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Le philosophe Pascal Engel publie Les vices du savoir, essai d'éthique intellectuelle (Agone, 2019), dans lequel il tente de réhabiliter la notion de vérité, trop souvent dénigrée par les pensées relativistes, pour délimiter les contours d'une éthique intellectuelle.
Car si une forme de relégation de la vérité a toujours existé, notre époque est caractérisée par un rapport particulier à cette notion. Dans son ouvrage, Pascal Engel décrit la figure du bulshitter, le "producteur de foutaise", à partir de la notion théorisée par Harry Frankfurt. Paradoxalement, celui-ci ne sort pas à proprement parler de l'opposition entre le vrai et le faux, puisqu'il s'attache malgré tout à démontrer la vérité de son discours. En revanche, c'est le rapport de ses assertions avec la vérité que le bullshitter dénigre.
Cette dimension ambivalente de notre rapport à la vérité rend d'autant plus nécessaire la réhabilitation de cette notion dans le cadre d'une éthique intellectuelle. Pascal Engel montre la spécificité d'une telle démarche, qui associe deux dimension de la vie humaine longtemps divisées : la connaissance et l'éthique.
Émission "La Grande table des idées", animée par Olivia Gesbert.


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Chemises de bûcheron canadien, toast à l'avocat, hamburgers haut de gamme et micro-brasseries... Au tourbillon de consommation qui a caractérisé les Trente Glorieuses et à l'uniformité qui a fait ce que Jean-Laurent Cassely nomme les Trente Génériques et qu'il date d'environ 1990-2010, répondrait le mouvement hipsters, une contre-culture qui tente un retour à des lieux, vêtements et aliments désuets, et recherche l'imitation vintage d'un passé fantasmé.
Dans No Fake, contre-histoire de notre quête d'authenticité (Arkhê, 2019), Jean-Laurent Cassely nous explique ainsi que ce mouvement est principalement porté par les "millenials", les enfants de baby-boomers nés dans les années 1980 et 1990. Pris dans leur quête névrotique du vrai, ils sombreraient en fait dans un monde de l' "hyper vrai", lequel prendrait parfois l'allure d'un nouveau stade du faux.
Loin de vouloir établir une distinction entre une vraie et une fausse authenticité, le travail de Jean-Laurent Cassely vise d'abord à montrer la relativité du concept même d' "authenticité", lequel participerait en fait d'une compétition sociale où l'on se distingue selon notre degré d' "authentique". Or, le vrai troquet aux tables en formica que nous cherchons tous n'a pas été éradiqué par la modernité : il n'a probablement jamais existé.
Émission "La Grande table des idées", animée par Olivia Gesbert.


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Dewey fut longtemps le seul philosophe américain connu et influent, notamment pour ses théories de l'éducation et son engagement politique.
Mais ce qui fait sa spécificité est son épistémologie "expérientialiste", non au sens où elle traiterait la sensation comme un donné, mais au sens où celle-ci est toujours déjà tissée de croyances, qui sont non pas des enregistrements passifs mais des dispositions à agir. En conséquence de quoi la conception deweyenne de la vérité devient une "assertion garantie" et un consensus sur le plan collectif.
Ce rejet de la conception classique de la vérité comme correspondance (avec les faits) et la conception traditionnelle selon laquelle la connaissance théorique prend le pas sur la connaissance pratique nous semble très contemporain, à nous qui avons renoncé aux vérités et aux fins transcendantes, et qui croyons qu'il nous faut inventer nos valeurs et réviser sans cesse nos croyances dans un univers incertain...


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Le monde protestant est en ébullition du point de vue théologique : les grands axes de la foi des Réformateurs – "solus Christus, sola Scriptura, sola fide…" – sont balayés et de nouvelles lignes de fracture se déployent ces dernières années pour se transformer en véritables gouffres…
Henri Blocher, professeur de théologique systématique, nous donne une série de conférences qui doit nous permettre de comprendre d'où viennent les évangéliques, quelle est leur identité au sein des différents courants théologiques qui marquent le christianisme contemporain, et d'identifier les fronts sur lesquels tenir ferme.
Un éclairage nécessaire sur des questions cruciales pour les évangéliques d'aujourd'hui et de demain.


