume est une chimère pour esprits attardés, obscurantistes, réactionnaires, et qu'on peut mettre sur le même plan les rinçures d'innombrables plumitifs et les oeuvres intemporelles. Celles-ci se reconnaissent d'abord à leur style, à la probité de la langue affranchie de toute obédience à un ordre idéologique ou moral, purifiée des scories de la communication. Une grande oeuvre fonde ce qui demeure.
Elisabeth bart tente de mettre en lumière de telles oeuvres, qu'elles proviennent d'auteurs reconnus, oubliés ou peu connus. Un manifeste pour l'éternité.
Émission "Le monde de la philosophie", animée par Rémi Soulié.


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Elles ont brillé, dans les ténèbres du XXe siècle - cette longue nuit de guerres, de totalitarismes, de barbarie où nous errons encore -, de leur désir de vérité et de cette volonté qui consiste à aimer inconditionnellement. Trois femmes, trois voix qui s'entrelacent sans le savoir en une seule flamme dans la nuit où le Verbe se fait silence, dans trois langues vivantes et soeurs, le français, l'italien, l'espagnol. Si différentes dans leur absolue singularité, elles se ressemblent, toutes trois de la lignée d'Antigone, éminente figure du sacrifice, de l'offrande sans concession, de l'amour sans conditions, du "moi" consumé pour accéder à l'être, sans lesquels il n'est pas de révolte authentique.
Dans le temps de vie qui leur fut imparti, brève et fulgurante trajectoire de Simone Weil (1909-1943), morte à trente-quatre ans, longue vie de Maria Zambrano (1904-1991) du début à la fin du siècle, parcours orienté dès la naissance par la maladie pour Cristina Campo (1923-1977) qui ne connut pas la vieillesse, elles ont eu cette capacité si rare de transformer leur vie en destin. Chacune de ces femmes laisse entendre une voix singulière, libérée de la pesanteur, d'une extraordinaire pureté, voix monacale, dépouillée comme le chant grégorien de Simone Weil, voix transparente aux mythes et aux rites de Cristina Campo, voix où bruissent les fleuves de l'exil, charriant les douleurs et les pleurs secrets de Maria Zambrano.
Émission "Le monde de la philosophie", animée par Rémi Soulié.