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Une révolution a eu lieu dans les années 60 du XXᵉ siècle. Pourquoi choisir 1966 plutôt que 1968 pour en comprendre la dynamique ?
Antoine Compagnon avance deux raisons à son choix. D'abord une raison personnelle, relevant de ce que Pierre Nora appelait "l'ego-histoire" : "C'est l'année où je me suis éveillé au monde, aux idées (...). C'est l'année où j'ai découvert la France." Mais surtout, 1966 lui apparaît comme "le début de cette seconde Révolution française". Selon lui, "la France a été en guerre entre 1914 et 1962" et ce n'est qu'après cette longue période que les choses commencent à changer. Il compare ainsi 1966 au "89 de la Révolution française", quand 1968 en serait "93, la véritable explosion"...
Jean-François Sirinelli partage ce diagnostic tout en l'élargissant. Pour l'historien, dès "le milieu des années 1960", la révolution est à l'œuvre, et 1968 agit avant tout comme "un accélérateur de particules historiques". Les ferments sont déjà là : télévision dans la moitié des foyers, transformations politiques issues du scrutin de 1965, rupture dans le monde intellectuel et premières avancées décisives pour les droits des femmes.
Émission "Répliques", animée par Alain Finkielkraut.


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Le fascisme s'est d'abord pensé comme un mouvement italien, mais il a rapidement regardé au-delà de ses frontières pour devenir un phénomène européen. En 1932, à l'occasion des dix ans de la "marche sur Rome", Mussolini pouvait même fièrement prophétiser : "Dans dix ans, l'Europe sera fasciste ou fascisée."
L'Italie fasciste s'est donc dotée, dès les années 1920 et encore plus dans la décennie suivante alors que le nazisme la concurrençait sérieusement, de relais et d'organisations affirmant sa présence dans le monde, à commencer par l'Europe. Elle parvint à mettre en place de nombreux réseaux d'influence et de propagande s'adressant aux Italiens comme à tous les Européens qui avaient de la sympathie pour le fascisme ou pour l'Italie.
C'est à ces "passeurs" individuels et collectifs, qui agissaient dans les sphères politiques et culturelles, que s'intéressent Olivier Dard et Jérémy Guedj. De l'Espagne à la Roumanie, en passant par l'Allemagne et la France, il vise à retracer les trajectoires de celles et ceux qui firent du fascisme un mouvement transnational, s'affranchissant des frontières pour créer un espace politique et culturel commun, à l'heure où le modèle italien était considéré comme une alternative à des démocraties fragilisées.
Célèbres ou obscurs, ces "passeurs" répondaient à des motivations et objectifs variés. Ils devinrent les agents d'une Internationale informelle et d'une autre Europe, dont Rome aurait été l'épicentre.



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Sur fond de lutte anti-communiste, la guerre froide et les guerres coloniales ont mis sur le devant de la scène les vocables de "subversion", "anti-subversion" et "contre-subversion".
Depuis lors, ces termes ont été employés de manière confuse, voire indifférenciée, quand ils n'ont pas été associés à une fantasmagorie conspirative.
La première ambition du travail d'Olivier Dard, située à l'interface du militaire et du politique, est de s'attacher à l'archéologie de ces mots, qui se sont progressivement érigés en théories et en concepts. En même temps que le contenu des discours, il évoque les lieux, groupes et figures où ils ont émergé et se sont développés, pour diffuser, sur la base d'une telle grille de lecture, une intelligence des conflits et plus largement du politique.
Loin d'être cantonnées aux discours, ces analyses ont débouché sur des pratiques qu'il s'agit de revisiter en s'interrogeant sur la diversité de leurs modalités de mise en œuvre, comme sur celles de leurs postérités et de leurs usages contemporains.
Émission du "Libre journal de Catherine Rouvier".


