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Alors que la révolution numérique bouleverse la notion de publication, Bernard Stiegler s'attache à comprendre l'évolution du concept et de la pratique de la République.
L'Internet et le Web sont porteurs de potentialités inouïes, qui ne sont pas encore mesurées. Ce processus pharmacologique fait pour l'instant l'objet d'une capture par de grandes compagnies internationales qui mettent en péril nos sociétés démocratiques.
C'est en convoquant les mythes grecs et leur historien Jean-Pierre Vernant que Bernard Stiegler tente de clarifier les enjeux de cette nouvelle écriture numérique qui vient bouleverser les équilibres fragiles de notre cité.
Conférence prononcée dans le cadre de l'exposition Res Publica.


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Dans un texte intitulé "Être de la bonne taille", le biologiste anglais J.B.S. Haldane a montré qu’il est impossible de dissocier la forme d’un être vivant de sa taille : chaque type de forme vivante, en effet, n’est viable qu’à une certaine échelle. Il est entendu que l’analogie entre sociétés humaines et organismes est à manier avec précaution. Pour autant, l’importance déterminante de la taille pour les organismes devrait nous rendre beaucoup plus attentifs que nous ne le sommes aux questions d’échelle dans l’organisation de nos sociétés.
Selon le penseur austro-américain Leopold Kohr : "À chaque fois que quelque chose ne va pas, quelque chose est trop gros."
Le constat pèche peut-être par sa généralité, mais touche juste quant à la situation présente car, à bien y regarder, la plupart des crises contemporaines (politiques, économiques, écologiques, culturelles) sont liées à des dépassements d’échelle. De ce fait, il paraît plus urgent que jamais de s’interroger sur les causes du dédain affiché par la modernité pour les questions de taille, et sur les moyens d’y remédier, si la chose est possible.


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La télécratie qui règne désormais en France comme dans la plupart des pays industriels ruine la démocratie : elle remplace l’opinion publique par les audiences, court-circuite les appareils politiques et détruit la citoyenneté. La télévision et l’appareillage technologique qui la prolonge à travers les réseaux numériques de télécommunication sont en cela devenus le premier enjeu politique.
De ces effets ruineux de la télécratie, qui transforment la vie quotidienne dans ses aspects les plus intimes, les candidats au scrutin présidentiel de 2007 ne disent pas un mot : ils ont été produits par ce système. Car à travers ce que l’on appelle les industries de programmes, c’est la relation politique elle-même qui est devenue un nouveau marché, et ce marketing confine aujourd’hui à la misère politique : au cours de la dernière décennie, l’appareil télécratique a développé un populisme industriel qui engendre à droite comme à gauche une politique pulsionnelle, et qui semble conduire inéluctablement au pire.
Ce devenir infernal n’est pourtant pas une fatalité. La philosophie se constitua à son origine même contre la sophistique : celle-ci, par une appropriation abusive de l’écriture, développait une gangrène qui menaçait de guerre civile la cité athénienne. De cette lutte contre les tendances démagogiques de la démocratie grecque résultèrent les formes de savoirs qui caractérisent l’Occident.
Prônant un nouveau modèle de civilisation industrielle, Bernard Stiegler affirme qu’un sursaut démocratique contre les abus de la télécratie est possible, et appelle l’opinion publique française et européenne à se mobiliser contre la dictature des audiences.
Emission "La bande à Bonnaud".


