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Née à Fès en 1961, au sein d'une famille qui quitta le Maroc pour la France durant son enfance, Eva Illouz est aujourd'hui sociologue et directrice d'études à l'EHESS, après avoir enseigné notamment à l'université hébraïque de Jérusalem et à Princeton.
Chercheuse reconnue pour ses travaux sur les émotions et la condition amoureuse, ses livres sont traduits dans une vingtaine de langues. Engagée à gauche en Israël, où elle a longtemps vécu et où elle garde des attaches profondes, elle constate avec effroi la faillite de la gauche française à nommer et à dénoncer les massacres du 7 octobre, et en analyse les causes et les effets.
Quand les Lumières et leurs vertus ont été rejetées, l'antisionisme devient la seule vertu capable de rassembler ceux qui ont tout déconstruit.
Un entretien mené par Stéphane Bou.


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"Anders" comme "autrement". Le philosophe allemand Günther Stern -de son vrai nom- cherche par ce faux patronyme à annoncer une pensée critique qui s'inquiète des enjeux techniques, écologiques et politiques de son temps. Élève d'Heidegger, premier époux d'Hannah Arendt et cousin de Walter Benjamin, Günther Anders (1902-1992) est un philosophe méconnu au cœur du XXe siècle. Il nous laisse une œuvre importante, traversant les grands enjeux de son temps, qui se trouvent être aussi les nôtres.
Quelle morale face à la catastrophe écologique à venir et que devons-nous aux générations futures ? Que faire du nucléaire ? Comment ne pas nous laisser dominer par l'accélération du progrès technique ? Tant de sujets qu'il est aujourd'hui urgent d'affronter et pour lesquels la pensée de Günther Anders nous fournit une aide unique et précieuse.


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Philippe Descola est sans doute l'anthropologue français le plus connu et commenté dans le monde depuis Claude Lévi-Strauss. Titulaire de la chaire d'Anthropologie de la nature au Collège de France de 2000 à 2019 tout en ayant dirigé son Laboratoire d'anthropologie sociale de 2001 à 2013, il a reçu la Médaille d'or du CNRS en 2012 pour l'ensemble de son œuvre.
Philippe Descola développe une anthropologie comparative des rapports entre humains et non-humains qui a révolutionné à la fois le paysage des sciences humaines, la réflexion sur les enjeux écologiques de notre temps et notre façon de concevoir la place de l'humain dans le monde, d'abord avec le récit de son expérience chez les Achuar d'Amazonie à la fin des années 1970, Les Lances du crépuscule, puis avec un livre publié en 2005, Par-delà nature et culture, devenu un classique.
Il y affirme que l'opposition entre Nature et Culture, sur laquelle notre monde occidental moderne est fondé, n'est pas pertinente, en tout cas pas universelle. En reniant ce dualisme fondamental pour nos sociétés, il est aussi une voix qui brise la hiérarchie entre les mondes, et qui ouvre de nouvelles perspectives politiques.
Émission "À voix nue", animée par Caroline Broué.


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Pour Ibn Khaldûn, immense historien arabe du XIVe siècle, l'État "civilise" au plein sens du terme, il crée une société civile, pacifique et désarmée. L'État trace une limite claire entre la société sédentaire, qui vit sous sa protection, et la société bédouine, tribale, qu'il ne contrôle pas. Mais il a besoin des deux mondes, puisqu'il tire du monde tribal la violence nécessaire pour imposer sa paix dans le monde sédentaire, où il puise ses richesses à travers l'impôt. Si on donne à ces termes, "sédentaire" et "bédouin", leur véritable sens, c'est-à-dire "sous le contrôle d'un État" et "hors du contrôle d'un État", la pertinence de la théorie peut être étendue très au-delà de l'Islam et du Moyen Âge.
Pour comprendre cette fascinante théorie utile à notre temps, Gabriel Martinez-Gros, avec toute la finesse et l'érudition qui lui sont coutumières, nous présente les lignes de force de l'œuvre d'Ibn Khaldûn pour nous permettre d'en cerner la richesse et la portée.
- 0'00'00 : Intro
- 0'00'45 : Qui est Ibn Khaldûn ?
- 0'08'55 : Développement de la dialectique entre bédouin et sédentaire
- 0'15'27 : Une logique de la violence chez Ibn Khaldûn
- 0'19'31 : La philosophie de la temporalité politique marche-t-elle ?
- 0'29'06 : Ibn Khladûn semble avoir une conception très moderne du travail
- 0'35'40 : N'est-ce pas étonnant la faible place de la religion dans sa pensée ?
- 0'41'26 : Vous dites que la théorie d'Ibn Khaldûn ne fonctionne pas pour l'Europe. Pourquoi ?
- 0'52'16 : Pour vous, nous vivons une actualité "khaldunienne" aujourd'hui.
- 1'04'25 : Selon vous et Kamel Daoud, la langue arabe littéraire est une invention et il n'existerait que DES langues arabes ?
- 1'09'38 : On dit souvent que la "vraie" langue arabe, c'est celle du Coran et on a vu le cas d'Al Jazeera incomprise par une part importante des arabophones.
- 1'11'48 : A l'époque d'Ibn Khaldûn, était-ce déjà sous domination ottomane ?
- 1'18'27 : Quelles langues parlait Ibn Khaldûn ?
- 1'20'27 : En vous écoutant, on a l'impression qu'il n'y a aucun point commun entre les dominés et les dominants
- 1'28'40 : Outro