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Les "fakes" (fausses nouvelles), les théories du complot, l'intoxication en ligne ou la prolifération des faits dits alternatifs ou de révélations imaginaires, tout cela mobilise des vérificateurs et dénonciateurs dans la presse, dans les gouvernements et même chez les grands du Net. La montée du faux est sensée expliquer des votes irrationnels (Brexit, Trump), voire annoncer une ère de la "post-vérité" où les masses deviendraient comme indifférentes aux faits vérifiés. Au final, ce seraient autant de menaces pour la démocratie.
Chacun peut-il choisir les versions de la réalité conformes à ses préjugés et les communautés en ligne vont elles s'isoler de plus en plus dans des univers imaginaires partagés au détriment de la vérité commune ? Si tel est le cas, il faut se demander pourquoi une fraction de la population est devenue si rétive aux évidences que professent médias ou experts, d'où vient ce scepticisme de masse et comment se propage l’affabulation.
Prolongeant ses travaux sur la désinformation, François-Bernard Huygue montre les ressorts culturels, psychologiques et technologiques de la prolifération des impostures et délires. Il analyse aussi la coupure politique entre des élites convaincues que leurs convictions raisonnables ne peuvent être remises en cause que par volonté de manipulation et, d'autre part, des communautés "anti-système" insensibles au pouvoir des médias classiques. Il pose aussi la question de l'impuissance idéologique à maintenir un consensus sur le réel et analyse également le pouvoir inédit des technologies de communication et le conflit entre les médias, les vieilles machines à faire-croire et les nouveaux réseaux du croire ensemble.
Une conférence organisée par l'association "Rencontres et Débats Autrement".


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L'adage nous enseigne que "la réalité dépasse souvent la fiction". Et s'il s'agissait, simplement, de la fiction qui devenait realité ?
Car au fondement des tentatives acharnées mises en place par le pouvoir pour remodeler les individus et leur comportement, il y a une idée fondamentale : le constructivisme intégral. L'une des constantes de l'ingénierie sociale est ainsi de considérer l'existence entière comme une construction. Tout ce qui est donné, tout ce qui est naturel, peut être déconstruit puis remodelé, transformé et artificialisé selon un nouveau plan.
Pour désigner ce schéma général de déconstruction-reconstruction de tous les aspects de la vie, Jean Baudrillard parlait de "crime parfait" en dénonçant la mise en place d'un simulacre technologique du monde réel.
Quand le réel s'efface, c'est le storytelling qui s'impose.


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Dans cet entretien-fleuve, le philosophe Eric Sadin, auteur des ouvrages La Silicolonisation du monde (Editions L'échappée, 2016) et L'intelligence artificielle ou l'enjeu du siècle (2018) analyse les changements économiques et sociaux liés à l'intelligence artificielle, offrant une lecture volontairement provocante qui n'épargne pas les thuriféraires des dernières avancées technologiques.


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Dans ce séminaire, Bernard Stiegler poursuit sont de l'exorganogenèse de l'urbanité. Il décrit ainsi la transformation des organes exosomatiques s'agrégeant pour former les exorganismes complexes : les villes, les usines et leurs relations, qui se substituent au lien entre villes et Eglises. Les territoires urbains acquièrent ainsi à l'époque industrielle des traits nouveaux - caractéristiques de l'Anthropocène.
Quelle était la fonction de l'Eglise ? Vieille question sur laquelle Bernard Stiegler revient à l'époque où nous croyons devoir projeter une finalité dans l'Anthropocène et contre l'anthropie en quoi il consiste.
Il faut ici rappeler la finalité de ce séminaire : il s'agit de projeter une sortie de l'Anthropocène, c'est à dire une perspective vers le Néguanthropocène, par la reconstitution d'une macro-économie guidée par ce que nous appelons la néguanthropie comme critère définitoire de la valeur.
L'économie de la néguanthropie, ou anthropie négative n'est pas simplement la translation de l'entropie négative telle que Schrödinger tente de la penser dans l'organique. Le passage à l'exorganique nécessite en effet une reconceptualisation qui dépasse les concepts de néguentropie dans le champ technologique, tels qu'ils sont issus de la théorie de l'information.
Ces conditions exorganiques passent par la question du droit telle qu'elle est liée aux conditions de transformation de la mémoire, et à la circulation de ce que l’on appelle depuis moins de deux siècles l' “information”. Elles donnent à considérer nouvellement la place de l'art, le rôle des archives et leur centralité, la réticulation intra-urbaine et extra-urbaine, telle que s'y produisent des relations d'échelles qui, à notre époque, sont au cœur des "plateformes" devenant biosphériques en mettant en œuvre des technologies de scalabilité.