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L'écologie est en panne, dit-on. La crise économique l'aurait reléguée au rang des préoccupations subalternes. Pourtant, la biodiversité est plus que jamais menacée et les effets de la pollution sur la santé sans cesse démontrés. Du tarissement des énergies fossiles au réchauffement climatique, l'activité humaine modifie la géophysique de la planète. Faut-il soutenir la perspective d'une croissance durable, favoriser l'émergence d'un green deal, d'un capitalisme vert, ou bien sortir du mirage d'une certaine idée de la croissance technoscientifique ? Anthropologue des techniques, Alain Gras démontre que notre monde technique fondé sur la puissance de l'énergie fossile n'était pas inéluctable. À partir du XIXe siècle, le progrès mécanique abandonne, peu à peu, les énergies naturelles au profit de la puissance thermique, qui permet la réalisation d'un fantasme d'origine européenne, celui de la maîtrise de la nature. Depuis le milieu du XIXe siècle, nous ne sommes plus dans une société industrielle, mais dans une civilisation thermo-industrielle qui utilise la chaleur comme principal moyen de son efficience. La contrepartie de ce développement ne peut donc se concevoir que dans un renversement de perspective socio-technique et dans une autre éthique. La technique n'est pas un instrument de domination, d'appropriation de la nature, elle est ou était un moyen de communication, de dialogue avec cette nature. C'est d'abord cet imaginaire qu'il faut retrouver. Bien sûr, elle va de pair avec le choix de technologies simples, robustes, recyclables, adaptées à leur environnement et aux usages des populations. Technologies que les pays émergents pourraient mettre en place encore plus vite que les pays riches parce que le savoirfaire est encore présent. Telle est, selon Alain Gras, la nécessité de la décroissance dans sa dimension universelle que Stéphane Lavignotte, pasteur et essayiste, explore et examine de façon critique dans le sillage d'André Gorz ou de Serge Latouche. La décroissance est-elle soutenable ? Un débat par temps de crise.


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"Communiquer c’est transporter une information dans l’espace, transmettre c’est transporter une information dans le temps."
La transmission, qui veille au passage des messages à travers le temps, se distingue de la communication qui essaime ceux-ci dans l’espace ; la première opère nécessairement en différé, la seconde peut, grâce aux nouvelles technologies, atteindre au direct et à l’interactivité ; le capital symbolique d’une culture se transmet, une certaine coprésence communautaire se communique.
Les médiologues explorent l’intersection de ces deux axes, et les effets antagonistes-complémentaires très concrets de leur problématique articulation : qu’arrive-t-il à l’Ecole, à l’Eglise, à l’Etat, aux musées ou aux institutions quand la nécessaire transmission d’un savoir, d’une tradition ou d’une histoire croise les séductions de nos machines à communiquer? Vivons-nous une succession d’effondrements symboliques ou les étapes bienvenues d’une ouverture démocratique?
En résumé : comment le fragile objet de la transmission résiste-t-il, ici et maintenant, au flot des nouveaux médias?


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La science a été longtemps source d'affirmations, même si elle se trompait parfois. Et la nature pouvait être considérée comme un environnement durablement stable malgré des crises de temps à autre (éruptions, épidémies...). Ainsi le monde des humains prétendait avancer sans trop d'angoisse vers un progrès paisible, linéaire, forcément un "mieux".
Nous avons découvert le plus facile : comment passer du gène à la protéine, des gamètes à l'enfant, des ressources fossiles à l'énergie pas chère, des éléments chimiques à la synthèse, etc.
Et nous voici dans le doute parce que la réalité nous accuse de simplisme et d'avoir nié la complexité dans la pensée comme dans l'action, aussi bien pour les mécanismes du vivant que pour les effets de nos activités sur l'environnement ou la croyance en la pérennité de ressources devenues indispensables. Les belles certitudes ont alors fait place aux aléas, qu'on mesure avec la statistique, aux facteurs de risque, à la
probabilité d'occurrence de tout événement. Ainsi nous évaluons la probabilité des risques naturels ou technologiques pour en déduire la précaution, nous sondons les risques de pathologies pour en faire de la médecine prédictive... Mais nous usons de plus en plus de systèmes d'assurance car la probabilité n'est jamais sûre...
Pris dans ces loteries qui nourrissent de nouvelles industries, nul ne sait ce que nous deviendrons. Le moment que propose la technoscience est celui de l'homme probable dans un monde incertain.
Et après ?
Conférence organisée dans le cadre de l'Agora des savoirs 2011-2012.


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Ce que l’on appelle la mondialisation, dont Paul Valéry esquissa quelques conséquences peu de temps après la Première Guerre mondiale, conduit à présent à un processus de modernisation planétaire. Celui-ci fut déclenché en Europe occidentale aux alentours de la Renaissance. Il conduisit à la révolution industrielle, puis à l’expansion planétaire du capitalisme. Mais il fut accompagné d’un projet moderne qui constitua jusqu’au XXe siècle le versant politique du devenir technologique et économique.
La modernisation contemporaine se poursuit désormais indépendamment du projet moderne, et même contre lui. Un tel état de fait est-il possible et souhaitable ? Que penser de ce que l’on a nommé "l’autre modernité", "la modernité réflexive" - en particulier ces derniers temps, après la crise de 2008 ?


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Comment arrêter le Progrès sans être réactionnaire ?
Alain Gras revient sur les "contingences historiques" qui auront permis une polarisation des techniques axées sur l’utilisation des énergies thermiques et les décrit comme un piège.
Séminaire intitulé "André Gorz – Décroissance – Utopie" organisé par la revue ENTROPIA.


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