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Né en 1945 dans un hameau de la Creuse, Pierre Michon se voit parfois comme "le dernier écrivain du XIXe siècle". En 1984, il publie ses fameuses Vies minuscules aujourd'hui considéré comme un classique, départ d'une œuvre exigeante constituée d'une douzaine de livres brefs portés par son goût des histoires en costumes, où sont peints les malheurs de Van Gogh (Vie de Joseph Roulin) ou les "infimes effets" du génie de Rimbaud (Rimbaud le fils).
Pierre Michon a longtemps cru aux muses qui, depuis l'Antiquité, soufflent aux artistes le vent de l'inspiration. Mais ces divinités lui furent capricieuses. Écrire l'a longtemps "épuisé". À chaque fois, il a eu le sentiment de "jouer sa peau", terrorisé que son "don" puisse disparaître. "Le roi vient quand il veut", dit-il : c'est l'image-titre de son brillant recueil d'entretiens sur la littérature (Albin Michel, 2007), le roi personnifiant ici le talent ou plutôt "la Grâce". Pour lui, l'écrivain qui bataille tous les jours avec ses personnages, qui s'arrache les cheveux à faire tenir un dialogue, "désacralise la relation à l'écriture", réduite à devenir "aussi ordinaire et triviale que dormir, se nourrir ou pisser".
Du haut de ses 79 ans, le maître, qu'une maladie respiratoire a grandement éprouvé, vit étonemment plus serein, au cœur du Limousin. Dans le ciel et sur la terre, les muses s’amusent.
Un entretien mené par Richard Gaitet.


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Historienne spécialiste du mouvement ouvrier à la Belle Époque, Anne Steiner est ici réunie avec Jacques Baujard, éditeur de L'échappée, pour nous parler du parcours de Caroline Rémy, dite Séverine, qui aura été l'une des pionnières du journalisme et l'une des grandes figures de l'histoire des mouvements révolutionnaires.
Sa vie et son œuvre sont mises en regard du parcours de Madeleine Pelletier qui, dès le début du XXe siècle, a développé une pensée féministe aussi intéressante que méconnue.


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Dès la fin du XIXe siècle, un révolutionnaire polonais, Jan Maclav Makhaïski, analysant les œuvres de Marx et les projets des partis qui s'en réclament, aboutit à une conclusion extrême : pour lui, l'idéologie socialiste dissimule en fait les intérêts d'une nouvelle classe ascendante formée par la "couche cultivée", les travailleurs intellectuels.
En effet, ses partisans considèrent que cette couche, qui bénéficie pourtant de la redistribution de la plus-value extraite du travail productif, n'est pas une couche exploiteuse. Makhaïski affirme donc que les "capitalistes du savoir" cherchent à séduire les prolétaires et à les entraîner à l'assaut de cette petite minorité que constituent les "capitalistes de l'avoir", financiers, industriels et grands propriétaires, non pour détruire le capitalisme mais pour l'aménager au mieux de leurs intérêts.
Exilé, comme nombre de révolutionnaires russes, il rentre en Russie en 1917. Mais, dès 1918, il déclare que si les bolcheviks se sont révélés plus radicaux qu'il ne l’envisageait en rompant avec le parlementarisme, l'hostilité de la "couche cultivée" envers la révolution ouvrière a vite calmé leur ardeur : "Ils ne luttent pas pour l'émancipation de la classe ouvrière mais ne font avant tout que défendre les intérêts des couches inférieures de la société bourgeoise et de l'intelligentsia."




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Jean-Marie Le Pen, figure emblématique de l'extrême droite française pendant cinquante ans, est décédé le 07 janvier 2025 à l'âge de 96 ans. D'abord député sous la 4e République et alors partisan de l'Algérie française, le "Menhir" poursuit ensuite sa carrière politique sous la 5e en fondant le Front national.
La place qu'occupe aujourd'hui les thématiques portées par Jean-Marie Le Pen dans la politique française (critique de l'immigration, des élites et de l'Union européenne) en font un précurseur du populisme de droite. Pour autant, peut-on le ranger dans la catégorie des souverainistes ?