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Cela s'appelle la "toiturophilie". Mais, se référant au grec ancien, l'écrivain Sylvain Tesson a forgé lui le mot "stégophilie" pour nommer cette passion. Depuis son adolescence, elle lui a fait courir les toits des villes, escalader les immeubles, les églises, les cathédrales jusqu'à leurs sommets, pour y passer des nuits entières.
Il s'est ainsi hissé sur les hauteurs de Notre-Dame de Paris des centaines de fois, et c'est en compagnie de Sophie Nauleau, écrivain et productrice de radio, qu'est entreprise l'escalade de nuit du dos et de la flèche. Une aventure nocturne et clandestine, des plus poétiques, mais risquée, sur les toits de la cathédrale.
Suivons-les jusqu'au sommet.


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Le 29 mai 1953, Edmund Hillary et le sherpa Tenzing Norgay atteignaient le sommet de l'Everest, le toit du monde. Mais le 10 mai 1996, en moins de vingt-quatre heures, huit alpinistes, membres de quatre expéditions, y trouvent la mort.
Il y a une loi de l'alpinisme : ce n'est pas avant sa conquête qu'un grand sommet fait le plus de morts, mais toujours après. Que font les hommes, que cherchent-ils là-haut, quand ils poussent la porte des huit mille en sachant qu'elle pourrait se refermer avant qu'ils n'y repassent ? Situant cette quête, autant métaphysique que physique, dans le contexte historique d'un affaiblissement de la révélation religieuse, avec l'apparition des incertitudes au sujet de la mort, Paul Yonnet surprend un usage social et psychologique inédit du vertige. Car le vertige est une catégorie de l'activité humaine.
Les corps à corps de l'homme avec la montagne revêtent alors tout leur sens : loin d'être mutiles, ils sont un moyen pour celui-ci de réaliser la conquête de sa propre condition, de définir son humanité.
Émission "En étrange pays", animée par Gilles Lapouge.


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L'oeuvre de Paul Yonnet, sociologue, essayiste et écrivain, se situe au confluent de trois convictions :
1) L’analyse de l’expérience personnelle est le premier pas vers la connaissance de l’homme, des sociétés qu’il forme et de leur histoire. Certitude très tôt acquise, d’abord par la lecture fondamentale, à quinze ans, du "Voyage au bout de la nuit" de Céline, puis, déplacée dans le champ de la sociologie, lors de ses premières études des phénomènes du loisir. Ainsi a-t-il découvert, en étudiant "la France du tiercé", dont il était naturellement proche, à quel point les acteurs de base du phénomène possédaient une connaissance spontanée savante, et à quel point, à l’inverse, une sociologie de l’extériorité, traitant le social avec désinvolture, véhiculait de contresens et de préjugés. D’où le recours à la méthode de la "participation observante" - séparée des phases ultérieures de l’objectivation.
2) Passionné de démographie, d’histoire (de toutes les histoires), de droit, de psychologie, de philosophie, de littérature, d’anthropologie, mais aussi par les apports des sciences à l’explication des phénomènes sociaux, Paul Yonnet ne conçoit pas que la recherche ni l’élucidation puissent avoir lieu à l’intérieur d’une "discipline" seule, artificiellement recluse derrière les remparts qu’elle a (ou aurait) construits. Ardente obligation de l’interdisciplinarité.
3) La vérité gît dans les livres. Mais il est plusieurs chemins pour y accéder, et notamment la voie littéraire. Il s’ensuit quelques conséquences : il n’est de pensée qu’écrite ; la sociologie, comme la philosophie ou l’ethnologie, est aussi un style et un art littéraire (Raymond Aron, Claude Lefort, Claude Lévi-Strauss) ; l’analyse des oeuvres de la littérature est un temps essentiel de la recherche ; nous pouvons entrer directement dans le cercle magique pour y côtoyer les écrivains (c’est Le Testament de Céline).