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Un retour sur un an d'actualités politiques françaises et européennes sur Internet, avec le double regard de FDN (French Data Network, le fournisseur d'accès Internet français le plus ancien encore en activité) et de La Quadrature du Net.
Sujets abordé :
- Projet de loi contre le terrorisme
- Monopole d'Orange en fibre optique et aménagement du territoire
- Travaux de la Quadrature du Net
- Chiffrement des communications
- Sujets convergents entre associations
- Commissaires européens et neutralité du net
- Droit à l'oubli, censure et réécriture de l'histoire


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Avec la numérisation totale qui installe la société automatique et l’automatisation intégrale et généralisée (c’est à dire la destruction de l’emploi dans tous les secteurs de l’économie), il y a désintégration des sociétés industrielles issues de l’Aufklärung par les sociétés hyperindustrielles parce que celle-ci constituent le troisième stade de la prolétarisation. Après la perte des savoir-faire au XIXe siècle, puis des savoir-vivre au XXe siècle, le temps vient au XXIe siècle de la perte des savoirs théoriques comme si la sidération était provoquée par un devenir absolument impensable.
La fin de l’emploi, qui est promise par l'automatisation intégrale, nécessite de généraliser le statut des intermittents du spectacle sous la forme d’un revenu contributif soutenant un vaste processus de déprolétarisation de la société. Cela permettra à tout un chacun de profiter des automates en ayant acquis des capacités de les désautomatiser, de produire de la néguentropie contre l’entropie qu’autrement ils généraliseraient - et en fin de compte, de réinventer le travail libéré de l'emploi.


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Evocation des concepts de reprogrammation humaine, de guerre cognitive, de cybernétique, d'ingénierie sociale et des techniques de désinformations qui visent tous, in fine, au gouvernernement par le chaos.
Un voyage merveilleux dans la technoscience au service des projets d'asservissement de l'espèce humaine, en vue de la création du Nouvel Ordre Mondial.
L'émission est menée par Maurice Gendre.


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La thèse est audacieuse : le nazisme était un projet utopique au sens fort du terme. Elle est audacieuse parce nous avons tendance à exonérer l'utopie pour n'en conserver que la dimension émancipatrice, en minorant les dérives, les erreurs, les meurtres qu'elle a aussi produits.
À présent, mettons face à face la rhétorique nazie et les caractéristiques fondamentales de l'utopie : refaire l'homme par l'éducation, le travail et le sport ; bâtir une cité réconciliée, unie et heureuse, tenter de la rendre éternelle...
Point par point, Frédéric Rouvillois démontre un emboîtement presque parfait - et mortifère. La volonté nazie de refaçonner le monde avait beau être délirante, elle était strictement réglée et se voulait rationnelle. L'idéologie national-socialiste était paranoïaque, théoriquement indigente, c'est vrai, mais elle aussi promettait l'épanouissement d'un peuple élu.
Sinon, comment expliquer l'engouement des Allemands pour un projet aussi monstrueux ? Envisager le nazisme sous l'angle de l'utopie permet deux choses. De souligner le parallèle avec l'autre totalitarisme du XXe siècle, le communisme : il n'y a pas d'utopie innocente. De comprendre le "judéocide", massacre conçu et organisé comme la condition et l'une des finalités de cette utopie criminelle. Le premier rapprochement est admis par beaucoup. Le second est plus inédit, mais l'idée de l'utopie comme intrinsèquement porteuse de génocide s'impose à nous après la lumineuse démonstration de Frédéric Rouvillois.


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Le concept de "révolution militaire" est, depuis environ quinze ans, l’objet d’une controverse chez les historiens de l’époque moderne.
Cette approche consiste à penser la guerre et son histoire, parsemée d'innovations techniques et de bouleversements organisationnels, comme un fait social total.
En effet, l'historien de la guerre est régulièrement confronté à des ruptures difficiles à penser, comme l'apparition de l’infanterie moderne à la fin de l’âge de bronze, la "révolution hoplitique" grecque, ou l'apparition de la féodalité et de la chevalerie durant le Haut Moyen Âge.
En se penchant plus particulièrement sur la période de la Renaissance, Laurent Henninger s'interroge sur le rôle de la guerre et des ruptures apparues en son sein, dans la naissance de la modernité.
Une étude passionnante qui nous oblige à remettre en questions certaines de nos certitudes, ou comment les innovations militaires ont largement conditionné l'émergence de nos sociétés modernes.