Miguel Torga (1907-1995), un homme d'espoir désespéré. Avec Manuel Carcassonne, Clara Crabbé Rocha et Daniel Henri Pageaux sur France Culture.


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10.11.2002

En 1995 disparaissait Miguel Torga, écrivain portugais majeur du XXe siècle, haute figure morale de son pays, auteur d'une oeuvre foisonnante : nouvelles, romans, poésie, fresque autobiographique, pièces de théâtre, Journal - un des grands témoignages de ce siècle.
Il s'appelait Adolfo Correia Rocha, choisit pour pseudonyme Miguel en hommage à Cervantès et Unamuno, Torga du nom de cette bruyère sauvage du Portugal, particulièrement résistante. Esprit rebelle et indomptable, "monolithique" disait-il de lui-même, âpre et rocailleux comme la terre montagneuse isolée et misérable du nord du Portugal où il naquit et vécut l'enfance austère de fils de paysans pauvres, refusant le séminaire, choisissant de partir pour le Brésil où il fut garçon de ferme dans une fazenda.
"J'ai commencé mal et tard. Tandis que les autres partaient du savoir, je suis parti de la souffrance. Aucune porte ne s'est ouverte devant moi sans que je l'enfonce d'abord. J'ai lutté contre la pauvreté, j'ai lutté contre l'ignorance, j'ai lutté contre le temps, j'ai lutté contre les hommes, j'ai lutté contre Dieu et j'ai lutté contre moi-même".
Revenu sur sa terre natale, il devint médecin. Médecin des plus pauvres le jour, écrivain la nuit, partagé entre le bistouri et la plume, toujours taraudé par le doute : "Je lutte avec les mots comme je lutte avec la mort".
Homme réfractaire à toute compromission, Torga combattit la dictature, publia son oeuvre à compte d'auteur, connut la censure et les geôles de Salazar. Cet humaniste intransigeant puissamment attaché à sa terre, "insatiable géographe du Portugal", dit la misère la douleur et la grandeur du peuple portugais.
Homme de passions et de doutes, angoissé et sceptique, il pourfend la médiocrité et la lâcheté humaines dans un souci inaltérable de liberté et de vérité. Miguel Torga, un pessimiste fervent.

Émission "Une Vie, une Œuvre", produite par Françoise Estèbe.