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Historien de la philosophie et chercheur en sciences sociales, François Azouvi vient de publier, sur la mémoire de la Résistance et sur celle de Vichy, un essai qui ruine la prétendue déconstruction du mythe “résistancialiste” fabriqué par certains historiens à la fin du XXe siècle.
Français, on ne vous a rien caché. Mais pourquoi de très nombreux citoyens ont-ils cru, après 1970, qu’ils étaient les héritiers d’un passé honteux ?
Conférence :
- 0'01'49 : le travail mémoriel de la 2e Guerre Mondiale en France
- 0'10'40 : mystique et résistancialisme
- 0'29'00 : épuration et divisions politiques à droite (RPF) comme à gauche (PC et goulags)
- 0'35'49 : légitimité et légalité de Vichy
Discussion :
- 0'44'11 : la disparition de la génération de Gaulle dans les années 1970
- 0'56'00 : le rôle du récit mémoriel dans l'édification périodique de la nation.
- 0'59'33 : le syndrome de Vichy dès 1971
- 1'09'00 : polémique autour des propos antérieurs


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Relayé par des dizaines d'historiens depuis Jacques Benoist-Méchin, le mythe d'une armée allemande invincible a longtemps duré. Certes, la Wehrmacht possédait une excellence tactique, un encadrement de qualité, ainsi qu'une souplesse d'action dans l'utilisation des chars et de l'aviation.
Il n'empêche, il s'agit de rétablir une vérité historique en se posant des questions essentielles : quelle était la valeur de cette armée depuis le XVIIIe siècle ? Qu'est-ce que l'art militaire doit à l'Allemagne ? Quelle était la place des officiers dans l'appareil militaire ? Que représente la victoire en Pologne (1939), puis en France (1940) ?
L'historien Jean Lopez renouvelle notre vision et met fin à la légende de la première armée du monde.
Une émission animée par Christophe Dickès.
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En 1924, au moment de sa mort, Vladimir Ilitch Oulionov (1871-1924), dit Lénine, a perdu le contrôle du parti qu'il avait fondé en 1903. En 1943, l'Internationale qu'il avait créée en 1919 a été dissoute par son successeur. En 1991, l'État qu'il avait bâti en 1917 au milieu des ruines s'est effondré.
Pour comprendre cet homme, Jean-Jacques Marie va au-delà des légendes et des jugements moraux et, à la lumière des informations révélées par les archives soviétiques, nous restitue ce que fut la dernière période de sa vie, de 1917 à 1923.
Ni hagiographique ni inquisitorial, le travail de Jean-Jacques Marie permet également de mesurer l'héritage de cet "inventeur politique" hors-norme.
Une intervention qui se fait dans le cadre du séminaire "Lectures de Marx".


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Elle est née en 1918 dans la douleur et l'urgence de la pire des guerres civiles ; elle a été choyée et complice du régime de Staline, mais aussi sa victime, voyant ses meilleurs chefs torturés et fusillés ; elle a su renouveler la pensée militaire et s'est donnée les plus gros moyens jamais réunis. Et pourtant, l'Armée rouge a failli mourir sous les coups de plus agile et plus expérimenté qu'elle, la Wehrmacht. Elle a réussi à surmonter des défaites inouïes, se reprendre, contre-attaquer et détruire son ennemi, mais à un coût abominable. On lui doit en bonne part la victoire de 1945 et... l'asservissement des peuples d'Europe de l'Est.
Jean Lopez raconte le parcours de l'institution militaire la plus originale du XXe siècle. L'armée de Poutine se portant héritière de l'Armée rouge, il y a urgence à comprendre son fonctionnement, ses tares, ses faiblesses et... sa capacité à rebondir !
Une émission animée par Christophe Dickès.


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Philosophe et historien, François Azouvi présente son ouvrage Du héros à la victime, la métamorphose contemporaine du sacré (2024, Gallimard), dans lequel il retrace l'histoire de ce grand bouleversement anthropologique du XXe siècle où le modèle du héros cède progressivement la place au modèle victimaire.
Une conférence animée par Colette Soler.