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En 1992 naissait aux Etats-Unis un mot et une discipline, l'agnotologie. Ce néologisme désigne une mission scientifique originale, l'étude du non-savoir ou autrement dit des mécanismes par lesquels l'ignorance est produite par la science, volontairement ou non.
Comment l'industrie du tabac a-t-elle par exemple fabriqué de l'ignorance en usant des codes scientifiques ? Pourquoi un modèle de progrès scientifique peut-il conduire à oublier des savoirs ? Et en quoi l'agnotologie peut-elle être perçue comme une vigie dans une époque d'atteintes faites à la méthode scientifique ?
Émission "Sciences chrono", animée par Antoine Beauchamp.


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L'histoire des "marchands de doute" de l'industrie du tabac (santé publique) et du pétrole (changements climatiques) est connue et documentée. Mais les mécanismes de l'ignorance sont un processus complexe à l'intersection de trois dynamiques :
1. quels acteurs produisent l'ignorance et comment (volontairement ou pas, par mensonge, par omission, par négligence, etc.) ;
2. comment l'ignorance est-elle reçue par les individus et les groupes sociaux (par ex. consciemment ou à leur insu, avec crédulité, etc. ?) ; et
3. avec quelles conséquences sociales, politiques et économiques ?
En compagnie du philosophe Mathias Girel, il s'agit de présenter les concepts fondamentaux mobilisés depuis une vingtaine d'années dans le champ des études sur l'ignorance (Ignorance Studies) en ce qu'il présente des textures tout à fait différentes si on la rapporte à des questions ouvertes (thème de l'ignorance scientifique) ou si l'on considère la distribution sociale de la connaissance, comme l'ont montré les études de la censure et du secret notamment.
Elle n'est pas seulement un état mais peut aussi, dans certains contextes, être considérée comme un effet, ce qui ne rend que plus impérieuse l'étude des mécanismes qui conduisent à la produire.
Mathias Girel explorer deux grandes approches : celle qui met l'accent sur les institutions et l'inertie des comportements, et celle qui identifie une dimension "stratégique" dans cette production d'ignorance. Dans les deux cas, il précise la manière dont le public peut se rapporter à cette ignorance produite.